analyse

La première défaite de Matteo Salvini

Matteo Salvini ©REUTERS

La gauche s’est imposée aux élections en Émilie-Romagne face à la Ligue de Matteo Salvini. Le leader de l’extrême droite italienne, qui avait transformé ce rendez-vous électoral en un test national, affronte sa première défaite.

Un coup d’arrêt emblématique pour Matteo Salvini et un gros soupir de soulagement pour le gouvernement de Giuseppe Conte. Les scrutins régionaux de dimanche en Calabre et en Émilie-Romagne ont profondément modifié le panorama politique de la péninsule tout en préservant, pour l’instant, les équilibres institutionnels nés après la crise gouvernementale de l’été dernier.

Rarement des élections régionales ont eu une telle résonance nationale en Italie. Le chef de la Ligue, Matteo Salvini, avait en effet annoncé à tout bout de champ une "victoire écrasante" de son parti dans les deux régions et prédit que cette même victoire représenterait un "avis d’expulsion" pour l’exécutif dirigé par Conte.

Les électeurs en Émilie-Romagne en ont décidé autrement. Sans surprise, en Calabre, la droite s’est imposée et la candidate de Forza Italia, Jole Santelli, a devancé de vingt points son opposant du centre-gauche. Mais le scrutin en Émilie-Romagne, un vrai test national, a marqué la victoire d’un centre-gauche qui a vigoureusement tenu le cap face à la rhétorique contagieuse du leader de la Ligue. Le gouverneur sortant, Stefano Bonaccini (Parti démocrate, PD), a ainsi été confirmé à son poste, en remportant 51,4% des voix alors que la candidate de la Ligue, Lucia Borgonzoni, n’a obtenu que 43,6% des suffrages.

Forte mobilisation

Ancien bastion rouge de la péninsule, dirigé par la gauche depuis 75 ans, l’Émilie-Romagne a résisté face à la Ligue. La région a même été traversée, au cours de la campagne, d’un sursaut électoral inédit qui explique la mobilisation collective avant le scrutin et l’affluence record aux urnes dimanche dernier. Presque 70% des électeurs ont ainsi exprimé leur vote, 30 points de plus qu’aux élections de 2014.

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Presque 70% des électeurs ont ainsi exprimé leur vote, 30 points de plus qu’aux élections de 2014.

"Bonaccini a mené une bataille héroïque et le Parti démocrate sort pleinement renforcé de ce rendez-vous électoral", a déclaré le secrétaire du PD, Nicola Zingaretti, avant d’exprimer son "immense merci aux Sardines", le mouvement populaire et antipopuliste né il y a quelques mois dans la région pour contrer l’avancée de la droite.

Salvini surenchérit

Salvini lèche ses blessures mais refuse de parler de défaite. "Je suis orgueilleux de ce résultat. Au niveau national, nous aurions été largement gagnants", a-t-il expliqué, en optant encore une fois pour la surenchère. En Émilie-Romagne, "il Capitano", comme l’appellent ses partisans, a joué le tout pour le tout, personnalisant dangereusement le scrutin et menant de front une campagne hypermoderne sur les réseaux sociaux et une campagne à l’ancienne sur le territoire. Il s’y est rendu jusqu’à 200 fois, faisant du porte-à-porte, s’exhibant dans d’interminables séances photos avec les habitants, écoutant leurs récriminations et leurs espérances.

 Or si Salvini n’avait pas transformé cette élection en une sorte de référendum sur sa personne, le résultat non négligeable remporté par la Ligue dans cet inexpugnable fief de la gauche provoquerait aujourd’hui plus d’inquiétudes chez ses opposants.

Déroute du M5S

Le rendez-vous électoral de dimanche confirme le naufrage du Mouvement 5 étoiles.

Le vrai perdant de ces deux scrutins régionaux n’est en effet pas la droite radicale incarnée par Salvini. Le rendez-vous électoral de dimanche dernier confirme surtout le naufrage du Mouvement 5 étoiles. Ce parti, qui avait remporté 33% des voix aux élections nationales de 2018, n’obtient aujourd’hui que 4,7% des voix en Émilie-Romagne et 6,2% des suffrages en Calabre.

Un échec cuisant qui déplace irrémédiablement le centre de gravité de l’exécutif italien au profit du PD et qui nourrit une instabilité institutionnelle que Salvini n’hésitera certainement pas à instrumentaliser.

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