Nouvelle poussée de l'extrême droite, cette fois en Thuringe

Bodo Ramelow, chef de file de la gauche (Die Linke), conserve son poste de ministre-président de Thuringe. ©EPA

Les électeurs de Thuringe ont voté pour les extrêmes, avec 31% des voix pour les néo-communistes et 23,5% pour le parti d’extrême droite AfD. Les partis de la coalition au pouvoir à Berlin, laminés, subissent de lourdes pertes.

C’est un véritable tremblement de terre politique qui a secoué le land de Thuringe, au sud-est de l’ex-RDA dimanche. L’onde de choc se fait sentir jusqu’à Berlin, dont les partis de la coalition – CDU et SPD – arrivent respectivement en troisième et quatrième positions à Erfurt, la capitale régionale. Avec 21,8% la CDU a perdu 11,7 points par rapport à 2014; le SPD recule, lui, de 4,2 points à 8,2%.

À Berlin, les règlements de compte ont commencé au sein de la CDU. La dauphine d’Angela Merkel, Annegret Kramp-Karrenbauer, jugée trop faible, est de nouveau la cible des attaques de l’aile droite du parti, menée par un rival malheureux d’Angela Merkel, le banquier Friedrich Merz. Quant au SPD en pleine déconfiture, il doit se doter début décembre d’une nouvelle direction, bicéphale, pour tenter de remonter la pente.

23,4%
Avec 23,4%, l’extrême droite de l’AfD est arrivée en deuxième position lors de l’élection régionale en Thuringe, faisant plus que doubler son score de 2014.

Deux mois après les régionales du Brandebourg et de Saxe (tous deux en ex-RDA), le parti d’extrême droite AfD enregistre une nouvelle percée d’autant plus spectaculaire que le parti est mené en Thuringe par Björn Höcke, l’un de ses trublions les plus radicaux du pays. Le courant informel qu’il a fondé au sein du parti, der Flügel ("l’aile"), est jugé si radical par les services de renseignements intérieurs qu’ils l’ont placé en janvier dernier sous surveillance. Höcke, renforcé par sa victoire de dimanche, pourrait en profiter lors du congrès du parti fin novembre pour chercher à renforcer son influence sur la direction.

En Thuringe, Höcke devra se contenter du rôle de chef de file de l’opposition, aucun des partis traditionnels n’étant prêt à se lancer dans une coalition avec l’extrême droite. Du coup, la formation du prochain gouvernement régional s’annonce des plus complexes.

L’autre vainqueur du week-end, Bodo Ramelow, chef de file des néo-communistes de die Linke (31% des voix), pourra conserver son poste de ministre-président du Land. Mais ses partenaires SPD et Verts ont tellement reculé que la poursuite de la première coalition rouge-rouge-verte n’est pas possible sans l’appui du petit parti libéral FDP, qui a exclu cette constellation à quatre.

Difficiles combinaisons

Restent les options d’un gouvernement minoritaire, de nouvelles élections ou de la première alliance die Linke-CDU de l’histoire allemande. Les chefs des deux formations, tous deux pragmatiques, ont multiplié les signes de rapprochement au cours de la campagne, Bodo Ramelow allant jusqu’à se rendre à la messe avec Mike Möhring, le chef régional de la CDU. Mais une telle alliance avec l’ennemi d’hier – la CDU qualifiait les néo-communistes de "chaussettes rouges" au lendemain de la réunification – ne se fera pas sans pertes pour les chrétiens démocrates.

De longues et douloureuses négociations se profilent donc. Bodo Ramelow aura le plus grand mal à former un gouvernement régional stable. Déjà la presse allemande évoque le souvenir de la fragile république de Weimar, la première démocratie allemande, née entre les deux guerres et rapidement sapée par l’essor du nazisme.

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