analyse

Un comédien à la tête de l'Ukraine

Volodymyr Zelensky ©EPA

Volodimir Zelenski, un comédien de 41 ans sans aucune expérience politique, a largement remporté l'élection présidentielle en Ukraine. Le Premier ministre russe voit dans cette victoire "une chance" de meilleures relations.

Cinq ans après la révolution pro-occidentale du Maïdan, réprimée dans le sang, les Ukrainiens ont une nouvelle fois décidé de renverser la table. Le comédien novice en politique Volodymyr Zelensky a remporté la présidentielle en Ukraine avec une majorité écrasante face au sortant Petro Porochenko, ouvrant une page d'incertitude pour ce pays en guerre aux portes de l'Union européenne. L'acteur et humoriste de 41 ans a recueilli 73,2% des voix au second tour contre 24,4% pour son adversaire. 

Petro Poroshenko (à gauche), le président sortant d'Ukraine et Volodymyr Zelensky (à droite) ©AFP

Nouvel épisode spectaculaire de la vague mondiale anti-élites, le raz-de-marée remporté par Volodymyr Zelensky, qui a promis de "casser le système" sans dévier du cap pro-occidental, donne la mesure de la défiance des Ukrainiens envers leur classe politique, dont Petro Porochenko est un vétéran. A 53 ans, ce dernier paie les scandales de corruption incessants depuis l'indépendance en 1991, les difficultés économiques de l'un des pays les plus pauvres d'Europe, et son incapacité à mettre fin au conflit qui endeuille son pays.

Les défis sont immenses dans cette ex-république soviétique, confrontée à une crise inédite depuis son indépendance. L'arrivée au pouvoir de pro-occidentaux en 2014 a été suivie de l'annexion par Moscou de la péninsule ukrainienne de Crimée et d'une guerre dans l'est avec les séparatistes prorusses qui a fait près de 13.000 morts en cinq ans.  Cette crise a largement contribué aux graves tensions actuelles entre la Russie et les Occidentaux, qui ont décrété des sanctions réciproques.

→ Le nouveau président sera confronté principalement à trois défis. 

1. Faire la paix avec la Russie

Lors de sa première conférence de presse après sa victoire, Volodymyr Zelensky a dit souhaiter "relancer" le processus de paix de Minsk et "arriver à un cessez-le-feu", en référence aux accords signés en février 2015 dans la capitale bélarusse sous l'égide de Kiev, Moscou, Paris et Berlin. Il a qualifié de "priorité numéro un" le retour dans leur pays de "tous nos prisonniers", notamment militaires. En novembre dernier, la Russie a capturé, après avoir ouvert le feu, trois navires de guerre ukrainiens avec 24 marins à leur bord au large de la Crimée.

  • Le Premier ministre russe Dmitri Medvedev a estimé que Moscou avait "une chance" d'améliorer ses relations avec l'Ukraine après l'élection de Zelensky.

2. Sortir d'une situation financière délicate

Au bord du gouffre financier, l'Ukraine a bénéficié en 2014 d'un plan d'aide occidental, mené par le Fonds monétaire international (FMI). Mais les crédits ont été débloqués au compte-gouttes en raison de la difficulté à adopter certaines mesures de rigueur ou anticorruption exigées en contrepartie.
Espéré d'ici deux mois, le versement de la prochaine tranche (1,3 milliard de dollars) reste incertain, laissant les comptes en situation précaire. 

3. Arriver à... gouverner

Pour le politologue Mykola Davydiouk, "le premier risque, et le plus important, ne proviendra pas de l'armée ni de la guerre, mais de la formation de son équipe". Si Volodymyr Zelensky disposera à la présidence de pouvoirs forts, notamment comme chef des armées, sa marge de manoeuvre pour prendre des mesures concrètes sera très limitée faute de majorité parlementaire. Des législatives ne sont prévues pour l'instant que le 27 octobre, présageant l'ouverture d'une nouvelle phase de luttes politiques.

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