Poutine rempile pour 6 ans avec près de 77% des voix

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Sur la base de 99,8% des bulletins dépouillés, Poutine est réélu avec 76,67% des suffrages. Ce score aux allures de raz de marée est toutefois marqué par les accusations de fraude de l'opposition.

Vladimir Poutine va rempiler pour six ans de plus au Kremlin, confortant son statut d'homme fort incontournable du pays en plein regain de tensions avec les Occidentaux. 

Avec quelque 99,8% des bulletins dépouillés, Poutine est réélu avec 76,67% des suffrages, selon la commission électorale citée par l'agence Tass.  

Il devance le candidat du Parti communiste Pavel Groudinine, qui ne récolterait que 12% des voix, devant l'ultranationaliste Vladimir Jirinovski, autour de 6%, et la journaliste proche de l'opposition libérale, Ksénia Sobtchak (1,5%),

Alexeï Navalny, considéré comme le principal opposant au chef de l'Etat, n'a pas été autorisé à se présenter et avait appelé à boycotter le scrutin.  C'est le quatrième mandat de Vladimir Poutine, qui est à la tête de l'Etat russe depuis 2000 (de 2000 à 2008 et depuis 2012 comme président, de 2008 à 2012 comme Premier ministre).

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Devant des centaines de partisans réunis à deux pas du Kremlin, celui qui fêtera à l'issue de ce mandat ses 72 ans, a remercié les Russes. Il a affirmé voir dans cette large victoire "la confiance et l'espoir de notre peuple". "Nous allons travailler tout aussi dur, d'une manière tout autant responsable et efficace." Cette victoire est, dit-il, "la reconnaissance du fait que beaucoup de choses ont été faites dans des conditions très difficiles".

Le taux de participation était de presque 60% à 15H00 GMT, trois heures avant la fermeture des bureaux de vote, selon la Commission électorale centrale (CEC). Le Kremlin avait fait de la participation son principal objectif afin de légitimer cette élection dont l'issue ne faisait aucun doute.

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L'opposition clame à la fraude

70%
Plébiscite
Vladimir Poutine est crédité de près de 70% dans les derniers sondages pour la présidentielle de ce dimanche.

Alors que Poutine célèbre une victoire attendue, l'opposition accuse le Kremlin d'avoir fait gonfler la participation par de nombreuses fraudes: des urnes bourrées, des fonctionnaires emmenés en bus aux bureaux de vote, des étudiants menacés d'échec s'ils ne votaient pas Poutine (photo du bulletin à l'appui).

"Ils ont besoin de participation. Le résultat, c'est que la victoire de Poutine avec plus de 70% (des voix) a été décidée d'avance", a expliqué à la presse l'opposant, écarté de l'élection en raison d'une condamnation judiciaire, qui a assuré que la participation réelle était inférieure à celle de 2012. "Le seul moyen de mener une lutte politique en Russie, c'est de manifester. Nous allons continuer de le faire", a-t-il prévenu.

La présidente de la Commission électorale, Ella Pamfilova, a estimé pour sa part que les irrégularités constatées "ont été relativement modestes", ajoutant que le scrutin avait été transparent.

Le mouvement d'Alexeï Navalny, qui affirme avoir dépêché plus de 33.000 observateurs dans les bureaux de vote, a rapporté également des centaines de cas de fraudes, surtout dans le Caucase du nord ou dans la région sibérienne de Kemerovo réputée pour ses mines de charbon et ses grandes industries métallurgiques.

Golos, ONG, s'est inquiétée notamment d'informations faisant état de contraintes exercées par des employeurs ou universités forçant employés et étudiants à voter non pas à leur lieu de domicile mais sur leur lieu de travail ou d'étude, "où l'on peut contrôler leur participation au scrutin"

Contexte international tendu

Accusé par Londres d'avoir "ordonné" l'empoisonnement d'un ex-agent double en Angleterre, vilipendé à l'ONU pour son soutien à Bachar el-Assad en Syrie, confronté à de nouvelles sanctions des Etats-Unis visant Moscou pour son ingérence dans l'élection de Donald Trump en 2016, Vladimir Poutine aura été soumis à un torrent de critiques d'une rare intensité lors de sa dernière semaine de campagne.

Les démentis, échanges d'accusations et menaces de représailles réciproques qui ont rythmé la semaine résument un mandat marqué par un retour en force de la Russie sur la scène internationale mais aussi par l'installation d'un climat de quasi-guerre froide sur fond de conflit syrien, d'annexion de la Crimée et d'insurrection dans l'Est de l'Ukraine menée par des séparatistes, soutenus par Moscou, selon Kiev et les Occidentaux.

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Impassible, Vladimir Poutine a achevé une campagne a minima en rencontrant des agriculteurs dans le Sud, en prononçant un discours de deux minutes lors d'un concert en Crimée, et en prenant des selfies avec des jeunes.

L'homme fort de 65 ans de la Russie, loué pour avoir ramené la stabilité après les années 1990 - au prix, selon ses détracteurs, d'un net recul des libertés - avait peu de souci à se faire  pour cette élection. A 65 ans, il a remporté ce dimanche un quatrième mandat le portant au pouvoir jusqu'en 2024, près d'un quart de siècle après avoir été désigné successeur par Boris Eltsine. 

Au terme de ce nouveau mandat, sa longévité au pouvoir approcherait le quart de siècle, une durée que seul Staline a dépassée.

Génération Poutine

Faute de suspense et vu les appels au boycott de l'opposant Alexeï Navalny, jugé inéligible, le principal objectif du Kremlin pendant cette campagne atone aura été de convaincre les électeurs de se déplacer, et notamment la "génération Poutine", ces jeunes qui votent pour la première fois et n'ont connu que Vladimir Poutine au pouvoir.

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De la péninsule du Kamtchatka à l'est jusqu'à l'enclave de Kaliningrad à l'ouest, les 107 millions d'électeurs de l'immense pays aux onze fuseaux horaires commenceront à voter à 8h locales soit, pour les premiers bureaux de vote de l'est du pays, samedi soir à 20h GMT. Les derniers bureaux fermeront dimanche à 18h GMT.

A l'étranger, Kiev avait décidé de bloquer le vote des électeurs russes résidant en Ukraine pour protester contre la tenue de la présidentielle en Crimée, péninsule annexée par Moscou en 2014.

Le scrutin se tient quatre ans jour pour jour après la ratification du rattachement de la Crimée, décidé à l'issue d'un référendum jugé illégal par Kiev et les Occidentaux.

'Nous tenons bon'

24 ans
24 ans
Avec un nouveau mandat, Vladimir Poutine verrait sa longévité au pouvoir approcher le quart de siècle, une durée que seul Staline a dépassée.

Le président russe, lui, n'a quasiment pas fait campagne, se contentant de deux participations de deux minutes chacune lors de concerts de soutien et snobant les débats télévisés.

Il s'est surtout illustré par un discours très musclé devant le Parlement, pendant lequel il a longuement vanté les nouveaux missiles "invincibles" de l'armée russe développés en réaction aux projets de bouclier antimissile, sommant les Occidentaux d'"écouter" enfin la Russie.

"En Amérique et en Europe, ils essayent de nous faire plier, de nous agenouiller, mais nous tenons bon. Ils nous ont promis une crise mais on a résisté. C'est la principale qualité de Poutine", estime Sergueï Babaïev, un électeur moscovite de 55 ans.

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