Une économie en cours de mise à jour

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L’Écho dresse le bilan du mandat européen et conclut, avec ce dernier volet, sur la course lancée pour remettre à flots l’économie et l’emploi. En misant avec plus ou moins de succès sur de nouveaux puits de croissance, en tentant de colmater les brèches des finances publiques et en redorant le blason d’une idée longtemps délaissée: l’Europe sociale.

La tempête n’était pas tout à fait terminée. Quand l’équipe Juncker entre en scène, en novembre 2014, elle hérite d’une Europe fatiguée par la crise des dettes souveraines et encore marquée d’une balafre entre le centre et la périphérie de la zone euro. L’urgence impose le mot d’ordre: la croissance et l’emploi pour remettre la zone euro en selle.

La première innovation de la Commission Juncker sera de proposer une pompe à investissements pour donner un coup de pouce à l’économie. Une fraction du budget est utilisée pour aider à garantir la prise de risque, et l’effet de levier génèrera une injection de 400 milliards d’euros à travers l’Union – le "plan Juncker" fonctionne, l’investissement a aujourd’hui retrouvé son niveau d’avant crise.

Parallèlement, le projet d’Union des marchés de capitaux est mis en branle pour tenter de faciliter l’arrivée de nouveaux financements, notamment pour les PME, tout en renforçant la résilience du système financier européen. Chantier toujours en cours.

Autre puits de croissance: la Commission a misé sur le développement d’un marché unique numérique, en levant des barrières au commerce en ligne entre les États membres, en supprimant le roaming, en harmonisant les règles de copyright, elle entend fluidifier un segment en pleine effervescence. On est loin de voir émerger des Facebook et autres Alibaba européens mais le chantier avance.

L’Union forge aussi son avenir industriel, en se fixant des objectifs de décarbonation, en fixant à ses constructeurs autos de nouvelles obligations de résultats dans le développement des voitures sans émission, en se donnant l’ambition de créer en Europe une chaîne de valeur complète pour la production de batteries, en adoptant de nouvelles règles sur les plastiques, sur l’économie circulaire…

Marianne Thyssen

Le bras armé social de Juncker

Première femme belge à décrocher un portefeuille à la Commission, Marianne Thyssen n’aura pas fait de la figuration. Alors que la crise a laissé l’image d’une Europe dure, imposant des plans d’austérité sans beaucoup se soucier des drames sociaux qu’ils alimentaient, Jean-Claude Juncker a voulu restaurer une Europe "qui protège" en demandant à la Belge de monter au front. Sa grande victoire aura été d’imposer le principe de "salaire égal à travail égal sur le même lieu": en révisant les règles du détachement des travailleurs, elle aura lutté contre le dumping qui voit des travailleurs sous-payés envoyés dans des pays à hauts revenus, pour privilégier une mobilité basée sur la compétence. Elle a aussi jeté les bases d’une Autorité européenne du Travail qui doit améliorer l’efficacité de la lutte contre les fraudeurs.

Avec son "Pilier des droits sociaux" adopté fin 2017, la commissaire a contribué à mettre les questions sociales "au cœur de l’Europe". Des grands principes qui doivent structurer l’action européenne, du droit au salaire minimum et à la protection sociale dans tous les États membres, en passant par le droit à un équilibre travail-vie privée. L’Europe a une boussole sociale, et a commencé à en faire usage. En introduisant par exemple un standard minimum pour le congé paternité au niveau européen (10 jours rémunérés au moins).

Marianne Thyssen a aussi proposé avec succès de nouvelles protections des travailleurs contre les produits cancérigènes  qui sauveraient la vie de 100.000 travailleurs au cours du prochain demi-siècle. La Belge n’est par contre pas parvenue à faire aboutir sa proposition de coordonner les régimes de sécurité sociale des États membres  la Belgique notamment ayant bloqué une proposition de compromis.

La Commission entend aussi aller chercher de la croissance outre-mer et mise sur la conclusion d’accords économiques et commerciaux pour doper l’économie. Le grand accord qu’elle espérait conclure avec les États-Unis est tombé à l’eau avec l’arrivée de Donald Trump, mais l’Europe a conclu avec le Canada – le Ceta sera adopté malgré les levées de boucliers, wallonnes notamment –, et son volet commercial donnera rapidement des fruits.

L’accord avec le Japon (Jefta) est entré en vigueur en janvier, alors que la Commission poursuit ses négociations tous azimuts. Après cinq ans, l’économie européenne a repris des couleurs – elle connaît sa septième année de croissance consécutive – et jamais autant d’emplois n’ont été créés. Sous l’effet des marées de la conjoncture, mais pas seulement.

Impasses tenaces

Cela ferait presque oublier les sueurs froides par lesquelles est passée la zone euro quand l’ombre de la crise grecque a ressurgi. En refusant de jouer le jeu des programmes d’austérité face à des partenaires inflexibles, le gouvernement d’Alexis Tsipras a refait surgir le spectre d’un Grexit, menaçant l’union monétaire de nouvelles turbulences. Il a fini par céder, mais l’épisode a laissé de profondes cicatrices, soulignant les divergences profondes entre la zone euro et le Fonds monétaire international face au renflouement d’un gouvernement confronté à une dette impossible à rembourser.

L’économie européenne a repris des couleurs et jamais autant d’emplois n’ont été créés. Sous l’effet des marées de la conjoncture, mais pas seulement.

Soulignant aussi l’absence de contrôle démocratique sur les décisions imposées à huis clos par un groupe de ministres. Et rappelant à quel point les déséquilibres économiques que couve l’euro restent profonds.

Pendant que la zone monétaire s’enlisait dans un débat largement stérile sur la manière de les résorber – à l’aide d’un budget commun? –, la Commission a tenté d’avancer sur le front en apparence plus consensuel et plus brûlant encore de l’équité fiscale. Quatorze textes seront adoptés en ce sens, allant de l’échange automatique d’informations sur les rescrits fiscaux à la création d’une liste noire des paradis fiscaux.

Mais la Commission n’a pas gagné tous ses combats, tant s’en faut. Les États ont notamment remis à plus tard l’idée d’une taxation des transactions financières, l’adoption d’une base commune pour l’impôt des sociétés et même la taxation des activités numériques.

La fameuse taxe sur les Gafa a été bloquée par quatre pays représentant 5% de la population européenne… Des blocages qui ont souligné l’impasse dans laquelle se trouve l’Union sur ces sujets sensibles, à laquelle la Commission européenne ne voit qu’une issue: dépasser la règle de la prise de décision à l’unanimité.

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