L'Europe s'accorde sur la neutralité carbone, mais sans la Pologne

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Les chefs d'État ou de gouvernement européens, réunis en sommet jeudi soir, ont conclu un accord sur l'objectif de neutralité carbone d'ici 2050, mais un Etat, la Pologne, n'appliquera pas cette décision.

Les dirigeants européens étaient réunis jeudi à Bruxelles pour tenter d’aboutir à un accord sur le climat et le budget à long terme de l’Union européenne. Deux questions clés, portées à l’agenda par le nouveau président du Conseil européen, Charles Michel. Un accord a été conclu sur les objectifs climatiques, mais un État, la Pologne, en est exempté.

Les débats se poursuivront ce vendredi sur le Brexit et la zone euro.

Un accord sans la Pologne

Au bout d'une longue discussion menée jusqu'à une heure du matin, les dirigeants européens ont pu se mettre d'accord sur l'objectif de neutralité climatique de l'Europe d'ici 2050, mais sans la Pologne. Les Vingt-sept ont convenu de revenir sur le sujet lors d'un sommet en juin.

"Nous partageons le même objectif de neutralité carbone pour 2050, même si un État doit encore s'engager sur son application", a dit le président du Conseil européen Charles Michel à la fin de la rencontre.

"Nous partageons le même objectif de neutralité carbone pour 2050, même si un Etat doit encore s'engager sur son application."
Charles Michel
Président du Conseil européen

Entretemps, la Commission européenne entend poursuivre dans les mois à venir le déploiement de son "Pacte vert". "Si un État a encore besoin  d'un peu plus de temps, c'est acceptable", a indiqué a présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen.

Débats intenses

Le président du Conseil européen, Charles Michel, et la chancelière allemande Angela Merkel ©BELGA

Les débats furent intenses. Lors d’un long échange de vues, les chefs d’État et de gouvernement ont décliné leurs priorités sur le climat. Sur la table, une tentative d’accord du président du Conseil. "Un juste milieu", résume un diplomate. Les discussions se sont poursuivies lors du dîner, entamé tardivement vers 22h00. Les divergences révélaient, une fois de plus, le fossé entre l’est et de l’ouest de l’Europe.

Vingt-cinq États européens sont prêts à s’engager à atteindre un objectif de neutralité carbone d’ici 2050. Trois pays, la Hongrie, la Pologne et la République tchèque, très dépendants des hydrocarbures, font de la résistance.

Première cause de dissensions, l’argent. "Nous savons tous que le climat est une question importante, a dit le Premier ministre hongrois Viktor Orban, mais tout le monde sait que cela coûte beaucoup d’argent." Hors de question, pour lui, de "laisser des bureaucrates de Bruxelles imposer aux pays pauvres de payer la lutte contre les changements climatiques".

La présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen ©BELGA

our rappel, la Commission européenne prévoit un fond de transition vers la neutralité carbone de 100 milliards d’euros pour aider les régions les moins favorisées.

La Pologne s'est opposée avec le plus de force à l’accord, déposant plusieurs amendements, dont un exigeant des garanties financières de la BEI. Varsovie a également demandé un délai supplémentaire jusqu'en 2070 au lieu de 2050.

Deuxième écueil, le nucléaire, émettant moins de CO2 que les centrales thermiques. Une fracture est apparue entre les tenants de cette énergie, la France et la République tchèque, ainsi que d’autres États, comme l’Allemagne, l’Autriche et le Luxembourg, opposés à ce que le nucléaire soit repris comme moyen de lutte contre les changements climatiques à cause des risques qu’il fait courir.

Clause sur le nucléaire

"Pour moi, il est important d’être certain que personne ne nous empêchera de construire de nouvelles unités nucléaires", a déclaré le Premier ministre tchèque Andrej Babis, exigeant qu’une clause sur le nucléaire soit reprise dans les conclusions du Conseil européen. La transition énergétique devrait coûter "entre 30 et 40 milliards d’euros" à son pays, a-t-il dénoncé.

Lors du dîner, Charles Michel tentait d’imposer un consensus revenant à confirmer "le droit des États membres de décider de leur mix énergétique et de choisir les technologies les plus appropriées", sans mentionner l’usage du nucléaire.

La République tchèque et la Hongrie ont fini par rejoindre le processus. La Pologne, par contre, a freiné des quatre fers.

Budget à long terme

Les Vingt-sept ont abordé en soirée la question du budget 2021-2027 de l'UE, le cadre financier pluriannuel. Les conclusions du Conseil étaient adoptées vers 22h30, appelant Charles Michel à mener des négociations ultérieures pour aboutir à un accord final.

D’importantes dissensions persistent entre les États européens sur cette question complexe. Comment combler le trou de 12 milliards causé par le départ du Royaume-Uni ? Faut-il augmenter la part de la politique agricole commune ? Quelles nouvelles politiques faut-il financer en priorité ? Faut-il des nouvelles recettes financières ?

Si aucun accord n’était en vue jeudi, une proposition complète préparée par la présidence finlandaise figurait pour la première fois sur la table des dirigeants. "Nous devons discuter du bon équilibre entre les politiques classiques comme la cohésion et l'agriculture, et de nouvelles politiques comme la migration, le climat et l'innovation", expliquait Charles Michel au début du sommet.

Le président du Conseil européen Charles Michel ©EPA

Il appartiendra au président du Conseil de porter ce dossier épineux durant les mois à venir. Charles Michel devra rapprocher les points de vue entre les États sur un budget de 1.087 milliards d'euros, soit 1,07% du PIB européen. Contre 1,114% proposé par la Commission et 1,3% par le Parlement. Pour le président du Parlement européen, la proposition finlandaise est tout simplement "inacceptable".

"Il n’y a pas de pression sur les chefs d’État pour aboutir ce soir", résumait une source. "Ceci étant, il faut absolument un accord pour février 2020, sans quoi il n’y aura pas de CFP pour l’année 2021 et il faudra trouver des arrangements budgétaires".

Russie

Les Vingt-sept ont décidé jeudi de prolonger de six mois les sanctions économiques décidées contre la Russie suite à l’annexion de la Crimée et à la guerre menée en Ukraine. Le processus de Minsk progresse, mais les dirigeants attendent de la Russie qu’elle affiche plus de volonté. "Je pense que la Russie a besoin de motivation pour mettre en œuvre toutes ses promesses", a déclaré le Président Lituanien Gitanas Nauseda.

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