Les Six à la recherche du Président de la Commission européenne

Charles Michel jouera un rôle clé dans la distribution des postes européens. ©REUTERS

Vendredi, les dirigeants de six pays se rencontreront à Bruxelles pour entamer les pourparlers sur la désignation du prochain président de la Commission européenne. Les négociations pour le poste le plus important d’Europe s’annoncent dures. Très dures.

Ce vendredi soir, six dirigeants européens, dont le Premier ministre belge Charles Michel (MR), se réuniront lors d’un dîner à Bruxelles pour discuter de la nomination du prochain président de la Commission européenne.

Les Six sont issus des trois grandes familles politiques européennes, démocrate chrétienne (PPE), socialiste (S&D) et libérale (ALDE). Charles Michel représentera les libéraux européens, aux côtés du Premier ministre néerlandais Mark Rutte. Les Verts, sans dirigeant européen, sont absents.

Le poste le plus puissant d’Europe fait partie d’un paquet dans lequel on retrouve aussi la présidence du Conseil européen et de la Banque centrale européenne (BCE) ainsi que le Haut représentant de l’UE aux Affaires étrangères.

Des discussions qui s'annoncent ardues

Beaucoup de gens aimeraient voir Vestager à la présidence de la Commission.
Source européenne

Les discussions promettent d’être dures. Elles devraient être achevées pour le sommet des 20 et 21 juin, mais certains voient déjà l’impasse et un conseil extraordinaire s’imposer fin juin, avant la date limite de l’installation du Parlement européen prévue au 2 juillet. 

Pour décider, les négociateurs doivent tenir compte d’une double clé politique tirée du traité. La présidence de la Commission se décide à la majorité qualifiée des 28 États (21 États et 65% de la population) et à la majorité absolue au Parlement (376 voix sur 751). Il faut un accord entre les trois grandes familles politiques, mais aussi un profil de haut niveau, capable de répondre à Trump, Poutine ou Xi Jinping. "Il n’est pas sûr que Manfred Weber (PPE) ou Frans Timmermans (S&D) entrent dans le costume", dit une source diplomatique.

Le moteur franco-allemand arrêté

Le ton au Conseil européen est donné par la France et l’Allemagne, sans lesquelles un accord est impossible. Or, "pour l’instant, les Allemands et les Français ne s’entendent plus sur rien", dit une source. Ils ne se parlent plus. Le moteur franco-allemand est à l’arrêt. La chancelière Angela Merkel (PPE, CDU) ne pardonne pas au président français Emmanuel Macron de s’opposer à son poulain, le "spitzenkandidat" du PPE, Manfred Weber, pour imposer sa candidate libérale, Margrethe Vestager (ALDE), ou son compatriote Michel Barnier (PPE).

Les "Six" sont envoyés au feu, sans assurance d’en revenir, du moins tant que Berlin et Paris ne trouvent pas un terrain d’entente.

Vers une quadripartite au Parlement

Au Parlement, les choses semblent plus simples. En apparence, du moins. Une quadripartite est en cours d’élaboration entre le PPE, le S&D, l’ALDE et les Verts. Les présidents des quatre partis ont inscrit noir sur blanc dans un communiqué leur volonté d’aboutir. Ils entreront dans le vif du sujet le 12 juin. Il leur restera huit jours pour trouver une solution.

©Photo News

Dans les faits, plusieurs ombres pèsent sur la future majorité au Parlement. Le PPE et le S&D ont nettement reculé, tandis que les libéraux ont profité de l’arrivée de la liste Renaissance d’Emmanuel Macron, résultant elle-même d’une OPA sur la droite française.

Les Verts donnent de l’épaisseur à la majorité, étant donné qu’ils ont enregistré la plus importante progression lors des élections de mai. Mais ils ne sont pas numériquement indispensables. Les écologistes pourraient être débarqués à tout moment des négociations, d’autant qu’ils ont affirmé dès le soir des élections qu’ils exigeraient "des réels changements", et pas simplement quelques postes. "Se priver des Verts, ce serait un mauvais message aux citoyens", dit Emmanuel Foulon, un porte-parole socialiste.

La cote de Vestager monte 

L’autre souci tient dans une lutte, au sein de la future coalition, entre le PPE et le S&D. Les deux groupes politiques se tirent dans les pattes pour imposer leur candidat à la présidence de la Commission, Manfred Weber ou Frans Timmermans. Les deux pourraient perdre de cette bataille, au profit d’un autre candidat.

Margrethe Vestager en compagnie de Jean-Claude Juncker ©REUTERS

Les libéraux, indispensables à une future coalition, tripartie ou quadripartite, comptent monnayer leur présence. Ils mettent de plus en plus en avant Margrethe Vestager, soutenue par le président Macron. "Beaucoup de gens aimeraient voir Vestager à la présidence de la Commission. Ce serait un signe très positif, elle a le capital de soutien le plus important au sein du public", dit une source. Ses chances s’améliorent d’autant plus que le président du Conseil Donald Tusk veut voir deux femmes aux postes discutés.

Michel Barnier (PPE) se tient en réserve de la république, le président Macron ayant prévu de le soutenir au cas où la Danoise serait recalée. Angela Merkel pourrait, en définitive, accepter ce compromis, qui lui permettrait de pousser un Allemand à la BCE.

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