Le Parlement européen charge Juncker dans l'affaire Selmayr

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Les députés européens de tous les partis ont dénoncé les conditions de la nomination éclair du secrétaire général de la Commission européenne, Martin Selmayr. L’ancien chef de cabinet de Jean-Claude Juncker a été défendu par le commissaire Oettinger.

"Celui qui est cause qu’un autre devient puissant se ruine lui-même", écrivit Machiavel. Vu la force avec laquelle les députés européens ont chargé ce lundi le président de la Commission Jean-Claude Juncker, celui-ci pourrait un jour se mordre les doigts d’avoir propulsé Martin Selmayr, son chef de cabinet, au poste de secrétaire général, le plus élevé au sein de l’administration européenne.

Pas un eurodéputé n’a plaidé en faveur de cette promotion éclair, survenue le 21 février dernier, quelques jours après un discret appel à candidatures.

Les élus ont critiqué la rapidité de la décision, sa couleur politique, la nationalité allemande comme pour de plus en plus de hauts fonctionnaires, mais aussi le non-respect des valeurs européennes, comme l’égalité des genres.

Même au sein du PPE, la famille politique de Jean-Claude Juncker, la désapprobation était de mise. "Les institutions européennes n’appartiennent pas aux hauts fonctionnaires, elles appartiennent aux citoyens", a ouvert Françoise Grossetête (PPE, LR).

Le ton était donné. Une vingtaine de députés se sont succédé, plus en colère les uns que les autres face à l’image donnée de l’Europe.

Günther Oettinger, le commissaire européen aux Ressources humaines, était venu défendre Martin Selmayr devant l’hémicycle, un fonctionnaire qu’il perçoit comme "un juriste de haut vol, ayant de grandes capacités de communication, un Européen convaincu".

Ça ne passe pas

Le message n’est pas passé. "Prenez-vous les députés européens pour des imbéciles?", a répondu Sophia in’t Veld (libérale). "Je déplore l’absence de Jean-Claude Juncker. Vous vous êtes laissés intimider par un fonctionnaire comme un enfant (…) Cette affaire détruit la crédibilité de l’Union européenne".

"Si la Commission Juncker ne fait pas attention, elle connaîtra le même sort que la Commission Santer."
Guy Verhofstadt
Président des libéraux

Pendant les débats, Guy Verhofstadt, le président des libéraux (ADLE), a écrit un tweet cinglant. "Si la Commission Juncker ne fait pas attention, elle connaîtra le même sort que la Commission Santer", qui dut démissionner en 1999 sur fond de népotisme suite au dépôt d’une motion de censure du Parlement. La motion ne fut jamais votée, Jacques Santer ayant préféré partir avec les honneurs.

Philippe Lamberts, le coprésident des Verts, dont le groupe avait demandé que la Commission Juncker vienne s’expliquer, a souligné le dessein politique de cette nomination. "Il est de notoriété qu’il est l’homme d’un parti (NDR: le PPE)", a-t-il lâché. "Martin Selmayr poursuit sur le chemin d’une centralisation autoritaire, d’une caporalisation des fonctionnaires invités à l’obéissance (…), avec pour objectif, ne plus avoir qu’une ligne et ne plus voir qu’une tête: la sienne".

Après le PPE, l’ADLE et les Verts, les socialistes ont surenchéri. "Comment pouvez-vous violer l’esprit des institutions qui fait que ceux qui y travaillent ne sont pas là pour se servir, mais pour servir les citoyens?", a dénoncé Pervenche Berès (S&D).

Socialistes remontés

"Les socialistes sont très remontés, entre autres à cause du sort réservé à la seule candidate qui s’était présentée au poste face au chef de cabinet de Jean-Claude Juncker. Il y a, surtout au PPE, cette idée que les hommes peuvent décider de tout, quand et comme ils veulent", nous confie l’élue belge Marie Arena. Selon plusieurs sources, Clara Martinez, l’assistante de Martin Selmayr, aurait été sa seule concurrente lors de la procédure de sélection. Elle se serait retirée juste après la clôture de l’appel à candidatures.

"Cette nomination a été orchestrée entre amis. L’image de l’Union européenne va en pâtir", a résumé Mark Demesmaeker (ECR, N-VA).

L’estocade est venue d’un autre PPE, Werner Langen. "Il lui manque l’expérience dans son CV", a-t-il dit, rappelant que pour diriger plus de 30.000 fonctionnaires, il ne suffit pas d’avoir été chef de cabinet.

Günther Oettinger a conclu en sommant les députés de ne pas "déformer le portrait de Martin Selmayr (…) ce n’est pas un monstre".

Quelle sera la suite? Les députés ont confié l’affaire à la commission de contrôle du budget du Parlement européen. Elle vérifiera si les règles de procédure ont été respectée et soumettra un vote à la plénière d’avril.

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