Les Suédois aux urnes, l'extrême droite en embuscade

Jimmie Akesson (39 ans), le jeune président du SD. ©AFP

Les Suédois ont commencé à voter pour élire leurs représentants. Les premiers résultats sont attendus dans la soirée. Le parti d’extrême droite est crédité de 20% des intentions de vote. Un succès dû, en grande partie, à son jeune dirigeant Jimmie Akesson.

Quelque 7,5 millions d'électeurs ont commencé à voter en Suède, lors de législatives à suspense qui devraient signer la fin de la domination des grands partis traditionnels au profit de l'extrême droite. Un des enjeux de ce scrutin sera la participation, généralement une des plus élevées de l'Union européenne (86% en 2014), alors qu'un électeur sur cinq restait indécis dans les tout derniers jours de la campagne.

Crédité de 20% des intentions de vote, le Parti des Démocrates de Suède (SD) pourrait se muer en faiseur de rois. Les deux grandes coalitions de centre-gauche et de centre-droit sont en effet au coude-à-coude et risquent de ne pas obtenir de majorité. Pour l’instant, ni l’une ni l’autre ne s’est dite prête à pactiser avec le parti xénophobe, qui avait été fondé en 1988 par des individus proches des milieux fascistes et néonazis, pour former un gouvernement majoritaire. Mais le vainqueur pourrait bien tenter la formation d’un gouvernement minoritaire et chercher à s’assurer le soutien du SD au Parlement. Un soutien que le SD saura monnayer.

Grands partis en déroute

La coalition de centre-gauche du Premier ministre sortant Stefan Löfven est créditée d'un peu plus de 40% des voix. ©AFP

La coalition de centre-gauche, dirigée par les sociaux-démocrates du premier ministre sortant, Stefan Löfven, est créditée de 40,8% des intentions de vote. L’Alliance, formée de quatre partis de droite et de centre-droite, pourrait compter sur le soutien de 38,1% des électeurs. Quoiqu’il arrive, les deux grands partis traditionnels suédois se dirigent vers une cuisante défaite sur fond de crise migratoire et de ras-le-bol des politiques d’austérité. Le Parti social-démocrate pourrait même obtenir son pire score depuis 1921 tandis que les Modérés (le parti conservateur qui fait partie de l’Alliance) risquent de voir leurs résultats divisés par deux par rapport aux élections de 2014.

Clé du succès du SD

Le SD, lui, ne s’est jamais aussi bien porté. Et c’est à son jeune président, Jimmie Akesson (39 ans), qu’il doit une grande partie de son succès. Avec son look de gendre idéal, cet ancien membre des Modérés n’a cessé de travailler à lisser l’image de son parti, et ça a marché. En 2010, le SD faisait son entrée au Parlement où il dispose désormais de 42 sièges (sur 349). En 2012, Akesson s’est mis à prôner une politique de tolérance zéro envers les éléments les plus racistes du parti. Ce qui n’empêchera pas un de ses cadres, Björn Söder, le vice-président du Parlement, de déclarer que, s’ils ne sont pas assimilés, les juifs ne peuvent pas être considérés comme des Suédois…

Avec son look de gendre idéal, Jimmie Akesson, n’a cessé de travailler à lisser l’image de son parti.

Ce qui fait surtout le succès du parti, ce sont ses positions anti-immigration dans un pays qui a enregistré plus de 400.000 demandes d’asile entre 2012 et 2017, suite aux politiques d’ouverture des frontières qui avaient été menées par l’ancien Premier ministre conservateur Frederik Reinfeldt et l’actuel chef de gouvernement. Désormais, quasi 20% de la population suédoise est née à l’étranger, une situation inédite. Et du pain bénit pour le parti d’Akesson dont les résultats pourraient dépasser les attentes ce dimanche. Les analystes mettent en effet en garde contre une sous-estimation des intentions de vote dont le SD est crédité dans les sondages.

Pourtant, l’économie suédoise ne se porte pas si mal. Elle a enregistré une croissance plus forte que prévu au deuxième trimestre avec un PIB pointé en hausse de 3,3%, contre 2,6% attendu par la Riksbank, la banque centrale de Suède. Et son taux de chômage se situe à 6,2%, sous la moyenne de l’Union européenne (6,8%). Mais, une partie de l’électorat suédois, essentiellement des hommes blancs issus de la classe ouvrière, n’a toujours pas retrouvé son niveau de vie d’avant la crise financière et souffre des politiques d’austérité qui ont rendu l’État-providence suédois moins généreux.

Programmes électoraux

Les Démocrates de Suède ont su répondre à leurs inquiétudes en promettant de baisser l’impôt sur les revenus, d’augmenter les dépenses de santé, les allocations de chômage et les pensions des fonctionnaires. Parallèlement, ils s’engagent à réduire le financement des politiques d’immigration et d’intégration. Ils veulent également fermer les frontières aux demandeurs d’asile et durcir les conditions d’accès à la nationalité suédoise. Enfin, ils proposent d’organiser un référendum sur l’appartenance de la Suède à l’UE.

De leur côté, les sociaux-démocrates et les Modérés proposent des programmes relativement comparables. Les deux formations promettent d’augmenter les dépenses publiques et les salaires des policiers, tout en réduisant certains impôts. Ils s’engagent également à poursuivre une politique plus restrictive en matière d’immigration. De quoi déjà assurer une certaine victoire aux Démocrates de Suède…

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