analyse

Les travaillistes en tête aux Pays-Bas, les europhobes prévus gagnants au Royaume-Uni

Nigel Farage (Brexit Party) ©AFP

Les travaillistes sont en tête des Européennes aux Pays-Bas selon un sondage à la sortie des urnes. Au Royaume-Uni, le parti du Brexit de Nigel Farage est prévu gagnant.

"Il est toujours plus facile de mobiliser des forces négatives que de mobiliser des forces positives", a dit Jean-Claude Juncker, mercredi, à un journaliste de CNN, en se lâchant sans retenue contre "les populistes" et "les stupides nationalistes". À la veille du scrutin européen, le plus important d’Occident, le président de la Commission européenne est inquiet. Et on le comprend. Les sondages pour les élections européennes, qui se déroulent du 23 au 26 mai, prévoient une montée en puissance des partis populistes europhobes dans plusieurs pays européens.

Ce jeudi, les électeurs du Royaume-Uni et des Pays-Bas ont été les premiers à se rendre aux urnes. Les deux partis gouvernant le Royaume-Uni depuis plus de cinquante ans, les Tories et le Labour, sont donnés perdants face au parti europhobe de Nigel Farage, cloués au pilori pour avoir enflammé la haine des "leavers" à cause de leur gestion chaotique du Brexit.

Les travaillistes gagnants aux Pays-Bas

Aux Pays-Bas, par contre, les nationalistes du Forum pour la démocratie n'obtiendraient pas les résultats escomptés. Selon un sondage à la sortie des urnes, les sociaux-démocrates (PvdA) seraient donnés gagnants avec 18,4%, ce qui leur donnerait 5 sièges au Parlement européen. Le parti libéral VVD et les démocrates chrétiens obtiendraient chacun quatre sièges, devant le Forum de la démocratie, qui en récolterait trois. 

Le score des travaillistes, le parti du commissaire européen Frans Timmermans, est une surprise. Les sondages récents donnaient en tête le Forum pour la démocratie, dirigé par le populiste Thierry Baudet.

Le parti du Brexit prévu gagnant au Royaume-Uni

"Il est toujours plus facile de mobiliser des forces négatives que de mobiliser des forces positives."
Jean-Claude Juncker président de la commission européenne

Selon les prévisions les plus récentes, du bureau YouGov, le parti du Brexit de Nigel Farage est crédité de 37%. Les conservateurs sont à 7% et le Labour à 13%. Les Libéraux démocrates (19%) et les écologistes (12%) ont le vent en poupe. Paradoxe suprême, 53 millions d’électeurs britanniques envoient 73 députés au Parlement européen. Ils y resteront tant que leur pays sera membre de l’Union.

Le parti du Brexit, à l’extrême droite de l’échiquier politique, est une coquille vide, sans autre personnalité forte que son fondateur. Son score élevé, du moins dans les sondages, est un autre paradoxe de la politique insulaire. Nigel Farage, nul en politique intérieure, a échoué à plusieurs reprises à entrer au Parlement de Westminster. L’homme fonde sa rhétorique sur la dénonciation des "élites européennes" qui "s’enrichissent sur le dos du peuple". Lui-même, député européen, affiche pourtant un train de vie luxueux avec, selon une enquête du Guardian, une maison à 13.500 livres par mois et des frais personnels de campagne de 450.000 livres par an.

Bannon, le trait d’union

Son gourou n’est autre que Steve Bannon, l’ancien stratège de Donald Trump. En 2017, Bannon a formé avec Farage "The Movement", une organisation visant à fédérer les partis d’extrême droite et populistes, avec le Belge Mischaël Modrikamen, fondateur du parti d’extrême droite PP. Le Premier ministre Hongrois Viktor Orban, membre du PPE (démocrate chrétien), est aussi un proche. L’Américain est le trait d’union entre ces hommes, le RN de Marine Le Pen et la Ligue du Nord de Matteo Salvini.

L’Alliance européenne des peuples et des nations (AEPN), le groupe que veut créer Salvini au Parlement européen, est crédité de 74 sièges selon une compilation de sondages de Politico. Mais ce n’est que la pointe de l’iceberg. Si on additionne leur score, les partis populistes europhobes pourraient récolter 165 sièges contre 168 pour le PPE, la première famille politique de l’UE. Ces partis ont du mal à se fédérer, le nationalisme étant un ferment de divisions. Mais la crise migratoire, échec majeur de l’UE qui ne sut proposer qu’un langage sécuritaire, a renforcé le camp identitaire.

Si on ajoute le nivellement par le bas et la haine véhiculés depuis quelques années sur les réseaux sociaux, la simplification à outrance du débat politique, le timing est bon pour les populistes décomplexés. Leur europhobie, simple à comprendre, fait davantage recette face à une Europe perçue comme compliquée.

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