chronique

Les petits candidats, espèce protégée | Par François Lenglet

Avec le premier tour qui aura lieu dimanche, l’heure de gloire des "petits" candidats se termine.

Hier soir, ils participaient à la dernière grande émission de campagne, sur France 2, mêlés aux grandes figures de la vie politique française, chacun ayant quinze minutes pour une ultime adresse aux électeurs.

Dimanche 23 avril, L'Echo vous tiendra informé du 1er tour de la présidentielle avec une couverture spéciale sur notre site internet www.lecho.be et une édition spéciale digitale à 22h.

Il y a là Jean Lassalle, un berger devenu député, qui s’est illustré il y a quelques années en entonnant un chant des Pyrénées dans l’hémicycle de l’Assemblée nationale, et en faisant une grève de la faim de 39 jours pour protester contre la fermeture d’une usine dans sa circonscription. Jacques Cheminade, qui veut tout à la fois coloniser Mars et museler la finance prédatrice. Nathalie Arthaud et Philippe Poutou, respectivement professeur d’économie et ouvrier, qui se partagent les maigres voix trotskistes en proposant d’interdire les licenciements et les délocalisations. François Asselineau, un énarque en rupture de ban qui veut faire sortir la France de l’euro et fait un carton chez les artisans-taxis. Et Nicolas Dupont-Aignan, le plus gros des petits ou le plus petit des gros, crédité de 3 à 4% d’intentions de vote, souverainiste, défenseur de la cause animale et l’un des maires les mieux élus de France, en banlieue parisienne.

Un caravansérail baroque, dont les membres ont réussi à passer le barrage institutionnel qui protège – en principe – la république des candidatures anecdotiques: 500 parrainages d’élus, dûment signés et validés par le Conseil constitutionnel.

Pour les petits candidats, une dernière piqûre d’adrénaline, avant de retourner à l’oubli, en donnant sa consigne de vote pour le second tour.

Et surtout, ils profitent de l’écosystème français, qui leur garantit le remboursement des dépenses de campagne par l’état (à hauteur de 800.000 euros s’ils n’obtiennent pas 5% des suffrages), une protection par un officier de sécurité et l’égalité de temps de présence dans les médias, sur la dernière période, avec les grands candidats. Égalité qui donne des migraines à tous les responsables de chaînes de télévision et de radio, contraints de diffuser du Lassalle ou du Asselineau à toute heure, simplement pour éviter les mise en demeures du Conseil supérieur de l’audiovisuel. L’absurdité du système est telle qu’il faut parfois s’abstenir de mentionner le nom de tel ou tel, pour ne pas déséquilibrer les temps de parole.

L’un des "petits" me confiait cette semaine adorer les derniers moments, avant que ne s’affiche le score fatal, sur les écrans des 20h. Une dernière piqûre d’adrénaline, avant de retourner à l’oubli, en donnant sa consigne de vote pour le second tour. Jusqu’en 2022, date de la prochaine présidentielle.

Chronique de François Lenglet

Jusqu'à l'issue des élections françaises, L'Echo accueille dans ses colonnes un nouveau chroniqueur, François Lenglet, l'une des personnalités économiques les plus influentes du paysage médiatique français.

Editorialiste à France 2, chroniqueur à RTL, François Lenglet a dirigé plusieurs journaux économiques, dont le quotidien La Tribune.

Son dernier livre: "Tant pis, nos enfants paieront" (éditions Fayard) a obtenu le prix du livre d'économie 2016.

Retrouvez toutes les chroniques de François Lenglet sur L'Echo.be, en cliquant sur ce lien.

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