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Nouveau revers en vue pour Merkel

©EPA

D’importantes élections régionales ont lieu ce dimanche en Hesse, à l’ouest de l’Allemagne. Le piètre résultat prévisible du candidat d’Angela Merkel serait perçu comme un camouflet pour une Chancelière déjà affaiblie.

De nouveau, la GroKo, la "grande coalition" (l’alliance des conservateurs et des sociaux-démocrates au pouvoir à Berlin) risque un camouflet aux élections régionales de Hesse, la région de Francfort à l’ouest de l’Allemagne. Et ce deux semaines après la débâcle subie en Bavière le 14 octobre. Sauf que cette fois, ce n’est pas l’impopulaire CSU bavaroise qui monte au créneau mais bien la CDU d’Angela Merkel. Une défaite du patron du Land, Volker Bouffier, au pouvoir dans la région depuis 2010 et proche de la Chancelière, serait interprétée comme un revers personnel de la chef du gouvernement à Berlin. Selon les derniers sondages, la CDU pourrait n’obtenir que 26% des voix, une chute de plus de 10 points par rapport aux élections de 2013 (la CDU avait alors réalisé un score de 38,5%).

Angela Merkel, qui sait qu’elle risque gros en Hesse, n’a pas ménagé sa peine, multipliant les meetings (4 en 4 jours) dans la région, comme mercredi à Kassel. "Cette semaine, constatait un diplomate en poste à Berlin, inutile de chercher à joindre quelqu’un à la chancellerie: toutes les forces sont concentrées sur la Hesse!"

"Angela Merkel ne peut ignorer la fronde qui gronde dans son parti."
gero neugebauer
politologue

Un autre signe de l’importance de ce vote: Angela Merkel annonçait dimanche la présentation pour début novembre d’une loi qui rendra caduques les interdictions de circuler pour les véhicules à moteur diesel. Le thème a dominé la campagne. Francfort est la première ville d’Allemagne à avoir annoncé sous la contrainte l’interdiction prochaine de circuler pour les moteurs diesel les plus anciens, pour respecter les normes de qualité de l’air. Plus que toute autre métropole allemande, Francfort, où le niveau des loyers est particulièrement élevé, connaît un nombre élevé de "Pendler", ces salariés qui effectuent de nombreux kilomètres en voiture pour se rendre à leur travail. Cette promesse électorale de dernière minute suscite l’incrédulité des libéraux et irrite les militants écologistes.

Seconde cause de souci pour Angela Merkel, son allié de coalition à Berlin, le parti social-démocrate, est lui aussi en chute libre dans les sondages, crédité de 20% des intentions de vote, soit 10 points de moins qu’en 2013. Comme en Bavière, le SPD devrait poursuivre sa chute, au profit des verts, crédités de 26% dans les sondages.

Laboratoire politique

Par un étonnant jeu de vases communicants, la coalition CDU-verts (la Hesse est le seul Land allemand à pratiquer cette alliance au niveau régional) au pouvoir à Wiesbaden, la capitale régionale, pourrait se maintenir, grâce au bon score prévisible des écologistes. La Hesse a de longue date la réputation d’être un laboratoire politique propice aux expériences inédites. C’est dans la région que les verts avaient fait leur entrée dans la politique régionale, dans les années 80.

Nouvelle chute des partis traditionnels CDU et SPD, poussée des verts et dans une moindre mesure, du parti d’extrême droite AfD (autour de 10% dans les sondages)… Le vote de dimanche pourrait donner un peu plus de poids à l’aile gauche du parti social-démocrate, opposée à la poursuite de la GroKo à Berlin. Surtout, il pourrait faire vaciller un peu plus une Chancelière affaiblie au sein de son propre parti, alors qu’elle entend se présenter à sa propre succession à la tête de la CDU lors d’un important congrès début décembre à Hambourg. "Angela Merkel a toujours dit qu’il est pour elle stratégique de cumuler les postes de Chancelière et de présidente de la CDU, rappelle le politologue Gero Neugebauer, de l’université libre de Berlin. A priori, elle ne risque pas grand-chose. Ceux qui se présentent face à elle sont des seconds couteaux. Mais tout le monde a en tête la surprise lors du vote pour le poste de chef du groupe parlementaire au Bundestag."

Merkel contestée

Début septembre, le candidat soutenu par Angela Merkel à ce poste avait été défait par son propre groupe parlementaire au profit d’un quasi inconnu, Ralph Brinkhaus. "Angela Merkel ne peut ignorer la fronde qui gronde dans son parti", souligne Gero Neugebauer. Les débats sont encore feutrés. Mais la course à la succession est engagée.

À la veille des élections de Bavière, le président du Bundestag Wolfgang Schäuble, à la fois fidèle de Merkel et ancien concurrent malchanceux, avait fait remarquer que la Chancelière "n’est plus aussi incontestée" que par le passé, et que "dans toute organisation humaine, chaque chose a son temps".

Trop âgé pour lui succéder, Schäuble n’en conserve pas moins une influence très importante au sein de la CDU et pourrait jouer un rôle dans l’organisation de la succession. L’intéressée, pour sa part, botte en touche, soulignant que "tous ceux qui ont voulu organiser leur succession ont toujours échoué et que c’est très bien ainsi".

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