La vague verte s'apprête à déferler sur la Suisse également

L'immeuble du parlement suisse, à Berne. ©REUTERS

Les écologistes sont donnés gagnants des élections fédérales ce dimanche. Ils pourraient devenir la quatrième force politique du pays. L’Europe est la grande absente de la campagne électorale.

Les Suisses sont appelés aux urnes ce dimanche pour des élections fédérales. Un scrutin qui, selon les sondages, devrait profiter aux partis écologistes compte tenu de la place prise par la thématique du climat pendant la campagne.

Tous les quatre ans, les citoyens de la Confédération sont appelés à renouveler l’Assemblée fédérale. C’est le Parlement suisse. Selon le système bicaméral classique, celui-ci se compose d’un Conseil national (200 sièges où les 26 cantons sont représentés proportionnellement à leur population) et d’un Conseil des États (46 sièges où les cantons sont représentés de manière paritaire). Une fois constituée, l’Assemblée désignera le 11 décembre prochain les 7 ministres du gouvernement (appelé Conseil fédéral).

Depuis une vingtaine d’années, l’UDC, la droite conservatrice fondée par Christoph Blocher, est la première force du paysage politique helvétique. L’UDC s’est construite sur un discours anti-européen et anti-immigration. Ce qui lui avait valu en 2015 son meilleur score avec 29,4% des suffrages. Si ces thèmes sont aujourd’hui jugés moins importants que celui du réchauffement climatique, l’UDC ne devrait cependant pas perdre sa position de premier parti.

Comme un peu partout en Europe, c’est donc une vague verte qui se profile. Une manifestation pour le climat avait réuni entre 60.000 et 100.000 personnes dans les rues de Berne le 28 septembre dernier. Encore faut-il distinguer entre les écologistes de gauche (Les Verts) et les écologistes de droite (Vert’Libéraux). Après avoir obtenu respectivement 7% et 4,6% des votes en 2015, ils sont aujourd’hui crédités de 10,7% et 7,3%. Avec un score total de 18%, les écologistes pourraient devenir la quatrième force politique du pays et entrer pour la première fois dans le gouvernement. Beaucoup dépendra de la capacité des écologistes de mobiliser les jeunes, traditionnellement très abstentionnistes.

Les autres partis se sont également mis à l’heure de l’écologie. Les socialistes ont lancé leur Plan Marshall climatique, tandis que les libéraux-radicaux du PLR veulent taxer les billets d’avion. Seule l’UDC dénonce une "hystérie climatique".

L’Europe absente

Comme on a parlé que de climat pendant la campagne, la question des relations entre la Suisse et l’Union européenne est passée au second plan. Il faut dire aussi qu’entre la Suisse et l’UE, plus rien n’a bougé depuis l’échange épistolaire de juin 2019 entre le président de la Confédération, Ueli Maurer, et le président sortant de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker. Les relations entre la Suisse et l’UE sont régies par quelque 120 accords bilatéraux dans une multitude de domaines. L’Europe presse Berne de remplacer ces accords bilatéraux par un seul accord-cadre. (Un premier obstacle a été levé récemment avec la sortie de la Suisse de la liste grise des paradis fiscaux, suite à la réforme par la Confédération de l’impôt des sociétés).

Lors de la campagne, le thème européen a été soigneusement évité par tous les partis, sauf l’UDC. Chez les socialistes (PS), bien que la ligne officielle soit toujours pro-européenne, l’aile syndicale (USS) est ouvertement opposée à un accord institutionnel, estimant que celui-ci n’apporte pas les garanties nécessaires au maintien des salaires suisses.

Philippe Kenel, avocat et président de la Chambre de commerce suisse en Belgique, déplore cette mise au frigo du dossier européen. "Un accord institutionnel serait positif à la fois pour l’Europe et pour l’économie suisse. Or la gauche et l’UDC se sont mises ensemble pour faire échec au projet européen, de sorte que si on soumettait demain aux électeurs suisses le projet d’accord avec l’UE, il ne passerait pas." Il faudra sans doute attendre le printemps prochain pour une relance du processus.

C’est au printemps prochain également, au mois de mai, que se situe la prochaine grande échéance pour les partis politiques en Suisse. L’électeur sera amené à s’exprimer sur une initiative lancée par l’UDC qui vise à abolir l’accord de libre circulation des personnes conclu avec l’Europe. Objectif: endiguer l’afflux de travailleurs étrangers.

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