Sarkozy, ses atouts, ses faiblesses... et ses adversaires

©REUTERS

Le président des Républicains a annoncé hier qu’il était candidat à la présidence de la France. Il détaille son programme dans un livre à paraître ce mercredi.

C’est la fin d’un vrai-faux suspense. Dans un livre qui sort demain, "Tout pour la France", l’actuel président du parti de droite Les Républicains, Nicolas Sarkozy annonce sa candidature à l’élection présidentielle de 2017. Il a créé la surprise hier en milieu d’après-midi en annonçant lui-même par tweet à la fois la sortie de son nouvel ouvrage et sa candidature comme "point de départ".

"J’ai senti que j’avais la force de mener ce combat à un moment de notre histoire si tourmentée (…) Je crois en la renaissance de la nation France. La France exige qu’on lui donne tout", précise-t-il en quatrième de couverture.

SES RIVAUX À DROITE

Bruno Le Maire

Député, il se présente comme un visage neuf de la droite. Positionné entre Juppé et Sarkozy d’un point de vue idéologique, il est l’outsider parfait. Troisième dans les sondages, loin derrière le tandem Sarkozy-Juppé, mais devant Fillon ou Copé.

Jean-François Copé

Député, ex-président de l’UMP, il chasse sur les mêmes terres que Sarkozy, avec un profil marqué (très) à droite. Son image a été écornée par des ennuis judiciaires.

Alain Juppé

Maire de Bordeaux et ancien Premier ministre, il est le favori de la primaire (38% d’intentions de vote, contre 30% à Sarkozy). Plus centriste que Sarkozy, il peaufine une image d’homme de consensus.

Nathalie Kosciusko-Morizet

Députée, ancienne ministre de l’Ecologie, cet ex-protégée de Sarkozy cultive une image atypique au sein du parti et a un positionnement centriste. Les sondages la placent à 5% seulement.

François Fillon

L’ancien Premier ministre est un homme d’expérience et dispose d’un bon réseau. Il plafonne à 10% dans les sondages.

Comme à son habitude, Nicolas Sarkozy prend tout le monde de court, y compris les médias, et sort du bois plus tôt que prévu. Il avait jusqu’à jeudi soir pour se déclarer, comme le lui permettent les statuts de la primaire à droite. Mais en fin politique, Sarkozy en a décidé autrement.

Publié chez Plon, ce nouveau livre – le second en huit mois – a tout d’un programme, axé autour de cinq chapitres comme autant "de grands défis à affronter" : la vérité, l'identité, "notre premier combat pour défendre notre mode de vie", la compétitivité pour que la France "redevienne une puissance économique", l'autorité alors que "l'autorité du maître à l'école n'a jamais été autant remise en cause" et que "des minorités gagnent leur chantage contre le pouvoir en place" et la liberté, "un atout pour rétablir la confiance et l'espoir dans l'avenir".

Edité à plus de cent mille exemplaires, ce nouvel opus de 250 pages devrait faire mieux que le précédent, qui avait déjà séduit près de deux cents mille acheteurs.

Dès ce matin, ce treizième candidat à la primaire de la droite devrait rejoindre son QG de campagne, judicieusement situé dans le très chic 7e arrondissement, juste derrière le musée du Quai Branly, récemment rebaptisé musée Jacques Chirac.

Laurent Wauquiez est nommé président par intérim du parti Les Républicains (LR). Eric Woerth, qui plaidait pour une gouvernance collégiale, est reconduit au poste de secrétaire général de la principale formation de droite.

Le numéro un par intérim, par ailleurs président du conseil régional d'Auvergne-Rhône-Alpes et soutien déclaré de Nicolas Sarkozy, occupait jusqu'à présent la vice-présidence.

Ses atouts

Fin stratège. Après quarante ans de carrière politique, l’homme est rompu aux élections et à leurs préparatifs. Il n’est donc pas surprenant qu’il ait obtenu d’avancer le campus des jeunes LR aux 27 et 28 août au Touquet au lieu du 3 septembre à Marseille comme initialement prévu. Son but? Y participer en guest star à l’américaine et saper la rentrée politique de ses deux principaux rivaux: Alain Juppé à Château (Yvelines) le 27 et François Fillon à Sablé-sur-Sarthe (Sarthe) le 28 août. De même, sa poigne de fer à la tête du parti lui a permis de placer ses proches aux postes clés et de préparer une primaire à sa mesure.

Showman hors pair. Sa capacité à retourner une salle, à la conquérir en deux heures est réelle et en bluffe plus d’un. Conscient des attentes de son lectorat, il ne craint pas d’être populiste. Batailleur, il sait mouiller sa chemise et avoir la phrase choc ("les barbares nous attaquent") qui marque les esprits et crée le buzz. Energique et déterminé, c’est lui qui donne le tempo (toujours haletant) d’une campagne, laissant rarement la main à la concurrence, asphyxiée sous son rythme.

Jamais loin de l’extrême droite. Tous les candidats de la primaire ont à peu près le même programme économique: baisse des dépenses publiques, des impôts, des cotisations sociales, de la masse salariale de la fonction publique, etc. L’identité et l’autorité seront les deux axes de friction à droite. "Sur ces thèmes, la question fondamentale est: peut-on copier des idées du FN? Nicolas Sarkozy est pour et depuis bientôt trente ans. Alain Juppé s’est au contraire positionné contre, ces dernières années, en prônant une droite apaisante et modérée sur ces enjeux… Le duel du second tour de la primaire Sarkozy-Juppé promet donc d’être serré, de porter sur le non-économique et d’avoir pour question centrale la lepénisation de la droite", estime le politologue Thomas Guénolé.

Un centre aux abonnés absents. Pourtant baptisée "primaire de la droite et du centre", cette primaire devrait se dérouler sans une bonne partie des centristes. Faute d’accord avec le parti LR, l’UDI invite ses militants à ne pas participer aux scrutins des 20 et 27 novembre. Ce manque de voix devrait profiter à Sarkozy et gêner Juppé, qui fédère au centre et a besoin d’élargir la base des votants pour l’emporter face à lui.

Ses faiblesses

©EPA

Sa brutalité politique. Elle pourrait lui jouer des tours. Sarkozy a déjà prévu le coup d’envoi de sa campagne jeudi soir par un meeting sur les terres historiquement à droite de Châteaurenard (Bouches du Rhône), également celles d’un autre candidat et ancien proche, Jean-François Copé… Tout un symbole. Le rouleau-compresseur Sarkozy est en marche mais pourrait moins séduire qu’auparavant.

"Tout sauf Sarkozy". Ce mouvement anti-sarkoziste moquant le côté "bling-bling" de l’ancien président qui lui a fait perdre l’élection de 2012 face à François Hollande. Ce front pourrait rapidement renaître avec la candidature de Nicolas Sarkozy. Ambitieux et sûr de lui, ce dernier s’est d’ailleurs bien gardé de se porter candidat à la primaire hier mais bien candidat à la présidentielle de 2017. Quant au bail de son QG, il est signé jusqu’en mai prochain…

Une personnalité clivante. La personnalité tranchante de Nicolas Sarkozy ne fait plus l’unanimité, même au sein des militants. La personnalité d’Alain Juppé, tout en rondeur et en modération, séduit de plus en plus à droite face à la complexité des enjeux de société (identité, islam, radicalisation…). Dans son ouvrage, Sarkozy raille "l’identité heureuse" prônée par Alain Juppé et se moque de Bruno Le Maire, qui appelle au "renouveau sans le faire".

Ses affaires judiciaires. Sarkozy aborde la primaire sous le coup de deux mises en examen. La première pour corruption et trafic d'influence depuis juillet 2014. Il est soupçonné d'avoir tenté, via son avocat Thierry Herzog, d'obtenir auprès d'un haut magistrat des informations secrètes dans une procédure sur la saisie de ses agendas dans l'affaire Bettencourt. Une seconde mise en examen pour financement illégal de sa campagne présidentielle de 2012 remonte à février dernier. Dans le cadre de l'affaire Bygmalion, le juge lui reproche d'avoir engagé des dépenses supplémentaires alors qu'il ne pouvait ignorer que le plafond légal allait être dépassé, ce qu'il conteste.

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