Sanchez prend la tête du gouvernement espagnol

©EPA

Après six années au pouvoir, le gouvernement de Mariano Rajoy a été renversé à l'issue du vote sur la motion de "défiance" à son encontre. S'exprimant avant le vote, Mariano Rajoy avait félicité le chef de file des socialistes, Pedro Sanchez, l'homme qui a déposé la motion et qui devient le prochain chef du gouvernement.

Une page de l'histoire politique espagnole se tourne. Au pouvoir depuis décembre 2011, Mariano Rajoy, 63 ans, avait survécu à plusieurs crises majeures, de la récession, face à laquelle il a imposé une sévère cure d'austérité, aux mois de blocage politique en 2016, jusqu'à la tentative de sécession de la Catalogne l'an dernier.

Ce vendredi, les parlementaires espagnols ont adopté une motion de censure à l'encontre de l'exécutif dirigé par Mariano Rajoy.

Le résultat des votes: 

→ 180 parlementaires ont voté en faveur de la fin du gouvernement Rajoy
→ 169 ont voté contre
→ un seul élu s'est abstenu

La sanction est due à l'implication du parti de Rajoy, le Parti populaire (PP), condamné la semaine dernière pour corruption. Mariano Rajoy devient ainsi le premier chef de gouvernement renversé par une motion de censure en Espagne depuis le retour à la démocratie. Les trois précédentes (1980, 1987, et 2017 déjà contre lui) avaient échoué.

Quelles sont les prochaines étapes?

Ana Pastor, la présidente du Parlement a rencontré ce vendredi à 15H30 le roi Felipe VI pour le mettre officiellement au courant du nom du nouveau Président du gouvernement. Felipe VI a signé le décret royal qui officialise la nomination de Pedro Sanchez à la tête du gouvernement.

Le gouvernement Rajoy devra par ailleurs, comme l'exige la Constitution, présenter sa démission au roi.

Le décret royal sera publié au bulletin officiel. Pedro Sanchez est attendu ce lundi pour prêter serment devant le roi et s'engager à garantir le respect de la Constitution et l'accomplissement de ses fonctions. Il s'agit de la prise de fonction officielle du chef du gouvernement.

A la suite de ces étapes, Pedro Sanchez devra dévoiler la composition de son gouvernement.

Pour l'heure, les dates de ces étapes successives n'ont pas été communiquées.

 

Pedro Sanchez devrait annoncer la composition de son gouvernement la semaine prochaine.

Les socialistes de retour au pouvoir

Avant le vote, Mariano Rajoy avait félicité le socialiste Pedro Sanchez, l'homme qui avait déposé la mention de censure. À l'issue du vote, le leader du PSOE a été logiquement désigné comme le successeur de Rajoy, son parti ayant reçu le soutien de six partis totalisant 180 voix à la chambre basse du Parlement, soit plus que la majorité absolue des 176 voix nécessaires. Pedro Sanchez a déclaré ce jeudi que s'il prenait le pouvoir, il resterait dans les clous budgétaires fixés par son prédécesseur.

"Humilité", "dévouement", "consensus." C'est par ces mots que Pedro Sanchez a décrit la charge gouvernementale qui lui incombe désormais, rapporte Europapress. "Je suis conscient de la responsabilité que j'assume et du moment politique si complexe que vit notre pays", a déclaré le nouveau chef du gouvernement espagnol à la sortie du Parlement.

Il faudra "d'abord transformer et moderniser notre pays (...) et, en second lieu, répondre aux urgences sociales de beaucoup de gens qui souffrent de la précarité et des inégalités"
Pedro Sanchez
Nouveau chef du gouvernement espagnol

Le responsable socialiste a affiché sa détermination à l'égard des défis auxquels il devra faire face. "D'abord, pour transformer et moderniser notre pays, ce qu'a fait le PSOE a chaque fois qu'il a gouverné, et, en second lieu, pour répondre aux urgences sociales de beaucoup de gens qui souffrent de la précarité et des inégalités", a assuré Pedro Sanchez.

L'Espagne sera toutefois difficile à gouverner. En plus des velléités indépendantistes du côté catalan, le nouveau gouvernement s'attend à une lutte sans merci avec le Parti populaire et ce, avec seulement 84 sièges sur un total de 350 au Parlement. Des élections anticipées ne sont donc pas à exclure.

Quel paysage politique pour l'après-Rajoy?

> Vers un gouvernement de coalition?

C'est du moins ce que souhaite Pablo Iglesias, secrétaire général de Podemos et soutien de la motion de censure, a indiqué Europapress. Il réfute de son côté l'idée d'élections anticipées et prône un gouvernement de coalition "fort, stable, qui donne des garanties à l'Union Européenne" auquel son parti participerait. Arguant qu'il est "presque impossible de gouverner avec 84 députés", le chef de file de Podemos a souligné que l'Espagne avait "besoin d'un gouvernement stable mais c'est une décision du président et nous sommes à sa disposition."

Pablo Iglesias, à la tête du parti Podemos, appelle de ses vœux des politiques progressistes pour l'Espagne. "Je préférerais que nous nous assurions que jusqu'à 2020 soit mis en place dans ce pays un programme de secours des citoyens, qui sortira les corrompus des institutions et laissera travailler les juges", a-t-il affirmé après le vote de la motion de censure.  

Il a félicité Pedro Sanchez sans lui exposer ses vues sur le futur gouvernement. "Pour le moment, il doit prendre du temps pour réfléchir. Nous avons convenu que nous nous parlerions dans les prochains jours."

A l'inverse, Ciudadanos souhaite s'afficher en force d'opposition afin de solliciter la tenue de nouvelles élections. "Nous travaillerons ces prochains mois de législature jusqu'à ce que Monsieur Sanchez ose convoquer des élections", a averti Albert Rivera. Une démarche qui témoigne d'une ambition d'être une alternative au bipartisme.

"Nous serons une opposition ferme et loyale aux Espagnols, en préparant un projet alternatif au bipartisme. Il manque peu de mois pour que les Espagnols puissent voter"
Albert Rivera
Chef de file de Ciudadanos

"Malgré le spectacle embarrassant que nous avons ces derniers jours dans le bipartisme, en dépit de l'irresponsabilité de ceux qui ont présenté une motion de censure à quelque prix que ce soit et malgré l'irresponsabilité de celui qui a refusé de démissionner, il y a de l'espoir car ce pays est un grand pays", a-t-il réagi, éraflant au passage Pedro Sanchez et Mariano Rajoy.

> L'enjeu de la question catalane.

Albert Rivera, chef de file de Ciudadanos, qui a choisi de ne pas apporter son soutien à la motion de censure, exprime quelques doutes face au futur gouvernement Sanchez. Tout en souhaitant bonne chance au nouveau chef d’État, il considère que son gouvernement sera "faible", a rapporté El Pais.

Il a réutilisé la formule "gouvernement Frankenstein" pour qualifier une équipe gouvernementale qui pourrait réunir les socialistes du PSOE, des figures de Podemos mais aussi des indépendantistes catalans et nationalistes basques. Pedro Sanchez a d'ores et déjà promis de débuter les discussions avec les Catalans mais a assuré qu'il ne donnerait pas le feu vert pour un référendum d'indépendance.

Le responsable politique entend d'ailleurs scruter avec attention la position du nouveau chef de gouvernement à l'égard de la Catalogne. Il se montrera attentif aux concessions que pourrait faire la formation socialiste à Quim Torra, "président raciste" à la tête de la Generalitat, a estimé Albert Rivera."Ce que nous voulons en Catalogne, c'est que la Constitution soit respectée et appliquée. Si Sanchez veut négocier avec ceux qui veulent briser notre pays, ils nous aura sur sa route." 

"Que va-t-il se passer maintenant? (...) Les ennemis de l'Espagne sont les nouveaux amis du nouveau Président du gouvernement: 100 de ses 180 soutiens sont partisans d'un référendum en Catalogne"
Gonzalez Pons
Porte-parole du PP au Parlement européen.

Même questionnement du PP à l'égard de la position du PSOE sur la Catalogne. "Sanchez est Président du gouvernement avec les votes de Bildu (parti basque) et de Puigdemont. Si le leader socialiste a un agenda, des attentes et des concessions secrètes aux indépendantistes, il doit le dire", a déclaré Gonzalez Pons, porte-parole du PP au Parlement européen.  

"Que va-t-il se passer maintenant, que va-t-il arriver ensuite? Les ennemis de l'Espagne sont les nouveaux amis du nouveau Président du gouvernement; 100 de ses 180 soutiens sont partisans d'un référendum en Catalogne", a-t-il poursuivi.

Carles Puigdemont a également réagi après l'annonce du renversement du gouvernement Rajoy. "Si nous avions été pour la vengeance, aujourd'hui nous aurions pu nous estimer satisfaits. Mais comme nous sommes pour la justice, nous ne pouvons pas encore aujourd'hui fêter quelque chose", a déclaré l'ancien Président de la Generalitat.

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