Les Polonais offrent un deuxième mandat aux conservateurs populistes

Jaroslaw Kaczynski, chef du PiS ©AFP

Les ultra conservateurs du PiS sont assurés de conserver la majorité au parlement polonais mais elle leur échapperait au Sénat.

Alors que la commission électorale polonaise a dépouillé 99,49% des votes aux élections législatives et sénatoriales du dimanche 13 octobre, le PiS (Droit et justice), mené par Jarosław Kaczynski, est assuré d’obtenir la majorité à la Diète (le parlement polonais) pour les quatre ans qui viennent avec 43,76% des voix.

Viennent ensuite les libéraux de la Coalition citoyenne (KO), dont l’élément moteur est le parti de Donald Tusk (PO) à 27,24% puis une coalition de gauche à 12,52%, suivis par le parti paysan, le PSL à 8,58%. Enfin, l’extrême droite, en association avec le parti du libertaire Korwin, rejoint le parlement à 6,79%. Ces élections ont mobilisé plus que jamais, la participation s’est affichée à 61,1%, un record depuis 1989.

"Nous avons réussi à gagner malgré un puissant front contre nous."
Jaroslaw Kaczynski
Leader du pis

Si un deuxième mandat du PiS et une reconduite (probable) du gouvernement sous la houlette de Mateusz Morawiecki ne faisait aucun doute, Jarosław Kaczynski, n’a pas pu cacher sa déception quand les sondages de sortie d’urne sont tombés dimanche soir. Il faut dire que son parti ne possède pas, tout comme il y a quatre ans, la majorité constitutionnelle. "Nous avons réussi à gagner malgré un puissant front contre nous. Et si nous avons quatre ans à gouverner, d’abord nous devons analyser (…) là où nous avons échoué, et ce qui a fait qu’une importante partie de la population n’a pas voulu nous soutenir alors que nous avons réussi des avancées évidentes" a-t-il conclu.

Mesures sociales

Une conjecture économique favorable (un chômage à 5%, la croissance du PIB à 4%) et la mise en place d’un véritable Etat social, sur laquelle le parti a pu faire campagne, ont indéniablement conduit les ultra-conservateurs à la victoire. Le PiS s’affiche comme un parti qui peut tenir ses promesses (quel qu’en soit le coût): allocations familiales, baisses d’impôt… Le PiS devrait avoir les mains libres pour continuer avec ses réformes judiciaires inachevées ou encore assurer un contrôle plus important des médias privés (et critiques à son égard).

De l’autre côté, la Coalition citoyenne a fait une campagne plutôt en demi-teinte, choisissant sa cheffe de liste, Małgorzata Kidawa-Błońska, un peu tard. Deux surprises sont à noter dans le camp de l’opposition. Tout d’abord, le bon score affiché par la coalition de gauche qui inclut le SLD et deux nouveaux partis: Le Printemps de Robert Biedron (eurodéputé) et La Gauche ensemble (Lewica Razem), proche de Podemos, dont le leader a été placé tête de liste. Enfin, la coalition du libertaire et d’extrême droite de Konfederacja, promettant le litre d’essence à 70 centimes, zéro impôt sur le revenu et voulant stopper ce qu’il nomme la "propagande LGBT", a rejoint contre toute attente, le Parlement.

Le Sénat perdu pour PiS

Il semblerait par ailleurs que le PiS ne possède pas la majorité absolue au Sénat, ne remportant que 48 (ou 49) mandats sur 100. De quoi rendre plus compliquée certaines destitutions, comme celle de l’ombudsman actuel, bête noire du gouvernement sortant.

Orban perd Budapest, son premier revers

C’est un véritable revers pour le parti de Viktor Orbán, le Fidesz (allié au KDNP), qui contrôlait jusqu’à présent la plupart des grandes villes du pays en Hongrie. Les élections municipales de dimanche ont porté au pouvoir l’opposition à Budapest où résident plus de 20% des Hongrois. Gergely Karácsony, candidat d’un petit parti vert écologiste, soutenu par l’ensemble de l’opposition, a réussi à ravir la mairie des mains d’István Tarlós, qui présidait au conseil municipal depuis 2010 et était soutenu par le Fidesz. À 44 ans, le nouveau maire de Budapest devrait faire souffler un vent nouveau sur la mairie.

L’opposition disposera de la majorité au conseil municipal budapestois et l’a remporté dans 14 des 23 arrondissements de la capitale ainsi que dans quatre des cinq plus grandes villes du pays. "Le Fidesz a perdu dans des arrondissements et dans des localités symboliques comme le 1er et le 2e arrondissement ou à Pécs, Miskolc ou Szombathely, ce sont des pertes importantes pour le parti au pouvoir" affirme le think tank Political Capital.
Le parti de Viktor Orban l’avait remporté haut la main aux législatives d’avril 2018, jouissant d’une nouvelle majorité constitutionnelle. L’opposition encore profondément divisée avait tenté de timides rapprochements, trop tardives et peu suivies. Elle avait depuis sombré dans la déprime pour se réveiller l’hiver dernier manifestant contre la loi sur les heures supplémentaires.

Ces élections sont la preuve qu’un front uni mené par un chef crédible peut faire tomber "la machine Orban". Le rassemblement de l’opposition s’est, cette fois-ci, fait dans les temps et n’a pas volé en éclat. Il faut dire que l’opposition a reçu un coup de pouce inattendu: il y a une semaine, un blog anonyme révélait que le maire (Fidesz) de Győr, une ville de 130.000 habitants, avait pris part à une fête sexuelle sur un yacht, aux côtés de prostituées.

Soit un véritable coup porté au Fidesz-KDNP, qui prône conservatisme et valeurs chrétiennes. "Le mythe d’un Fidesz parfait a pris fin. Cela va avoir des conséquences dans le pays comme à l’international", continue Political Capital. Viktor Orban a effectivement fait profil bas se contenant d’annoncer "nous allons regarder les chiffres et ajuster la politique du Fidez-KDNP en conséquence (…) nous sommes toujours la formation politique la plus forte de Hongrie et nous allons travailler pour rester".

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