portrait

Mary Lou McDonald, la dame qui fait oublier aux Irlandais les années noires du Sinn Féin

Deux ans à peine après avoir succédé à Gerry Adams, le leader historique du Sinn Féin, Mary Lou McDonald a mené son parti à une victoire éclatante. Ternie par un détail: son parti n’a pas présenté assez de candidats pour récolter toute la moisson électorale.

La cheffe du parti nationaliste irlandais n’a pas fait campagne sur la réunification de l’île d’Irlande, pas plus que sur les suites du Brexit, et elle a eu le nez fin. Dans un pays marqué au fer par la crise de 2008, Mary Lou McDonald a parlé aux Irlandais de leurs préoccupations premières: la crise du logement, les difficultés d’accès aux soins de santé, le sans-abrisme qui atteint des niveaux record malgré le redressement économique du pays. Et pendant que les deux grands partis de droite qui se partagent le pouvoir depuis un siècle s’employaient à jeter le discrédit sur le parti, elle tapait sur un clou efficace, la perspective d’une société plus égalitaire. Résultat: le Sinn Féin passe premier en nombre de votes, bouleversant le paysage politique irlandais.

Nouveau visage

En prenant il y a deux ans la succession du leader historique Gerry Adams, cette cinquantenaire a marqué la fin d’une époque pour le parti. Le Sinn Féin n’était naguère que la vitrine politique des paramilitaires de l’IRA provisoire, qui ont tué des centaines de civils durant les trente années de "Troubles". Il est à présent l’alternative de gauche aux politiques d’austérité, menée par un visage rassurant.

Profil

1969 - Naissance à Dublin, dans le quartier de Rathgar. Elle étudiera la littérature anglaise, l'intégration européenne et ressources humaines.

1990 - Elle entre en politique par un bref passage au parti de droite Fianna Fail.

2002 - C'est bien sous l'étiquette Sinn Féin qu'elle participe pour la première fois aux élections générales sans obtenir de siège.

2004 - Elle est élue députée européenne, la première de son parti en (république d')Irlande.

2009 - Vice-présidente du Sinn Féin.

2011 - Élue députée (Teacha Dála) de la circonscription de Dublin centre.

2018 - Elle prend la tête du Sinn Féin, succédant à Gerry Adams, qui dirigeait le parti depuis 1983.

2020 - Elle conduit son parti vers une victoire électorale inédite.

Alors que Gerry Adams était de Belfast, épicentre nord-irlandais des haines sectaires, Mary Lou McDonalds est d’un quartier aisé de Dublin. Loin de l’image de la militante fanatisée, elle affiche le profil rassurant d’une mère qui a étudié la littérature et les affaires européennes avant de chercher sa voie en politique. À la fin des années 1990, elle est même entrée au grand parti de centre-droit, le Fianna Fail, avant de se rejoindre le Sinn Féin.

En 2004, elle devient la première eurodéputée que le parti envoie depuis la république d’Irlande. Sept ans plus tard, elle décroche un siège de députée nationale. En 2018, elle prend donc le relais de Gerry Adams, mais son leadership est remis en cause dès l’année suivante, quand le Sinn Féin recule aux élections locales et européennes, mais le rebond des élections générales de samedi n’en est que plus spectaculaire.

Réunification

Alors que les Nord-Irlandais ont majoritairement voté pour rester dans l’Union européenne, le Brexit a ravivé l’aspiration à une réunification de l’île d’Irlande, tout en ravivant l’inquiétude de la communauté unioniste de la province britannique. Si tous les partis de la république défendent l’Irlande unie, le Sinn Féin est souvent présenté par ses opposants comme incapable de mener une telle entreprise de façon sereine. Mary Lou McDonald se montre prête à temporiser, estimant qu’un référendum sur la question ne devrait pas être organisé tant que l'incertitude demeure sur le Brexit. Sans pour autant opérer une rupture franche avec les violences de l’IRA, que son parti justifie toujours comme légitimes en leur temps.

Les ambiguïtés du Sinn Féin n’auront pas rebuté les électeurs, qui lui ont offert une victoire d’une ampleur inattendue. À tel point que le parti n’a pas présenté assez de candidats pour refléter pleinement ses voix en sièges au Parlement.

Équilibrisme nord-irlandais

Fraîchement élue à la tête du Sinn Féin, McDonald a surpris après une visite dans la ville nord-irlandaise de Londonderry en… la nommant par son nom officiel. Les républicains irlandais lui préfèrent le nom "Derry". Ce geste d’ouverture vers la communauté unioniste était oublié l’année suivante, lorsque la cheffe de parti a défilé à New York derrière une banderole "England get out of Ireland" - elle s’en excusera.

Le "bon républicain"

Elle a été critiquée pour avoir un temps soutenu le "chef d'état-major" de l'IRA provisoire Thomas Murphy comme un "bon républicain". Il a été reconnu coupable d’évasion fiscale. McDonald a dans un deuxième temps jugé que la question relevait des tribunaux.

Contre Lisbonne

Députée européenne au moment de l'adoption du traité de Lisbonne, McDonald a mené la campagne contre le texte, qui donne une personnalité juridique à l'Union, instaure un président permanent du Conseil et ouvre la voie de l'initiative citoyenne, notamment. Les Irlandais l'ont rejeté par référendum en 2008, avant de l'adopter lors d'un second vote l'année suivante.

Lire également

Publicité
Publicité

Echo Connect