Municipales en France: abstention record et percée verte

À Lyon, les Verts ont fait coup double: Bruno Bernard (photo) s'y est adjugé la métropole, siège du véritable pouvoir, et Grégory Doucet la ville. ©AFP

Le second tour des municipales, qui s'est tenu dimanche dans l'Hexagone, a été marqué avant tout par une abstention record. Il a vu la victoire d'Edouard Philippe au Havre, une percée attendue des écologistes et la prise de Perpignan par le Rassemblement national.

Les élections municipales en France ont été marquées par une vague écologiste dans plusieurs grandes villes, où le parti présidentiel a enregistré de nombreuses défaites. L'abstention a atteint un niveau historique: près de 60% des électeurs ont boudé ce second tour organisé plus de trois mois et demi après le premier, coronavirus oblige.

Très vite après les premiers résultats, le président Emmanuel Macron s'est dit "préoccupé par le faible taux de participation" et Jean-Luc Mélenchon (gauche radicale) a qualifié cette élection de "grève civique". Mais au-delà de cette abstention d'un niveau inédit, c'est la "vague verte" qui retient l'attention.

"Ce qui a gagné, c'est la volonté d'une écologie concrète, en action, qui propose des solutions sur les déplacements, le logement, l'alimentation."
Yannick Jadot
Député européen vert

Vague verte

Les écologistes vont notamment s'emparer de Lyon et de Marseille, les deux plus grandes villes de province françaises. À Lyon, ils ont même fait coup double: Bruno Bernard s'y est adjugé la métropole, siège du véritable pouvoir, et Grégory Doucet la ville. Les Verts ont également pu revendiquer la victoire à Strasbourg, avec Jeanne Barseghian, et à Bordeaux, avec Pierre Hurmic qui a devancé le maire LR sortant Nicolas Florian, soutenu par LREM.

La situation est plus confuse à Marseille où la candidate écologiste Michèle Rubirola, à la tête d'une coalition de gauche, a revendiqué une "victoire relative" après 25 années de règne de la droite. Mais la candidate LR Martine Vassal a insisté qu'il n'y avait à ce stade "pas de majorité à Marseille", donnant rendez-vous à l'élection du maire par le conseil municipal vendredi prochain.

"Ce qui a gagné, c'est la volonté d'une écologie concrète, en action, qui propose des solutions sur les déplacements, le logement, l'alimentation", s'est réjoui Yannick Jadot, député européen et figure du mouvement écologiste français. "L'enjeu aujourd'hui n'est pas de savoir qui des Verts ou des socialistes ont gagné. On a prouvé que rassemblés, on est capable de lever un espoir", a souligné Pierre Jouvet, porte-parole du PS.

Cette recomposition de la gauche derrière les écologistes intervient alors que le parti d'Emmanuel Macron, qui a bâti sa victoire au centre, est perçu par une partie de l'opinion comme menant une politique de droite.

Perpignan au Rassemblement national

L'extrême droite, de son côté, a remporté l'élection à Perpignan, ville catalane de plus de 100.000 habitants, avec la victoire de Louis Aliot, l'ex-compagnon de Marine le Pen, la présidente du Rassemblement national (RN). La droite "traditionnelle", Les Républicains (LR), a conservé la ville de Toulouse. Mais elle perd au profit des écologistes des fiefs comme Marseille ou Bordeaux.

"Des scores extrêmement décevants dus à des divisions internes."
Sibeth Ndiaye
Porte-parole du gouvernement

Pour le parti présidentiel, la République en Marche (LREM), qui n'est en position de force dans aucune grande ville et ne bénéficie pas d'un profond ancrage local, c'est un revers. La porte-parole du gouvernement Sibeth Ndiaye a déploré "des scores extrêmement décevants", dus selon elle aux "divisions internes". Seule petite éclaircie, le Premier ministre Edouard Philippe, qui n'avait pas endossé l'étiquette LREM, a facilement remporté l'élection dans sa ville portuaire du Havre, avec 59% des voix.

Quel impact pour Macron?

Reste maintenant à savoir quel sera l'impact de ce scrutin sur l'orientation des deux dernières années du quinquennat d'Emmanuel Macron, alors que des ministres verts sont en poste en Suède, en Finlande, en Autriche et que les verts sont en pleine ascension en Allemagne. Devra-t-il donner des gages aux écologistes? Maintiendra-t-il à son poste son Premier ministre, sorti renforcé de sa victoire au Havre? Le président français, qui consulte à tout va mais ne laisse rien filtrer de ses intentions, détient seul les clés d'un éventuel remaniement. Il doit rencontrer Edouard Philippe lundi en tête-à-tête pour évoquer les suites à donner à ce scrutin.

Emmanuel Macron avait laissé entendre que la crise du coronavirus allait changer profondément les choses et avait dit qu'il lui fallait "se réinventer". Il devra trouver un délicat équilibre entre la volonté de l'aile gauche de son parti d'introduire une inflexion écologique sans pour autant abandonner les choix libéraux des débuts. Ces dernières semaines, plusieurs défections de députés ont fait perdre à LREM la majorité absolue à l'Assemblée nationale.

Probablement soucieux d'évacuer au plus vite cet encombrant scrutin, Emmanuel Macron a d'ores et déjà prévu de s'exprimer ce lundi. Il donnera ses premières réponses aux propositions formulées par la Convention citoyenne sur le climat, une assemblée de 150 citoyens tirés au sort pour redonner des couleurs à la démocratie directe dans le pays.

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