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analyse

"Le Chancelier allemand sera le plus mal élu de l'histoire"

Le chef de file des sociaux-démocrates allemands, Olaf Scholz, mise sur une coalition avec les Verts et les libéraux. ©Wolfgang Kumm/dpa

Le parti social-démocrate allemand SPD a remporté les élections fédérales. Mais il n'est pas en position de force pour négocier la future coalition.

Le SPD est arrivé en tête des élections fédérales allemandes, avec 25,7% des voix, devant le bloc conservateur CDU-CSU (24,1%). Ce dernier accuse une défaite historique en perdant 8 points et passant sous les 25%. La chancelière Angela Merkel, qui ne se représentait pas après quatre mandats à la chancellerie, quittera donc la scène politique avec un goût amer.

Les tractations pour la formation de la future coalition commencent donc, mais pas de façon conventionnelle. Normalement, le parti vainqueur a la main. Olaf Scholz, le candidat SPD à la chancellerie, voudrait aboutir à un accord de coalition avant Noël. Mais les choses risquent de ne pas être aussi simples.

Quelle coalition?

Olaf Scholz vise une coalition avec les Verts et les libéraux démocrates du FDP. Les premiers ont obtenu 14,8% des suffrages et les seconds, 11,5%. Mais le conservateur Armin Laschet parle aussi de former une coalition.

"Les petites formations ont la main parce qu'elles sont indispensables aux grands partis."
Amandine Crespy
Chercheuse spécialisée dans la politique allemande pour le Cevipol (ULB)

"Cette fois, avec les deux partis traditionnels au coude-à-coude, la configuration est totalement nouvelle", réagit Amandine Crespy, chercheuse spécialisée dans la politique allemande pour le Cevipol (Centre d'étude de la vie politique, ULB).

Les pions des verts et des libéraux

"Avec une fragmentation inédite de son paysage politique, à l'image de bien d'autres pays européens désormais, l'Allemagne va devoir avancer avec une coalition de trois partis au moins, ce qui est inédit", commente la chercheuse. "Les petites formations ont la main parce qu'elles sont indispensables aux grands partis. Or, sur les sujets cruciaux, les libéraux et les Verts ont des positions diamétralement différentes! Ce n'est pas pour rien que le chef du FDP a proposé aux Verts de d'abord négocier entre eux."

La transition écologique et la reconversion industrielle seront des thèmes qui pèseront lourd lors de ces négociations, tout comme ils ont rythmé la campagne électorale. "L'approche des Verts sur la transition écologique est proactive, mais contraignante", explique Amandine Crespy. "Ils veulent inscrire la neutralité climatique dans la loi, fixer à 2030 la fin du moteur à combustion."

"Les Verts veulent une fiscalité contraignante alors que les libéraux misent sur la dynamisation des acteurs économiques."
Amandine Crespy
Chercheuse spécialisée dans la politique allemande pour le Cevipol (ULB)

Transition écologique et fiscalité

Avec l'arrêt du nucléaire et la sortie du charbon, l'Allemagne doit monter en régime sur la production d'énergies renouvelables, sous peine de gros problèmes de production et de hausses des prix, ce qui handicaperait son industrie. "Les Verts veulent une fiscalité contraignante alors que les libéraux misent sur la dynamisation des acteurs économiques. Pour eux, les investissements dans l'innovation permettront d'atteindre les objectifs."

"Les libéraux veulent absolument gouverner. Ils vont faire monter les enchères."
Amandine Crespy
Chercheuse spécialisée dans la politique allemande pour le Cevipol (ULB)

Verts et libéraux s'opposent sur la fiscalité en général. "Les premiers veulent une fiscalité verte, avec des emprunts pour financer les grands investissements, alors que les libéraux demandent une baisse des impôts", précise encore l'experte de l'ULB.

Quelles coalitions sont possibles?

Plusieurs coalitions restent possibles entre le SPD, la CDU/CSU, le FDP et Grüne. Tous les partis ont rejeté une éventuelle alliance avec l'extrême droit (Afd), en baisse, mais qui, avec 10,3% des suffrages, restera un groupe d'opposition bien représenté au parlement.

La gauche radicale Die Linke ne devrait guère être courtisée, alors qu'elle s'est effondrée, n'atteignant que de justesse les 5% nécessaires pour être représentée au Bundestag.

"Cette fois, les libéraux veulent absolument gouverner", pointe Amandine Crespy. "Ils vont faire monter les enchères. Pour que Scholz arrive à construite une équipe rouge-jaune-verte, il va devoir séduire le FDP, qui préférerait gouverner avec les sociaux-démocrates. Que pourra-t-il mettre sur la table pour les convaincre? En réalité, Olaf Scholz n'est pas en position de force. Il sera le Chancelier le plus mal élu de l'histoire allemande... comme c'est déjà le cas pour d'autres chefs d'État, notamment en France."

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