L'ombre de l'extrême droite plane sur Madrid

Isabel Díaz-Ayuso est la grande favorite du scrutin. Elle est aussi l'étoile montante du Parti populaire. ©AFP

Dans un pays décentralisé, où les compétences des dix-sept régions sont considérables (santé, éducation…), Madrid est, avec 6,8 millions d’habitants et 20% du PIB espagnol, la communauté autonome la plus riche d’Espagne. Le Parti populaire conservateur qui y gouverne depuis 21 ans devra peut-être faire alliance avec l’extrême droite pour rester au pouvoir.

Les électeurs de Madrid se préparent aujourd’hui à voter lors d’une élection régionale extrêmement tendue qui pourrait avoir des répercussions nationales. Les sondages prévoient une nette victoire de la présidente sortante et candidate conservatrice du Parti populaire (PP) Isabel Díaz-Ayuso, mais pour rester en poste elle aura peut–être besoin du soutien du parti d’extrême droite VOX.

Díaz-Ayuso, 42 ans, populiste et étoile montante de sa formation, a présenté le scrutin comme un choix entre "le communisme et la liberté" et fait du Premier ministre socialiste Pedro Sanchez, sa cible privilégiée et son seul adversaire.

Les dernières estimations publiées dimanche par le quotidien El País, lui donnent 41% des voix face au 21% des socialistes et aux 16% et 7% de deux partis de la gauche radicale Más Madrid et Unidas Podemos. Vox, qui pourrait devenir son allié au gouvernement recueillerait 9% des suffrages, quant aux centristes de Ciudadanos, avec qui les conservateurs gouvernaient en coalition jusqu'à présent, ils s’effondreraient avec tout juste 4% des voix.

Madrid et l’Espagne vivent dans la tourmente politique depuis deux mois. Le 10 mars 2020, la présidente Díaz-Ayuso anticipant une motion de censure de l’opposition et la probable trahison de son partenaire Ciudadanos, dissolvait le parlement régional à la surprise de tous.

Quelques jours plus tard, nouveau coup de théâtre: le vice président Pablo Iglesias, leader de Podemos, qui ne s’était jamais vraiment senti à l’aise au sein du gouvernement espagnol, abandonnait son poste et se présentait contre Díaz-Ayuso comme porte-étendard de la "lutte contre l’extrême droite".

Les deux responsables qui, ironiquement, sont nés le même jour de la même année –le 17 octobre 1978 – se sont durement affrontés tout au long de la campagne. Mais alors que les sondages augurent une claire victoire à Díaz-Ayuso, Iglesias pourrait se retrouver simple député régional à la tête d’un parti affaibli qui n’a fait que perdre des voix depuis son irruption spectaculaire dans le champ politique espagnol en 2014.

Les socialistes en mauvaise posture

Le PSOE est également en mauvaise posture. Son candidat,  Angel Gabilondo, 72 ans, un vieux routier de la politique espagnole qui ne s’attendait pas au ton de cette campagne au vitriol, n’obtiendrait que la moitié des voix du PP. Les socialistes n’ont pas gouverné Madrid depuis 1995. Ceci pourrait singulièrement compliquer la vie du Premier ministre Pedro Sanchez, s’il se voit brutalement désavoué dans la capitale. 

Le PSOE n’obtiendrait que la moitié des voix du PP. Ceci pourrait singulièrement compliquer la vie du Premier ministre Pedro Sanchez, s’il se voit brutalement désavoué dans la capitale.

La campagne de la présidente Díaz-Ayuso a défendu ses valeurs de libéralisme économique et de faibles impôts et a mis en avant sa gestion de la pandémie. À Madrid, les bars, restaurants, musées, théâtres et salles de concerts n’ont pas fermé depuis le premier confinement instauré par le gouvernement central. La capitale paye cependant le prix de son "ouverture" avec un taux d’incidence (384) bien plus élevé que la moyenne nationale (230 infections pour 100.000 habitants aux cours des quatorze derniers jours).

Le bloc de gauche a, de son côté, attaqué le gouvernement régional pour ses faux pas face à la pandémie, soulignant le manque de soutien suffisant pour les secteurs du tourisme et de l’hôtellerie durement touchés.  La gauche, qui est loin de bien s’entendre, a mis en avant la "menace" que représenterait l'entrée de l'extrême droite au gouvernement de la capitale.  "Il ne s'agit pas de Madrid, il s'agit de notre démocratie", a proclamé Pedro Sanchez.

Car même si Madrid reste aux mains de la droite, aucun sondage, dans ce scrutin à la proportionnelle, ne prévoit que Díaz-Ayuso aura les 69 sièges nécessaires pour gouverner seule. Elle aura donc besoin d'un allié et n'aura sans doute pas d'autre choix que de faire appel à Vox, parti anti-immigrants qui ne cache pas sa nostalgie pour le franquisme.

Le résumé

  • Des élections régionales ont lieu ce mardi à Madrid. Le scrutin pourrait avoir des répercussions nationales.
  • La droite (Parti populaire) pourrait devoir s'allier à l'extrême droite, Vox.
  • Le Parti socialiste du Premier ministre Pedro Sanchez est en mauvaise posture.
  • Le Parti de gauche radicale Podemos est aussi en difficulté malgré la présence de son leader Pablo Iglesias.

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