Tajani ou le virage à droite du Parlement européen

Antonio Tajani, ancien commissaire à l’Industrie, prend la tête du Parlement européen. ©REUTERS

C’est Antonio Tajani, l’homme de Berlusconi à Bruxelles, qui va remplacer le socialiste Martin Schulz à la tête du Parlement européen. Il a obtenu en dernière minute le soutien des "eurocritiques" du groupe ECR, qui réunit les conservateurs britanniques et la N-VA. En échange, notamment, d’une lettre dans laquelle il reconnaît que la solution aux crises que traverse l’Union n’est pas dans "toujours plus d’Europe".

Il aura fallu un grand écart pour remporter la présidence du Parlement européen, et le conservateur italien Antonio Tajani n’a pas eu de grandes difficultés à le faire. Il a posé son premier pied mardi matin, en concluant avec les libéraux menés par Guy Verhofstadt un accord résolument proeuropéen. Le programme de travail du Parlement pour le reste de la mandature consisterait à bâtir plus d’Europe sur les sujets qui comptent pour les deux formations: une nouvelle gouvernance pour la zone euro, des ressources propres pour le budget européen, une défense véritablement européenne et, si nécessaire, une capacité européenne de renseignement. Tout un programme.

"Avant, on formait de larges majorités sur des décisions vagues. On se dirige vers de petites majorités sur des choix plus clairs."
Sander Loones
Eurodéputé (N-VA, ECR)

Et puis, mardi soir, Antonio Tajani a posé le second pied du côté des "euroréalistes", comme aiment se qualifier les députés de la N-VA, alliés avec les eurosceptiques britanniques au sein du groupe ECR. Dans une lettre de clarification sur ses intentions, le candidat italien souligne que l’Europe a besoin de trouver des solutions, et que "ces solutions ne sont pas dans toujours plus d’Europe, ni dans l’éclatement du projet européen". Cette formule signe la fin d’une ère.

Jusqu’à ce mardi soir, le Parlement européen était dirigé par une "grande coalition" résolument proeuropéenne: dépassant leurs clivages gauche-droite, les socialistes, chrétiens-démocrates et libéraux faisaient bloc face à tous ceux qui décriaient la construction d’une Union toujours plus étroite entre les citoyens européens. Cette union sacrée éclate pour laisser place à une coalition aux ambitions européennes moins claires mais clairement ancrée à droite. "Avant, on formait de larges majorités sur des décisions vagues. On se dirige à présent vers de petites majorités sur des choix plus clairs", prévoit l’eurodéputé Sander Loones, N-VA.

Dans une dernière tentative d’empêcher Tajani de l’emporter, les socialistes ont essayé de lui arracher des voix conservatrices en proposant au groupe ECR deux postes de vice-président du Parlement. Une seule vice-présidence et la présidence de la commission du marché intérieur aura finalement suffi aux ECR pour clore le débat.

L’homme de Berlusconi

Le nouveau président du Parlement entame son mandat sur le ton de la compassion et du serrage de ceinture: il annonce une réduction du nombre de membres de son cabinet et prévoit une première visite dans le centre de l’Italie, ravagé en octobre par un séisme.

Antonio Tajani est loin d’être inconnu sur la scène européenne. Il est depuis 23 ans l’homme de Silvio Berlusconi à Bruxelles – il fut le porte-parole d’Il Cavaliere, et c’est à lui qu’il doit d’avoir été commissaire européen sous Barroso. Le président sortant du Parlement, Martin Schulz, que Silvio Belusconi a comparé à un chef de camp nazi, appréciera le pied de nez que l’histoire lui fait.

"Antonio Tajani représentera les Européens… pas les Européennes", tranche ce socialiste. Sur les questions éthiques, l’Italien est un conservateur pur jus, notamment hostile à l’avortement, mais il entame son mandat en garantissant la parité des sexes au sein de son cabinet.

Il est surtout connu pour son action comme commissaire en faveur d’une stratégie industrielle européenne. "C’est quelqu’un qui a un véritable sens de la concertation sociale", souligne Claude Rolin (CDH, PPE). L’eurodéputé belge a pu s’en rendre compte en participant comme syndicaliste au groupe de haut niveau sur l’acier quand Antonio Tajani était commissaire. Ses détracteurs soupçonnent l’Italien d’être mouillé dans l’affaire du dieselgate: comme commissaire à l’Industrie, il aurait été informé de la manipulation de tests d’émissions. "Le problème, c’est qu’il n’y a pas de preuves et que la Commission européenne le couvre", indique un député écologiste, pour qui Antonio Tajani est par ailleurs un "bon vivant qui ne s’intéresse pas au détail".

Sa principale qualité, souligne-t-on dans les rangs PPE, c’est son entregent. "C’est un bâtisseur de ponts", assure cette conservatrice. Et pour souligner sa probité, Antonio Tajani a rappelé qu’il a renoncé à son indemnité d’un demi-million d’euros comme ancien commissaire.

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