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Poussée spectaculaire des partis europhiles aux élections locales britanniques

©Photo News

A trois semaines des élections européennes, les deux principaux partis sortent vainqueurs des élections locales, mais avec une sévère érosion de leur base de 2015.

40% des sièges des conseils locaux ont été soumis aux votes des électeurs jeudi, soit un total de 8.400 sièges pour l'Angleterre et un peu plus de 400 pour l'Irlande du Nord.

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Ces élections ne traitaient donc pas des grandes questions nationales, et se limitaient cette année à l’Angleterre et l’Irlande du Nord. Les conseils locaux constituent pourtant un bon baromètre de l’humeur des citoyens, puisqu’ils gèrent l’administration locale de base, une partie de l’aménagement urbain, les services sociaux et culturels ou encore la collecte des déchets. Ces élections locales étaient surtout le premier scrutin de grande échelle depuis le référendum de 2016 sur la sortie de l’Union européenne. Et elles intervenaient trois semaines avant les élections européennes, qui pourraient donner le ton des prochaines étapes du processus du Brexit.

Alors qu'environ 20% des résultats restaient encore à dépouiller ce vendredi en fin d'après midi (201 conseils "dépouillés", 58 en attente), le résultat global confirme le sentiment de défiance, voire de colère, à l’adresse des deux principaux partis. L’analyse doit toutefois être nuancée. Le parti Tory, qui est au pouvoir à Downing Street depuis 2010, subit la plus forte érosion (-947 sièges), mais est aussi celui qui arrive en tête (2.636 élus). Le Labour ne perd que 110 sièges, mais est tout de même très distancé (1.634 élus), ce qui interpelle pour un parti de gauche, généralement très à l’aise sur des questions quotidiennes.

Percée des europhiles

Au-delà de l’érosion des deux principaux partis, la surprise de ce scrutin est la poussée spectaculaire des partis europhiles, voire des partis "alter". Le LibDem, parti de centre droit clairement pro-européen, double largement son nombre de sièges (1.025 sièges, +533 par rapport au dernier scrutin). Poussée également du Green party écologiste (176 sièges, +138). Les partis indépendants de tous horizons glanent 833 sièges (+471). Le parti UKIP ne récolte que 24 sièges (-85).

L’hypothèse d’un vote sanction est crédible, mais la prudence doit rester de mise.

L’analyse de cette érosion des votes en faveur des deux principaux partis est complexe. L’explication la plus simple – les citoyens ont voulu sanctionner Westminster pour la gestion du Brexit – n’est pas forcément la plus pertinente. L’impact de la présence ou pas dans l’Union européenne sur ces questions locales est très relatif. De même que celui de l’enlisement du processus du Brexit. L’hypothèse d’un vote sanction – voter sur un enjeu différent de celui du scrutin – est crédible, mais la prudence doit rester de mise.

D’autres éléments plus terre à terre, comme le degré de satisfaction sur les prestations publiques locales, ont peut-être joué un rôle aussi important. La hausse spectaculaire des taxes locales annuelles, représentant plus de 1.671 livres par foyer en moyenne (1.920 euros), n’est pas passée inaperçue. Un tiers des autorités locales ont imposé une hausse des taxes de plus de 5% au mois de mars, pour des prestations équivalentes, voire en voie de dégradation.

Des électeurs dans un bureau de vote de la ville de Sale, au Royaume-uni, le 2 mai 2019. ©REUTERS

La fin du dépouillement devrait permettre de préciser la nouvelle cartographie politique locale. Au point d’y lire, d’ores et déjà, une partie du scénario du 23 mai, date prévue pour les élections européennes?

L’absence du parti du Brexit à ces élections locales rend la prospective complexe. Celui-ci continue de monter dans les sondages des élections européennes. Il se situe désormais à 30%, contre 21% pour le Labour et 13% pour le parti conservateur.

La représentation de ces deux scrutins est très différente pour les Britanniques : au niveau local, ils veulent élire des politiques qui prennent soin de leur quotidien et de leur avenir. Au niveau européen, une partie de l’électorat veut envoyer des députés à Strasbourg pour saper l’entreprise européenne, et éventuellement ne plus jamais avoir à voter dans un scrutin européen.

Cette érosion des deux principaux partis à ces élections locales est donc un signal clair, mais ne permet pas de dégager de certitude pour le 23 mai, alors que la tenue de ce scrutin n’est pas encore confirmée et que la campagne n’a pas encore été lancée.

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