L'Europe rejette la réélection de Loukachenko et appelle au dialogue

La réunion des Vingt-Sept sur la Biélorussie s'est tenue mercredi midi par visioconférence. ©AFP

Réunis en urgence par visioconférence, les Vingt-Sept ont formellement rejeté la réélection d'Alexandre Loukachenko. La Commission a annoncé de son côté le déblocage d'une enveloppe de 53 millions d'euros pour les Biélorusses.

Les Vingt-Sept dirigeants nationaux de l'Union européenne ont collectivement rejeté le résultat du scrutin présidentiel biélorusse du 9 août, alors que la commission électorale du pays avait crédité le Président Alexandre Loukachenko de 80% des voix. Le président du Conseil européen, Charles Michel, avait convoqué en urgence une réunion virtuelle des Vingt-Sept, ce mercredi midi, sur la situation en Biélorussie. "Nous ne reconnaissons pas les résultats présentés par les autorités biélorusses", a-t-il annoncé en présentant à la presse les conclusions de la réunion.

"Nous ne reconnaissons pas les résultats présentés par les autorités biélorusses."
Charles Michel
Président du Conseil européen

Dans ses conclusions, le Conseil appelle les autorités biélorusses à "trouver une voie pacifique pour sortir de la crise" en mettant fin aux violences et en "organisant un dialogue national inclusif".

Peu avant l'ouverture de la réunion, l'opposante Svetlana Tikhanovskaïa avait appelé l'Union européenne, depuis la Lituanie où elle est réfugiée, à soutenir le "réveil du pays". De son côté, le Président biélorusse Alexandre Loukachenko a ordonné à la police de mettre un terme aux manifestations dans la capitale, après une semaine et demie de protestations de masse et une répression brutale et après avoir promis une réforme constitutionnelle. "Il ne doit plus y avoir de désordre d'aucune sorte à Minsk", a lancé le président, cité par l'agence officielle Belta.

Sanctionner Loukachenko ?

Alors que les ministres des Affaires étrangères avaient lancé vendredi dernier un processus de mise en place de sanctions individuelles à l'encontre de membres du régime, les Vingt-Sept n'ont pas annoncé de nouvelles mesures coercitives.

L'adoption de la liste d'un "nombre substantiel" de personnes ciblées doit se faire "aussi vite que possible", indique le Conseil. Mais Charles Michel n'a pas été en mesure de répondre à une journaliste qui lui demandait si le nom d'Alexandre Loukachenko figurerait dans cette liste. La mise en œuvre des sanctions relève de différents comités impliqués dans le processus a indiqué le président du Conseil, et "la question du Président Loukachenko sera délibérée dans le cadre de ce processus".

De son côté, la présidente de l'exécutif européen Ursula von der Leyen, qui participait également à la réunion, a indiqué que la Commission européenne fournira 53 millions d'euros additionnels au pays. Il s'agira de 2 millions d'euros pour assister les victimes de la répression d'État;
de 1 million pour soutenir la société civile et les médias indépendants; et de
50 millions de soutien dans le cadre de la lutte contre le coronavirus.

"Pas de géopolitique"

Les conclusions du Conseil n'évoquent pas de risque d'intervention extérieure en Biélorussie, pas plus qu'elles n'envoient de message à la Russie – contrairement à un communiqué publié plus tôt dans la journée par les dirigeants du groupe Visegrad (Tchéquie, Slovaquie, Pologne, Hongrie) appelant "tout acteur extérieur à se réfréner de toute action qui minerait l'indépendance et la souveraineté de la Biélorussie".

"Des déclarations du Kremlin indiquent que [les Russes] n'ont pas l'intention, dans les circonstances actuelles, d'intervenir en Biélorussie au niveau militaire."
Charles Michel
Président du Conseil européen

Oralement, Charles Michel a souligné que "les manifestations en Biélorussie ne relèvent pas de la géopolitique". Après s'être entretenu mardi avec le Président russe Vladimir Poutine, le Belge a aussi estimé que "des déclarations du Kremin indiqu[ent] qu'ils n'ont pas l'intention, dans les circonstances actuelles, d'intervenir en Biélorussie au niveau militaire". Le spectre d'un scénario à l'ukrainienne hante la crise biélorusse: en 2014, la Russie y était intervenue militairement dans la foulée de la révolution de Maïdan, pro-européenne, pour défendre sa zone d'influence.

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