Loukachenko se cramponne, l'Europe fait pression, la Russie observe

Le président biélorusse Alexandre Loukachenko s'est adressé lundi aux ouvriers d'une usine d'Etat de production de poids lourds. ©via REUTERS

Le président biélorusse a réaffirmé qu’il ne lâcherait pas le pouvoir "sous la pression", au lendemain de la plus grande manifestation de l'histoire récente du pays. L'Europe envisage de nouvelles mesures.

L'opposition au régime biélorusse a continué à donner de la voix, lundi, malgré la brutalité de la répression qui s'est abattue contre les manifestants qui rejettent le résultat stalinien de la dernière élection présidentielle. Au lendemain des rassemblements qui ont réuni quelque 200.000 personnes dimanche, et alors que l'opposition a annoncé une grève générale, la contestation s’est poursuivie devant le siège de la télévision publique et plusieurs usines.

Des manifestants s’étaient notamment regroupés devant une usine d'État (MZKT) dans laquelle le président s'était rendu en hélicoptère pour s'adresser aux ouvriers. Tandis que des opposants scandaient "Pars ! Pars!" à celui qui dirige le pays depuis 26 ans, Alexandre Loukachenko a coupé court: "Jamais je ne ferai quoi que ce soit sous la pression."

Tikhanovskaïa prête à gouverner

Il a par contre tenté une ouverture en proposant l'organisation de nouvelles élections, sine die, après l'adoption d'une nouvelle Constitution, et une fois l'ordre revenu dans le pays. "Bien sûr, je partirai un jour. Peut-être dans un an ou deux, cela dépend de vous", a-t-il dit selon des propos rapportés par le site indépendant biélorusse Tut.by.

"L'idée de changer la Constitution n'est pas neuve, et je ne pense pas qu'elle serait soutenue par beaucoup de gens: ils n'ont plus confiance, et il y a eu tant de violences."
Andrew Wilson
European Council on Foreign Relations

Cette perspective aura du mal à convaincre, estime Andrew Wilson, spécialiste des politiques de démocratisation dans l'espace post-soviétique au think tank European Council on Foreign Relations (ECFR): "L'idée de changer la Constitution n'est pas neuve, et je ne pense pas qu'elle serait soutenue par beaucoup de gens: ils n'ont plus confiance, et il y a eu tant de violences."

De son côté, la candidate d'opposition Svetlana Tikhanovskaïa a diffusé, depuis la Lituanie où elle a trouvé refuge, une vidéo dans laquelle elle se dit prête à devenir dirigeante nationale de transition: "Je n'ai jamais voulu être un leader politique, mais le destin m’a mise en première ligne de la bataille contre l'arbitraire et l'injustice."

"Je n'ai jamais voulu être un leader politique, mais le destin m’a mise en première ligne de la bataille contre l'arbitraire et l'injustice."
Svetlana Tikhanovskaïa
Opposante au régime d'Alexandre Loukachenko

L'Europe fait bloc

Après avoir décrété des sanctions individuelles contre des responsables du régime pour la falsification des élections et la répression du mouvement démocratique, l'Europe continue de faire monter la pression sur le régime tout en appelant son voisin russe à se garder d'intervenir militairement.

Les Vingt-Sept tiendront mercredi une réunion par visioconférence "pour discuter de la situation en Biélorussie", a fait savoir le président du Conseil européen, Charles Michel. Les chefs des exécutifs devraient discuter d'autres mesures de soutien à la contestation. L'Allemagne, qui assure la présidence tournante du Conseil de l'Union européenne, a par ailleurs fait savoir lundi qu'une extension des sanctions "à d'autres responsables" pourrait également être décidée si la situation sur le terrain ne s'améliorait pas.

Le chef de la diplomatie européenne Josep Borrell a de son côté demandé au nom de l'UE "une enquête approfondie et transparente sur toutes les exactions alléguées", tandis qu'au Parlement européen, cinq groupes politiques ont appelé dans un communiqué commun à la tenue de nouvelles élections libres dans le pays.

Le dilemme russe

Pour sa part, la Russie a fait savoir dimanche qu'elle se tient prête "si nécessaire" à assister Minsk, en vertu du pacte militaire qui lie les deux pays, l'Organisation du traité de sécurité collective (OTSC). Le bref compte-rendu de la conversation entre Vladimir Poutine et Alexandre Loukachenko publié par le Kremlin mentionne une "pression exercée sur la république (de Biélorussie) depuis l'extérieur".  Le pouvoir biélorusse prétend qu’un complot est fomenté de l'extérieur à son encontre et que "les troupes de l'Otan sont [aux] portes" du pays - assertion rejetée lundi par le Secrétaire général de l'Alliance.

"Ici, le mouvement ne porte pas sur l'Union européenne. La Russie n'a donc pas besoin d'intervenir dans ce sens."
Andrew Wilson
European Council on Foreign Relations

Menace ou prétexte: Moscou a-t-il intérêt à intervenir en Biélorussie comme il l'a fait Ukraine en 2014 ? Contrairement à la révolution de Maïdan, le soulèvement Biélorusse est de nature purement domestique, souligne Andrew Wilson : "Ici, le mouvement ne porte pas sur l'Union européenne. La Russie n'a donc pas besoin d'intervenir dans ce sens" pour préserver son influence régionale. D'autant qu'une action russe pourrait développer dans le pays un sentiment antirusse aujourd'hui négligeable. "Mais la Russie pourrait aussi bien penser pouvoir et prestige, et exploiter le manque de réaction occidentale - en particulier des États-Unis...", observe-t-il.

Lundi, un responsable de l'administration américaine s'est exprimé sous couvert de l'anonymat, indiquant que les États-Unis surveillent la "terrible" situation de près.

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