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Quel visage pour l'économie post-Merkel?

Angela Merkel a été la chancelière de la stabilité, pas celle du changement, selon Marcel Fratzscher, patron de l’institut DIW de Berlin. ©AFP

Les années Merkel ont globalement été bonnes pour l’Allemagne. Un tableau toutefois assombri par l’ampleur des réformes à mener.

Croissance en hausse continue à l’exception de deux petites récessions en 2009 et 2020, excédents budgétaires, chute spectaculaire du chômage, passé de plus de 5 millions de demandeurs d’emploi lors de l’arrivée de la Chancelière au pouvoir en 2005 à moins de 3 millions à l’heure actuelle… Le bilan des années Merkel est plutôt positif.

Le gouvernement allemand anticipe une croissance de 3,4 à 3,7% pour 2021. Après un recul de 4,6% l’an passé avec la pandémie de coronavirus, la première économie de la zone euro semble donc redémarrer. Les exportations ont augmenté de 17,7% en juillet vers l’Union européenne, et de 6,8% à destination des pays tiers.

Les carnets de commandes de l’industrie sont bien remplis. La production industrielle a repris en juillet après trois mois d’affilée de baisse et ce malgré les pénuries de matériaux qui freinent toujours le secteur et font redouter un pic d’inflation à 5% d’ici la fin de l’année, le plus haut niveau depuis 30 ans et une source d’inquiétude pour le camp conservateur. Fin juillet, près de deux entreprises sur trois affirmaient avoir des problèmes d’approvisionnement, selon l’institut Ifo de Munich.

"Angela Merkel a été la chancelière de la stabilité, pas celle du changement."
Marcel Fratzscher
Patron de l’institut DIW de Berlin

L’annonce par Berlin de la prolongation des dispositifs d’aide aux entreprises contre la pandémie tempère toutefois l’inquiétude des milieux d’affaires et le moral des patrons repart à la hausse. Berlin avait adopté après le choc de la pandémie un plan d’aide économique sans précédent de plus de 1.000 milliards d’euros. En deux ans, le pays a contracté 370 milliards d’euros de nouvelles dettes, dont 240 en 2021, et l’endettement public est passé de 59,7% du PIB à près de 75% attendus pour cette année.

"De considérables investissements pour l’avenir"

Le tableau est toutefois assombri par l’ampleur des réformes qui attend le successeur d’Angela Merkel. "On se trouve face à un embouteillage incroyable de réformes, souligne Marcel Fratzscher, patron de l’institut DIW de Berlin. Angela Merkel a été la chancelière de la stabilité, pas celle du changement. Les élections de dimanche sont les plus importantes pour le pays depuis 1990. L’Allemagne est à la veille d’un virage capital pour son avenir, sur le dossier du climat, de la transformation numérique, de la gouvernance économique et de la concurrence avec la Chine et les États-Unis."

"L’Allemagne est à la veille d’un virage capital pour son avenir, sur le dossier du climat, de la transformation numérique, de la gouvernance économique et de la concurrence avec la Chine et les États-Unis."
Marcel Fratzscher
Patron de l’institut DIW de Berlin

Trois décisions importantes attendent le prochain gouvernement pour faire face à ces défis, selon le DIW. "De considérables investissements pour l’avenir", chiffrés par l'économiste à 40 ou 50 milliards d’euros par an, soit 1 à 1,5% du PIB; une vaste réforme fiscale pour soulager les classes moyennes et réduire les inégalités en augmentant la pression fiscale sur les plus hauts revenus (programmes du SPD et des Verts); et un allègement fiscal pour les entreprises afin de soutenir l’investissement privé.

Un choix difficile

"Le futur gouvernement sera placé devant un choix difficile", résume Patrick Artus, économiste chez Natixis. "Changer les règles budgétaires qui ne sont plus compatibles avec la réalité ou réduire fortement le déficit public." Au risque d’étouffer la reprise.

En Allemagne, l’orthodoxie budgétaire est en effet inscrite dans la constitution depuis 2009. "Pour résoudre l’équation budgétaire, il faudrait revoir fondamentalement la règle constitutionnelle et aller vers une règle nationale identique à la norme européenne", qui autorise un déficit de 3% du PIB, selon Marcel Fratzscher.

Au lieu de 0,35% - sauf circonstances exceptionnelles - le pourcentage autorisé depuis 2009. Mais une telle réforme nécessiterait l’accord des deux tiers du Parlement, ce qui est loin d’être acquis au vu des sondages.

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