Le Groenland lucide sur son indépendance

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Les Groenlandais viennent d'élire leurs représentants locaux. Autonomes, ils rêvent d’indépendance par rapport au Danemark. Mais ce ne serait pas économiquement tenable malgré les énormes richesses naturelles de l’île.

Les Groenlandais étaient appelés aux urnes, ce mardi, pour renouveler leur parlement local. Le parti social-démocrate a remporté à l'arraché le scrutin et va devoir maintenant engager de longues tractations pour former une coalition gouvernementale. Avec 27,2% des suffrages, le Siumut, qui domine la vie politique groenlandaise depuis 1979, a créé la surprise en s'imposant avec à peine 500 voix d'écart face à Inuit Ataqatigiit (IA), formation gauche-verte qui était donnée gagnante par les sondages. Avec 25,5% des votants, IA a reconnu sa défaite. 

500 millions €
S’il acquiert son indépendance, le Groenland devra se passer des près de 500 millions d’euros que lui verse chaque année le Danemark.

Ce territoire autonome du Danemark, grand comme 70 fois la Belgique (pour 56.000 habitants à peine) et couvert à 80% d’une calotte glaciaire, rêve d’indépendance depuis belle lurette alors que ses politiques étrangère, monétaire et de sécurité relèvent toujours du gouvernement danois. Une indépendance qui se retrouve dans le programme de tous les partis groenlandais mais qui n’est actuellement pas réalisable, et ils le savent bien. C’est qu’en cas de sécession, les Groenlandais devraient faire une croix sur les près de 500 millions d’euros que verse chaque année le Danemark. Or, ils ne peuvent pas se le permettre. Cette manne représente en effet 60% de leur budget.

Le reste des recettes découle largement de la pêche, la première activité économique du territoire arctique qui avait d’ailleurs poussé les Groenlandais à sortir de la Communauté économique européenne en 1985. Un accord de pêche lie actuellement le territoire à l’Union européenne (jusqu’en 2020).

Richesses naturelles

Pourtant, le Groenland est potentiellement riche, très riche en ressources minières (dont de l’uranium et des terres rares), pétrolières et gazières. Des ressources qu’il contrôle depuis qu’il jouit du statut de territoire autonome (2009), qui sont plus accessibles à la suite du réchauffement climatique mais qui ne sont pas exploitées pour la plupart. Pour cela, il faudrait investir dans des infrastructures, ce qui n’a quasiment pas encore été fait, par manque de moyens.

Le Groenland ne ménage pourtant pas ses efforts pour attirer les investisseurs étrangers. Ses représentants sillonnent la planète pour vanter les atouts de l’île et des projets d’expansion de plusieurs aéroports locaux devraient se concrétiser dans les prochaines années. Britanniques, Australiens, Chinois ou Canadiens ont décroché des licences d’exploration ou d’exploitations minières. Mais seule une mine de rubis est actuellement exploitée (à Aappaluttoq, dans le sud). Des projets d’exploitation de zinc et de fer sont en cours, mais n’ont pas encore abouti. Quant aux ressources en hydrocarbures, elles ont déjà suscité l’intérêt des majors du secteur (BP, Chevron, ConocoPhillips, ENI, Engie, Shell et Statoil), mais sans rien de concret, ici non plus.

Il faut dire que depuis que le Groenland a gagné en autonomie, la baisse des cours pétroliers (par rapport à leur pic de près de 150 dollars en 2008), celle des cours des matières premières, les réticences de l’opinion publique concernant l’exploitation de l’uranium (autorisée depuis 2013), le coût des technologies nécessaires et les lourdeurs administratives ont découragé les investisseurs. Les Groenlandais espèrent aujourd’hui que la remontée des cours pétroliers et des matières premières feront accélérer les choses.

©Mediafin

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