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La succession d’Angela Merkel s’annonce compliquée

"Ce qui est certain, c’est que de nombreux citoyens ont voté SPD, car ils veulent un changement de gouvernement, et qu’ils veulent que le prochain chancelier s’appelle Olaf Scholz", a lancé le président du SPD dimanche soir. ©AFP

Les sociaux-démocrates d'Olaf Scholz sortent du scrutin fédéral en tête, mais le SPD va devoir composer une coalition en vue de former le prochain gouvernement allemand.

Le silence s’abat sur le restaurant "R23", au numéro 23 de la Rankestrasse dans le quartier bourgeois de Wilmersdorf, dans la capitale allemande. La consternation est palpable pour la cellule berlinoise de la CDU, qui a invité ses militants à une soirée électorale bière-choucroute devant le petit écran. Les invités retiennent leur souffle.

"Je n’aurais pas cru que les électeurs allaient à ce point nous sanctionner."
Hans Joachim Fenske
Élu CDU de Berlin

La déception se lit sur tous les visages. Il est 18h et les premières estimations viennent de tomber, plaçant la CDU et le SPD au coude à coude, crédités chacun de 25% des votes. C’est le pire résultat de son histoire pour le parti conservateur allemand qui a perdu près de neuf points par rapport aux élections de 2017.

"Je suis effondré. Je n’aurais pas cru que les électeurs allaient à ce point nous sanctionner", explique Hans Joachim Fenske, élu CDU de Berlin. Seule satisfaction pour les militants: "Il n’y aura pas de coalition rouge-rouge-verte", se réjouit Barmack, un entrepreneur de 45 ans pour qui la perspective d’une alliance du SPD avec les Verts et les néo-communistes de die Linke faisait figure d’épouvantail. Cette constellation semble écartée en raison du faible score de die Linke, créditée de 4,9% des votes.

Un succès inespéré

À la même heure, dans la Willy-Brandt Haus, où se trouve le siège du parti social-démocrate dans le quartier populaire de Kreuzberg, un concert d’applaudissement s’élève du public.

Pour le SPD, ces 25% sont un succès inespéré et un gain de plus de 5 points par rapport aux dernières législatives. Au fil des heures, un léger avantage semble se dessiner pour le SPD, qui grignote plusieurs dixièmes de point tout au long de la soirée. Vers 23h, l’écart entre les deux partis est de presque deux points, à l’avantage des Sociaux-démocrates. 

Vers une période d'incertitude

La nuit a donc été longue pour les Allemands. Et une période d’incertitude se dessine autour de la succession d’Angela Merkel.

"Ce qui est certain, c’est que de nombreux citoyens ont voté SPD, car ils veulent un changement de gouvernement, et qu’ils veulent que le prochain chancelier s’appelle Olaf Scholz."
Olaf Scholz
Candidat social-démocrate

Les résultats sont en effet tellement serrés qu’aucune majorité claire ne se dessine et que les deux camps ont longtemps revendiqué la victoire. "La nuit électorale sera longue, lance le candidat social-démocrate, Olaf Scholz. Mais ce qui est certain, c’est que de nombreux citoyens ont voté SPD, car ils veulent un changement de gouvernement, et qu’ils veulent que le prochain chancelier s’appelle Olaf Scholz."

Armin Laschet (CDU) s’exprimait dimanche soir aux côtés d’Angela Merkel: "Nous ferons tout ce que nous pouvons pour construire un gouvernement dirigé par la CDU-CSU".

"Je ne doute pas que nous puissions gouverner avec les Verts, ils ont de nouvelles et de bonnes idées, souligne Barmack. Mais il leur faudra faire des concessions, tout comme nous d’ailleurs, pour former un gouvernement". "Les Verts sont un parti qu’il faut pouvoir s’offrir, relativise Martin Feldmann, un policier militant pour la CDU. Leurs propositions vont coûter trop cher."

Mais ce lundi matin, c'est plus clair: les premiers résultats officiels montrent le SPD en tête avec 25,7 % des voix, contre 24,1 % pour le CDU/CSU.

Les Verts et les libéraux du FDP se sont proposés dans la soirée de commencer par discuter ensemble, avant d’étendre leurs négociations à la CDU ou au SPD.

Compétition inédite

Néanmoins, cette compétition inédite entre la CDU et le SPD pour former le prochain gouvernement pourrait plonger la première économie de la zone euro dans une longue période de paralysie politique et de tractations entre les partis.

Les Verts d’Annalena Baerbock (14,8%) et les Libéraux du FDP (11,5%) sont les faiseurs de roi de ce scrutin. Leur apport sera incontournable pour bâtir une future coalition. Très éloignés sur les questions fiscales et environnementales, les deux partis se sont proposés dans la soirée de commencer par discuter ensemble, avant d’étendre leurs négociations à la CDU ou au SPD. Cet ordre des choses, totalement inédit dans le pays, en dit long sur le déclin des grands partis, et sur l’émiettement du corps électoral.

Le scrutin voit également l’enracinement du parti d’extrême droite AfD dans le paysage politique. Le parti miné par des divisions internes et isolé sur l’échiquier politique n’a toutefois pas réussi la percée escomptée avec 10,3% des voix.

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