analyse

Le sommet de Salzbourg échoue à rapprocher les Européens

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Migration et Brexit ont monopolisé les discussions des dirigeants européens lors du sommet informel de Salzbourg. Les Vingt-Huit n'ont pas réussi à mettre fin à leurs divergences sur la question migratoire. Quant aux négociations sur le Brexit, bloquées sur la question irlandaise, le Conseil européen du 18 octobre sera "l'heure de vérité". Si l'issue est "positive", un sommet extraordinaire sur le Brexit pourrait avoir lieu les 17 et 18 novembre pour finaliser les négociations.

Salzbourg, la ville natale de Mozart, ne devrait pas conserver un souvenir impérissable de ce Conseil européen informel qui échoua à rapprocher les dirigeants de l’UE. Les Vingt-Huit sont toujours divisés, après deux jours de discussions, sur les questions migratoires et empêtrés dans le Brexit.

La présidence autrichienne de l’UE aurait pourtant organisé un sommet "remarquable" et "des plus réussis", à croire les louanges du président du Conseil Donald Tusk et de celui de la Commission Jean-Claude Juncker envers le chancelier autrichien Sebastian Kurz, lors de la conférence de presse finale.

Cet auto satisfecit entre démocrates-chrétiens du même camp ne sauvera pas l’Union européenne du poison délétère injecté dans son projet unificateur par les partis populistes et, singulièrement, la coalition entre l’ÖVP de Sebastian Kurz et le FPÖ fondé par d’anciens nazis.

L’Europe s’est laissée égarer par l’extrême droite, au pouvoir en Autriche, en Italie et en essor dans d’autres États, dans un pugilat stérile sur la migration depuis que la question a été relancée par le ministre italien des Affaires étrangères Matteo Salvini (La Ligue) en juin dernier.

L'espace Schengen "en péril"

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Mercredi soir, les chefs d’État ou de gouvernement ont parlé migration lors d’un dîner autour de la table monumentale du Manège des Rochers, une salle d’opéra aux allures wagnérienne, creusée dans la montagne.

Aucun progrès n’a été enregistré sur les questions migratoires. Les "centres coordonnés" qui seraient installés sur le territoire des États européens pour "trier" les migrants ne rencontrent aucun succès. Les "plateformes de débarquement", prévues dans les pays tiers, pourraient être négociées, l’Autriche ayant approché l’Égypte sur la question.

"Certains acteurs autour de la table depuis des années refusent la solidarité en termes de migration. En faisant cela, ils mettent en danger l'espace Schengen."
Charles Michel
Premier ministre (MR)

Tout au plus, les Vingt-Huit se sont-ils engagés à accroître leur partenariat avec les pays tiers et les effectifs de Frontex à 10.000 hommes d’ici la fin de l’année.

Le Premier ministre belge Charles Michel a appelé à la solidarité entre Européens sur la question migratoire. "Certains acteurs autour de la table depuis des années refusent la solidarité en termes de migration. En faisant cela, ils mettent en danger l'espace Schengen", a-t-il dit.

"Le temps presse" pour le Brexit

Les dirigeants ont ensuite écouté la Première ministre britannique Theresa May sur la sortie du Royaume-Uni de l’Union. Jeudi, lors d’un déjeuner sans May, les Vingt-Sept ont parlé de l’après-Brexit.

Les négociations sur la sortie du Royaume-Uni sont bloquées par la question de la frontière irlandaise. Londres et Bruxelles sont d’accord pour ne pas rétablir de frontière dure. L’UE exige toutefois une clause de sauvegarde ("backstop"), autorisant des contrôles de marchandises afin d’éviter que le Royaume-Uni ne se réserve un accès déloyal au marché européen.

La proposition de Theresa May, visant à créer une zone de libre-échange, ne convient pas aux négociateurs européens. Donald Tusk l’a invitée à la retravailler. Jeudi, la Première ministre britannique s’est engagée à présenter "sous peu" une nouvelle proposition.

Le temps presse. Pour que le Brexit, prévu fin mars 2019, ait lieu de manière ordonnée, un accord doit avoir lieu au conseil européen du 18 octobre prochain. Ce sera "l’heure de vérité" pour Donald Tusk. Des prolongations pourraient avoir lieu lors d’un sommet extraordinaire les 17 et 18 novembre. Mais "cela suppose que le conseil d’octobre se termine sur une note positive, sans quoi il n’y aura aucune raison de tenir un sommet extraordinaire", avertit le président Tusk.

"J’aimerais bien que les choses avancent, car le temps commence à manquer."
Jean-Claude Juncker
président de la Commission européenne

"J’aimerais bien que les choses avancent, car le temps commence à manquer", surenchérit Jean-Claude Juncker. Pour autant, la Commission ne craint pas un "Brexit dur". "En cas de no deal, nous serons fins prêts", tranche le Luxembourgeois.

Lors du sommet informel, plusieurs dirigeants européens se sont montrés en faveur d’un nouveau référendum sur le Brexit. Cette volonté serait "presque unanime" a dit le Premier ministre maltais Joseph Muscat. Une hypothèse exclue par Theresa May. "Il n’y aura pas de second référendum", a-t-elle dit.

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