portrait

Mariani-Muselier, le duel des faux-frères

Ils sont du même sérail et s’affrontent dans un duel sans merci pour décrocher la présidence de la région Paca. Thierry Mariani et Renaud Muselier ont le champ libre au second tour des régionales, alors que la gauche a retiré sa liste.

Entre l’azur de la Méditerranée et les sommets alpins, le terrain est dégagé pour le duel "présidentiel" de Thierry Mariani et Renaud Muselier. Le premier, candidat du Rassemblement national (RN, extrême-droite) en Provence-Alpes-Côte d'Azur, partait grand favori et principal espoir du parti de Marine Le Pen de décrocher au moins une région à un an de la présidentielle. Les résultats du premier tour n’ont pas été au rendez-vous: l’abstention a pesé sur le score de Mariani, légèrement en tête. Ses chances de l’emporter au second tour face à son adversaire Les Républicains (LR, droite) ce dimanche sont d’autant plus compromises que la gauche a finalement décidé de lui faire barrage.

Après avoir assuré qu’il maintiendrait sa liste, l'écologiste Jean-Laurent Félizia s’est couché au dernier moment: l’heure est une fois de plus au "front républicain. Et tant pis si cela risque, comme l’anticipe Christele Lagier, politologue à Avignon Université, de détourner davantage les électeurs des urnes et de renforcer le vote blanc.

Couteaux tirés

Reste donc un duel entre deux hommes que tout n’a pas toujours opposé. Mariani et Muselier ont démarré leur carrière politique ensemble au Rassemblement pour la République (RPR) - l'un dans le Vaucluse, l'autre dans les Bouches-du-Rhône - et fait une partie du chemin ensemble en rempart contre le Front National. Entre les deux hommes, les divergences n’apparaissent pas au premier coup d’œil. En 1992, tous deux ont fait campagne pour le "non" au référendum sur le traité de Maastricht. Et en 2008, tous deux ont voté en faveur du traité de Lisbonne. Mais Mariani glissera vers l'aile la plus à droite du parti, jusqu'à franchir le pas en rejoignant les rangs du Rassemblement national.

Comme attendu, la campagne aura été sans merci, volontiers sur le terrain personnel et très loin des enjeux régionaux - on n'aura sans doute jamais autant entendu parler de géopolitique à un scrutin régional.

Les amis de Mariani

Ainsi, Renaud Muselier aura-t-il copieusement attaqué son adversaire pour ses prises de position à l’international : son soutien à la Russie de Vladimir Poutine jusque dans la guerre en Ukraine, sa proximité avec le régime Syrien - Mariani a été reçu par Bachar al-Assad -, ou son positionnement aux côtés de l’Azerbaïdjan dans le conflit du Haut-Karabagh. C'est que le parcours du mandataire aura été très porté sur l’international, usant de ses positions et de son réseau pour ouvrir la voie à des hommes d'affaires. Mais l’attaque la plus dangereuse pour le candidat RN aura sans doute été celle sur son ancrage en région Paca. Renaud Muselier ne lui a pas seulement reproché d’habiter dans le 17e arrondissement de Paris: il l’a attaqué en justice pour faire annuler sa candidature. Sans succès.

"On est sur un profil de professionnel de la politique, on peut imaginer que les électeurs qui votent pour le Rassemblement national n’arrivent pas bien à comprendre en quoi il va profondément renverser le système."
Christele Lagier
Politologue, Avignon Université

Qu'il soit du terroir ou hors sol, le candidat de l'extrême-droite n'a pas mobilisé autant qu'attendu au premier tour. "On est sur un profil de professionnel de la politique, on peut imaginer que les électeurs qui votent pour le Rassemblement national n’arrivent pas bien à comprendre en quoi il va profondément renverser le système", observe Christele Lagier. Le syndrome d'un mal pour le parti de Marine Le Pen, poursuit-elle: il cherche à se présenter comme force d’alternance, ce qui le contraint à aller chercher des cadres dans les autres partis politiques parce qu’il n’a pas le vivier suffisant pour présenter des candidatures crédibles.

Muselier en marche

Attaqué sur son ancrage, Thierry Mariani aura rendu coup pour coup: n'est-il pas déplacé de lui reprocher d'avoir quitté la région quand on a soi-même demandé la nationalité mauricienne? Et voici Renaud Muselier attaqué sur l'air connu du mauvais patriote. Le président sortant de la région est médecin, propriétaire de cliniques réputées. Il deviendra député (RPR) à 34 ans, puis secrétaire d'État aux Affaires étrangères et président de l'Institut du monde arabe.

Attaqué, il l'aura aussi été par une fraction de son propre parti, depuis qu'il a décidé d’accueillir sur sa liste, dès le premier tour, des candidats de La République en marche (LREM). Une stratégie censée, selon Christele Lagier: "Il a fait l’analyse des résultats de la présidentielle de 2017, il a bien vu que les électeurs de centre-droit étaient reportés sur Emmanuel Macron, il est allé les chercher sur cette élection." Muselier a donc construit une candidature régionale, locale et est parvenu à rassembler un électorat fidèle. L'occasion d'une clarification pour la droite républicaine?

"Le RN a prospéré, particulièrement ici dans la région Paca, sur une porosité de plus en plus grande entre droite et extrême-droite. C’est ce qui se joue à l’échelle de la région: est-ce que la droite républicaine tient la maison républicaine, maintient une frontière étanche avec le Rassemblement national? Je pense qu’ils vont devoir vraiment clarifier les choses", analyse Christele Lagier. Et le duel de dimanche va peut-être y contribuer.

En Paca, ce scrutin affiche en tout cas une configuration qui n’est pas très éloignée du face-à-face tant annoncé pour la présidentielle de 2022. D’un côté une droite et un centre-droit appuyé par une partie de la gauche. De l’autre, l’extrême-droite en pleine opération de "normalisation". L'histoire est-elle déjà écrite?

Le résumé

  • En France, tous les yeux seront tournés dimanche vers la Paca, où se tient un duel singulier.
  • D'un côté, Thierry Mariani, ex-sarkozyste passé à l'extrême-droite, vainqueur du premier tour mais déjà en perte de vitesse.
  • De l'autre, Renaud Muselier, le président sortant de droite républicaine, qui s'est allié au parti d'Emmanuel Macron au grand dam d'une partie de son camp.
  • La gauche s'est retirée pour laisser le champ libre aux duellistes: le Rassemblement national peut-il encore emporter une région?

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