Martin Selmayr divise sa famille politique

Martin Selmayr ©EU/Etienne Ansotte

Werner Langen (PPE, CDU), a remis en question "l’expérience" de Martin Selmayr. L’ex-chef de cabinet de Jean-Claude Juncker divise sa famille politique.

Que venait faire Günther Oettinger dans cette galère? Le commissaire européen aux Ressources humaines était lundi dans l’hémicycle du Parlement européen comme dans une arène. Un après l’autre, les députés lui ont décoché leurs piques, inlassables picadors. On le sentit prêt à céder sa place à son président, Jean-Claude Juncker, pour qu’il défende la nomination éclair de Martin Selmayr au sommet de l’administration, perçue par la presse internationale et, désormais le Parlement européen, comme un acte de népotisme.

Pris isolément, chaque élément de cette nomination tient debout. Une fois assemblés, il se dégage du tableau une impression d’opacité et d’orchestration à l’antipode des valeurs que la Commission Juncker a défendues ces trois dernières années.

Lâché par la CDU

Intelligent, juriste reconnu, habile en communication politique, bourreau de travail, Martin Selmayr est connu pour son amour proclamé du projet européen. Nul ne doute de ses qualités. Mais a-t-il, pour autant, l’expérience requise pour diriger ce porte-avions qu’est l’administration européenne? Pour l’Allemand Werner Langen, un PPE membre de la CDU, le parti d’Angela Merkel, c’est non. Martin Selmayr sait diriger un cabinet d’une vingtaine de personnes. Mais il n’a jamais piloté plusieurs directions générales, faites de milliers de fonctionnaires. Cette tâche, pour l’élu allemand, requiert une expérience qui ne figure simplement pas sur le curriculum de l’intéressé.

Certains proches le reconnaissent, Martin Selmayr n’aime pas déléguer les tâches. Si les choses ne vont pas assez vite, il les fait lui-même. Quand il demande un texte aux services juridiques et qu’il ne l’obtient pas à temps, il le rédige lui-même.

C’est pareil pour la communication. Il faut envoyer un communiqué de presse délicat? Martin Selmayr l’écrira de sa plume. "Il est l’homme du front, celui qui est en première ligne. Un stratège. Mais s’il faut déléguer, c’est une autre histoire. Il lui arrive même de s’emporter si les décisions ne suivent pas, dit une source. À l’inverse, le secrétaire général est un homme d’expérience, effacé, discret. Pour être la tour de contrôle de l’administration européenne, il faut savoir rassembler."

On attribue à Martin Selmayr certaines propositions politiques de la Commission qui ont abouti au forceps devant le Conseil de l’Union européenne, au risque de les voir capoter dans certains États, comme l’accord sur la relocalisation des migrants. Une bonne intention, mais restée lettre morte.

La Hongrie, dont le Premier ministre Viktor Orban est membre du PPE, la famille politique de Jean-Claude Juncker, fut le premier à s’opposer à cet accord.

La nomination de Martin Selmayr a fini par diviser le PPE. Non en quelques jours, mais en venant donner le coup final à l’édifice, après une lente érosion de plusieurs années où les éléments les plus radicaux ont été poussés au ban des décisions de l’UE par des décisions où le principe communautaire fut balayé au non d’un pragmatisme autoritaire incapable de rassembler.

L’Europe a fini par devenir le reflet de cet autoritarisme. L’extrême droite, elle, s’en donne à cœur joie.

"Portes closes"

"Tout pue dans cette nomination, tout a été fait derrière des portes closes."
Dennis De Jong
député européen (GUE)

La colère des députés ne vise pas l’homme en soi, mais le geste politique de la Commission Juncker. Celui de lancer un appel à candidature pour couvrir juridiquement une nomination. Un geste du "XIXe siècle", a ajouté Werner Langeb. Celui de proposer, en quelques secondes, de nommer un proche au poste de secrétaire général adjoint et puis à celui de secrétaire général devant des commissaires médusés. "Tout pue dans cette nomination, tout a été fait derrière des portes closes", a dit le Néerlandais Dennis De Jong (GUE).

La Commission se retrouve empêtrée dans une nouvelle affaire, après le cas Barroso passé chez Goldman Sachs, trahissant l’amour du pouvoir au lieu du service au citoyen. Il lui reste encore un an et demi pour inverser la vapeur.

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