L'Europe veut ajouter la force à sa diplomatie en Libye

Josep Borrell, Haut représentant aux Affaires étrangères de l'UE ©EPA

L’Union européenne veut accroître le mandat de l’opération Sophia et envoyer une mission militaire terrestre en Libye pour faire respecter l’embargo sur les armes.

L’Europe cherche à reprendre le dessus sur la Russie et la Turquie pour tenter d’imposer la paix en Libye. La conférence de Berlin de dimanche, supposée aboutir à la signature d’un accord de cessez-le-feu, n’a rien donné, sinon un catalogue de bonnes intentions dans lequel les États présents à la conférence promettent de faire respecter un embargo sur les armes et de ne pas interférer dans le conflit.

"Nous pouvons contrôler la mer, mais il faut aussi contrôler la terre."
Josep Borrell
Haut représentant aux Affaires étrangères de l’UE

Lundi, les 28 ministres des Affaire étrangères de l’UE ont abordé la crise libyenne avec l’intention d’accroître ses moyens sur le terrain.

"Nous avons demandé au comité pour la politique de sécurité de préparer un plan", a indiqué le haut représentant de l’UE aux Affaire étrangères, Josep Borrell. Les dirigeants européens sont d’accord pour déployer des moyens, mais attendent le plan militaire avant de prendre une décision.

Réactiver l'opération Sophia

Dans un premier temps, l’UE veut réactiver l’opération Sophia pour faire respecter l’embargo, cette force – destinée à l’origine à contrôler la migration – a été bloquée en 2019 par Matteo Salvini. Son mandat devrait être revu pour faire respecter l’embargo sur les armes. Cela deviendrait sa vocation première.

La Frégate belge Lousie Marie, utilisée lors de l'opération Sophia en 2017 ©BELGA

"Nous pouvons contrôler la mer pour empêcher le passage des armes, mais il faut aussi contrôler la terre", poursuit Josep Borrel. Pour lancer une opération militaire terrestre, il faudrait aboutir à un cessez-le-feu en Libye. Une condition que l’opération sur mer ne requiert pas.

La Russie ne s’est pas embarrassée de ces questions. Environ 200 mercenaires du groupe privé russe Wagner, proche du Kremlin, ont été envoyés pour soutenir le maréchal Haftar, l’homme fort de l’est de la Libye. La Turquie a envoyé des militaires – pour l’instant des conseillers – pour soutenir le gouvernement d’union nationale (GNA), dirigé par Fayez el-Sarraj.

La conférence de Berlin n’a pas donné les résultats escomptés, à savoir la signature d’un accord de cessez-le-feu. Les deux chefs de guerre sont restés dans leur hôtel, refusant de se rencontrer.

Une trêve fragile

La conférence fut aussi un prétexte pour des rencontres bilatérales étrangères à la Libye, comme cet entretien entre le Premier ministre britannique Boris Johnson et le président Poutine sur l’affaire de l’espion russe Skripal empoisonné au Royaume-Uni par la Russie. Quant au président Erdogan, il est apparu très détaché lors de la conférence, il passa même un certain temps à regarder du football.

La trêve en cours en Libye depuis une dizaine de jours est fragile. Khalifa Haftar refuse de signer l’accord conclu lors de négociations indirectes à Moscou. Certains le soupçonnent de vouloir poursuivre son avancée militaire.

Le maréchal Haftar, ayant tenté plusieurs fois de démettre Mouammar Khadafi, est proche de la Russie, où il a suivi un entraînement militaire. Il est aussi jugé proche des Etats-Unis, où il a vécu plusieurs années.

Lire également

Publicité
Publicité

Echo Connect