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analyse

L'extrême-droite française en proie au doute sur sa stratégie de "normalisation"

La présidente du Rassemblement national, Marine Le Pen, au soir du second tour des élections régionales, le 27 juin. ©EPA

Le Rassemblement national tient congrès ce weekend, une semaine après une défaite électorale qui interroge sa stratégie à moins d'un an des présidentielles.

Le congrès du Rassemblement national devait être une promenade de santé pour Marine Le Pen, il s'avère être un point d’étape difficile pour la présidente du parti d’extrême-droite français. Il sort d’une cuisante défaite électorale et cherche à remobiliser son électorat à moins d’un an de la présidentielle.

Le parti se réunit ces samedi et dimanche à Perpignan, la seule ville de plus de 100.000 habitants entre ses mains, dans un climat plombé par les résultats des élections régionales et départementales du 27 juin. L’ex-Front national espérait emporter la présidence d'une voire plusieurs régions. Non seulement il n’a remporté aucune région ni aucun département, mais il a perdu la moitié de ses cantons.  

"Mollesse"

Depuis, les critiques des milieux d’extrême-droite à l'égard de la stratégie du parti se sont enchaînées. Jean-Marie Le Pen s’en est pris cette semaine à la stratégie de sa fille, appelant le parti à retrouver une ligne "virile" et ses "fondamentaux". L’homme qui a dirigé le Front national pendant quatre décennies avant d'en être exclu en 2015, "reste une voix très importante pour l’extrême-droite française, y compris pour celle qui vote pour Marine Le Pen", souligne  Benjamin Biard, politologue à l’UCLouvain et au Crisp.

"Sur son cœur de métier, qui sont les questions migratoires, identitaires et sécuritaires, il n'a pas beaucoup évolué sur le fond."
Benjamin Biard
UCLouvain

La stratégie de sa fille, qui a rebaptisé le parti en 2018, vise notamment à faire oublier cet héritage, rythmé de déclarations négationnistes et racistes qui auront notamment valu au père d’être condamné pour contestation de crimes contre l'humanité, provocation à la haine et à la violence raciale. Sur la forme, le parti a donc largement lissé son discours, jusqu’à voir Marine Le Pen accusée de "mollesse" par le ministre de l'Intérieur Gérald Darmanin (LREM, centre-droit) dans son positionnement sur l'islam. Quant à son programme, le parti a muté sur plusieurs sujets, du socio-économique à la peine de mort en passant par son rapport à l’Union européenne, "sur son cœur de métier en revanche, qui sont les questions migratoires, identitaires et sécuritaires, il n'a pas beaucoup évolué sur le fond", poursuit le spécialiste des extrêmes-droites européennes.

Signe de défiance à l’égard du Rassemblement national (RN), 10.000 affiches "[Éric] Zemmour président" ont été placardées au lendemain du scrutin sur les panneaux électoraux  dans 86 départements. Le polémiste de la chaîne CNews laisse la rumeur de sa candidature à l’élection présidentielle monter, au risque pour le RN de voir son électorat grappillé par un candidat qui ne cherche pas à lisser son discours. Marine Le Pen s’en est irritée publiquement, estimant que "être éditorialiste et se comporter comme un candidat à la présidentielle, ce n'est pas extrêmement loyal".

Les cadres tiennent la ligne

Au sein du parti, des voix se sont élevées pour protester contre la stratégie électorale du parti, avec notamment la démission de l’ensemble de la direction du RN du département des Deux-Sèvres (Niort). Les cadres du RN tiennent, eux, globalement la ligne. Même si une des figures du parti, Gilbert Collard, a sorti un pied du rang en remettant en cause l’ouverture des listes à des candidats extérieurs, qui a pu faire croire "que cette ouverture constituait un renoncement à nos idées".

"Ça reste la formation politique qui incarne le mieux l’extrême-droite, même si on ne peut pas exclure une fragmentation à moyen-long terme."
Benjamin Biard
UCLouvain

A contrario, reprend Benjamin Biard, "il y a aussi des voix, à l’image du maire de Bézier Robert Ménard, qui considèrent que Marine Le Pen doit pousser plus loin encore sa stratégie de normalisation pour percer le plafond de verre électoral". À court terme, les tiraillements de l’extrême-droite ne devraient pas avoir d’impact significatif sur les performances du RN, estime-t-il: "Ça reste la formation politique qui incarne le mieux l’extrême-droite, même si on ne peut pas exclure une fragmentation à moyen-long terme."

Nouveau n°2

Ce dimanche, Jordan Bardella, 25 ans, a été désigné dimanche "premier vice-président" du Rassemblement national, ce qui le portera à remplacer Marine Le Pen à la tête du parti pendant la campagne présidentielle, selon la nouvelle direction du RN présentée à son congrès réuni à Perpignan.

Jordan Bardella, nouveau n°2 du Rassemblement national ©AFP

Le passage de témoin aura lieu à la rentrée politique du RN prévue en septembre. Les militants du parti ont voté samedi un changement de statuts qui permet cette présidence par intérim "pendant 12 mois".

Dans ce cas, le président du parti est remplacé par le vice-président et, s'il y en a plusieurs, par le "premier d'entre eux".

Avant la désignation de Jordan Bardella, Marine Le Pen, seule candidate à sa succession, avait été réélue sans surprise à la présidence du RN pour un quatrième mandat. Selon les résultats du scrutin dépouillé jeudi et proclamés dimanche, la dirigeante d'extrême droite, à la tête du RN depuis 2011, a été élue à 98,35% des voix des adhérents.

Le résumé

  • L'extrême-droite française tient son congrès dans un climat tendu à un an de la présidentielle.
  • Non seulement le Rassemblement national a perdu son pari de remporter ses premières régions lors du scrutin du mois dernier, mais il a perdu la moitié de ses cantons.
  • Et des voix s'élèvent pour interroger sa stratégie de "normalisation" et d'ouverture à des candidats extérieurs.

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