La Commission von der Leyen risque de perdre la bataille des genres

Le député européen Silvio Berlusconi félicite Ursula von der Leyen le soir de son élection. ©AFP

La présidente élue de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a du mal à faire respecter aux États européens la parité homme-femme dans la formation de la prochaine Commission. Une promesse qu'elle avait fait avant son élection.

Si l’on devait rédiger les "Douze travaux d’été d’Ursula von der Leyen", la recherche de la parité serait l’un des premiers, et l’un des plus difficiles à accomplir. Voire impossible, dans un monde politique débordant de testostérone, où l’homme se taille la part du lion.

Ursula von der Leyen a promis de mettre sur pied une Commission composée de "50% de femmes et 50% d’hommes".

Parce qu’elle est attachée à la cause des femmes, et pour convaincre le plus grand nombre de députés européens progressistes de voter pour elle, Ursula von der Leyen a promis de mettre sur pied une Commission composée de "50% de femmes et 50% d’hommes".

Qu’en est-il, trois jours plus tard? Pressés d’envoyer leurs poids lourds à l’Europe, les États font mine de ne pas avoir entendu la requête de la présidente élue.

À ce jour, sur quinze commissaires cités pour rejoindre la Commission von der Leyen, "10 sont des hommes et 5 des femmes, y compris la présidente", a reconnu vendredi une porte-parole de la Commission. Deux tiers d’hommes, c’est beaucoup. L’affaire dérange et fait grand bruit.

La politique, les hommes savent pourquoi

Ursula von der Leyen voulait une proposition double, un homme et une femme, par État. Aucun gouvernement ne l’a entendue.

La Grèce, par exemple, a proposé vendredi son champion européen, Margaritis Schinas (PPE), le porte-parole de la Commission Juncker, comme commissaire. Sur le plan des compétences, il n’y a rien à redire. Après trente ans de services à l’Europe, de député à chef de cabinet, Margaritis Schinas connaît l’UE sur le bout des doigts. Sur le plan de la parité, le gouvernement grec a loupé la marche.

La majorité des hommes sont envoyés par la démocratie-chrétienne (PPE), le parti politique d’Ursula von der Leyen.

Les Pays-Bas ont envoyé un homme, Frans Timmermans (S&D). Il en est de même pour l’Irlande (Phil Hogan, PPE), la Hongrie (Laszlo Trocsanyi, PPE), la Slovaquie (Maros Sefcovic, S&D), la Lettonie (Valdis Dombrovkis, PPE), l’Autriche (Johannes Hahn, PPE). L’Italie voudrait envoyer Giancarlo Giorgetti (La Ligue), mais la crise en cours au sein du gouvernement hypothèque ce choix.

Il est piquant de constater que la majorité des hommes sont envoyés par la démocratie-chrétienne (PPE), le parti politique d’Ursula von der Leyen. Ne dit-on pas que "nul n’est prophète en son pays"?

Côté femmes, le Danemark maintient Margrethe Vestager ("Renew Europe") et la Bulgarie Mariya Gabriel. L’Estonie envoie Kadri Simon (RE).

Encore neuf femmes

Pour accomplir la promesse présidentielle, et obtenir une parité de 14 hommes et 14 femmes, il manque neuf femmes. Or, treize États doivent encore proposer un nom. Vont-ils jouer le jeu? C’est difficile à croire. Au cas où la parité ne serait pas atteinte, Ursula von der Leyen pourrait renvoyer certains États à leurs études. "Si des États membres ne proposent pas suffisamment de femmes, je demanderai de présenter d’autres noms", a-t-elle dit.

"Si des États membres ne proposent pas suffisamment de femmes, je demanderai de présenter d’autres noms."
Ursula von der Leyen

Jusqu’où poursuivra-t-elle son bras de fer avec les capitales? Ce sera un excellent test sur les capacités de conviction de la nouvelle présidente élue. C’est aussi une question de crédibilité pour une Union européenne qui entend défendre l’égalité des genres.

Ursula von der Leyen n’a pas toute latitude. La partie se termine le 31 octobre à minuit, quand l’actuel président de la Commission Jean-Claude Juncker remettra son tablier, comme il l’a promis. Du reste, il n’y a aucune obligation juridique à composer un collège de commissaires respectant la parité.

L’Europe revient de loin

La parité au sein de la Commission est une licorne. On en parle après chaque élection européenne, mais on ne la voit jamais.

La parité au sein de la Commission est une licorne. On en parle après chaque élection européenne, mais on ne la voit jamais. Jean-Claude Juncker l’avait promis, mais il ne parvint qu’à constituer aux meilleures heures de la parité une équipe avec 30% de femmes. Il avait pourtant proposé des postes importants aux États qui enverraient une femme.

Malgré tout, ce fut un exploit, quand on sait que la Commission de Jacques Santer en 1995 ne comptait que 8% de femmes. Quant à la Commission Delors I constituée en 1985, elle ne comptait que des hommes.

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