La Catalogne retient son souffle avant l'investiture de son président

©AFP

Le parlement catalan a élu ce mercredi son président, Roger Torrent, et un bureau composé majoritairement de séparatistes. Quant à Carles Puigdemont, il a été choisi mardi soir par les partis séparatistes pour être le futur président de la Catalogne. Son investiture, dont Madrid ne veut pas, doit avoir lieu avant le 31 janvier.

La barbe drue, le front déterminé et le regard perçant, Roger Torrent se lève sous les applaudissements de l’hémicycle. Ce séparatiste catalan, âgé de 38 ans, vient d’être élu par les députés de l'assemblée sortie des urnes le 21 décembre dernier. Il a réuni 65 voix contre 56 pour son rival unioniste du parti Ciudadanos. Il a juré aussitôt de remplir son devoir avec "noblesse et bravoure".

Roger Torrent (ERC), le nouveau président du parlement catalan ©REUTERS

Roger Torrent ("Esquerra Republicana de Catalunya", ERC), dirigera le bureau du parlement, élu dans la foulée et composé de quatre séparatistes sur sept membres. Cet organe décidera de l’ordre du jour des séances à venir. Le nouveau président du parlement a été élu grâce au vote blanc de députés du parti unioniste "Catalunya en Comu", allié à Podemos et du vote égaré d’un souverainiste, probablement émis par erreur.

Oriol Junqueras, le leader de l’ERC, et a voté par délégation depuis sa geôle madrilène en s’appuyant sur le règlement du parlement autorisant le vote par délégation en cas d’empêchement.

Carles Puigdemont et les quatre autres députés exilés en Belgique n’ont pas voté afin de ne pas exposer la séance à un recours en annulation. Le Premier ministre Mariano Rajoy a juré de demander l’annulation de tout acte qui serait adopté sur base d’un vote auquel participeraient par délégation les députés "fugitifs".

Roger Torrent aura la lourde tâche de décider si et comment les députés catalans exilés en Belgique, dont l’ancien président Puigdemont, pourront voter lors de l’investiture du nouveau président. Le choix devra avoir lieu, au plus tard, pour le 31 janvier. Il est à la mesure de la situation kafkaïenne dans laquelle Madrid et Barcelone sont plongées.

Dilemme cornélien

Cette séance inaugurale a relancé la dynamique de sécession. Une nouvelle course contre la montre est engagée pour les indépendantistes. Ils ont décidé mardi soir que Carles Puigdemont sera leur candidat à la présidence. Reste à savoir comment procéder en l’absence du principal concerné, qui risquerait la prison s’il rentrait à Barcelone.

Carles Puigdemont, lui, voudrait être investi à distance depuis Bruxelles par un vote par délégation ou, le cas échéant, par télématique.

Roger Torrent a toujours affirmé qu’il suivrait l’avis des juristes du parlement, lesquels ont fait état de leur réticence à l’égard des deux méthodes proposées. Reviendra-t-il sur sa décision?

"Je contesterai le premier acte administratif"
Mariano Rajoy
Premier ministre espagnol

Mariano Rajoy a promis d’aller devant la cour si Carles Puigdemont était investi. "Je contesterai le premier acte administratif" a-t-il dit. L’annulation de l’investiture par la Cour constitutionnelle bloquerait les institutions catalanes. Dès lors, Madrid pourrait continuer à gérer la région à distance sous l’empire de l’article 155 de la Constitution.

Carles Puigdemont s’était adressé mardi sur Twitter à Mariano Rajoy en affirmant qu’il ne disposait que de quatre élus du PP au parlement catalan, et qu’à ce titre il n’avait aucune légitimité pour gouverner la région. "Soyez un démocrate et respectez la décision de la Catalogne", avait-il écrit.

Si les indépendantistes ne parviennent pas à démêler l’écheveau juridico-politique d’ici le 31 janvier, Carles Puigdemont risque de s’isoler à Bruxelles et de perdre peu à peu sa légitimité, ce que cherche Madrid.

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