Percée historique des verts aux législatives suisses, l'UDC reste numéro un

Regula Rytz, la présidente des Verts ©AFP

Les partis écologistes se dirigent vers des scores historiques au élections législatives suisses de dimanche mais la droite populiste, connue pour son discours anti-immigration et anti-européen, devrait rester la première force politique du pays.

Les partis écologistes se dirigent vers des scores historiques au élections législatives suisses de dimanche mais la droite populiste, connue pour son discours anti-immigration et anti-européen, devrait rester la première force politique du pays.

Selon des projections de l'institut gfs.bern, les Verts obtiendraient 16 sièges supplémentaires, passant à 27 députés, avec 13% des voix. Les Vert'libéraux progresseraient de 8 sièges, pour un total de 15, avec 7,6% des voix.
"C'est un changement tectonique", a commenté la présidente des Verts, Regula Rytz, tandis que la numéro deux du parti, Lisa Mazzone, se félicitait de ce "score historique", supérieur aux attentes.
"C'est le moment" pour les Verts d'entrer au gouvernement, où tous les grands partis se partagent les sept places de ministres, a estimé Mme Rytz.

Des grèves pour le climat

Les Verts, qui seraient en passe de devenir la quatrième force politique à la Chambre basse devant le Parti démocrate-chrétien (PDC), ont immédiatement réclamé la "tenue urgente d'un sommet national pour le climat". Et pour Greenpeace "le résultat de ces élections donne un mandat clair au Parlement".
Les appels de la jeune activiste écologiste Greta Thunberg ont particulièrement résonné en Suisse, où de nombreuses villes et cantons ont proclamé l'"état d'urgence climatique", tandis que des dizaines de milliers de personnes ont participé aux "grèves pour le climat". Ils étaient encore 100.000 à Berne fin septembre.

L'ampleur de la poussée des partis écologistes constituait la principale inconnue du scrutin, destiné à renouveler les 200 conseillers nationaux (Chambre basse), élus à la proportionnelle, et les 46 conseillers aux Etats (Chambre haute), désignés selon un système majoritaire à deux tours.
En constante progression depuis les années 1990, les populistes de droite de l'Union démocratique du centre (UDC), dont les affiches aux relents xénophobes font régulièrement polémique, sortiraient affaiblis du scrutin, avec 25,6% des voix (soit 54 sièges), contre 29,4% en 2015.
Dans un pays où la force des partis évolue lentement, même une perte de 2-3% est "un échec" pour l'UDC, observe le politologue Oscar Mazzoleni, spécialiste de la droite populiste.
"On savait qu'on allait perdre des plumes"
Oscar Freysinger
Sénateur sortant UDC

"On savait qu'on allait perdre des plumes", a reconnu Oscar Freysinger, sénateur sortant UDC, dont le parti n'a eu de cesse de dénoncer l' "hystérie climatique" pendant la campagne. En 2015, c'était la thématique migratoire qui avait dominé les débats.

Dictature verte

A gauche, le parti socialiste (PS) s'inscrirait aussi en baisse, avec 16,5% des voix (39 sièges). A droite également, les libéraux-radicaux (PLR) auraient également enregistré un repli, avec 15,5% des voix (29 sièges). "Le débat climatique a eu un impact qui n'est pas sain, c'est de l'enfantillage", a affirmé Fathi Derder, député sortant PLR, dénonçant la "dictature" verte.
Quand au parti démocrate-chrétien (PDC), il resterait stable, à 11,8% (26 sièges).
Ce n'est que le 11 décembre que les élus des deux Chambres parlementaires désigneront les sept ministres du gouvernement, dont les portefeuilles seront répartis entre les grands partis.
Depuis 1959, les principaux partis du pays - UDC, PS, PLR et PDC (parti démocrate-chrétien, centre) - se partagent les 7 postes ministériels du gouvernement selon le système dit de la "formule magique". Actuellement, l'UDC, le PS et le PLR disposent de deux ministres, le septième ministère revenant au PDC.

Avec la nouvelle donne au parlement, "on doit peut-être discuter une nouvelle formule magique", a relevé la présidente des Verts. Une idée que les socialistes ont immédiatement soutenue.
"On doit peut-être discuter une nouvelle formule magique"
Regula Rytz
Présidente des Verts

Etant donné que les deux partis écologiques se positionnent différemment sur le spectre politique, il n'est toutefois pas sûr qu'ils s'allient en décembre lors de l'élection des ministres. Reste qu'ensemble ils constituent la deuxième force politique du pays.
De nombreux connaisseurs de la vie politique suisse s'accordent par ailleurs à dire qu'il vaudrait mieux que les écologistes consolident leur avancée électorale dans quatre ans, pour asseoir ainsi leur présence dans le spectre politique du pays, avant de vouloir prétendre à entrer au gouvernement.
Pour être élu ministre, il faut aussi compter sur le soutien de la Chambre haute, où les Verts'libéraux sont absents. Les Verts disposaient d'un seul siège, mais devraient voir leur présence s'étoffer.

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