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Vers une alliance tripartite plus instable en Allemagne

Armin Laschet, le président de la CDU, refuse de concéder sa défaite et s’entête à tenter de former un gouvernement. ©EPA

Le SPD a remporté les élections, mais la CDU revendique le droit de former le prochain gouvernement. De difficiles négociations vont s’ouvrir en Allemagne.

"Feu tricolore" ou "Jamaïque"? Les Allemands ont appris à se familiariser avec de nouveaux concepts en politique. Celui d’une coalition qui unirait les sociaux-démocrates avec les Verts et les Libéraux – la coalition dite "feu tricolore" – ou d’une alliance de la CDU avec les Verts et les Libéraux, dite "Jamaïque" en référence aux couleurs du drapeau de ce petit État insulaire.

25,7%
DES VOIX
Le SPD, mené par le ministre des Finances Olaf Scholz, a remporté les élections de dimanche, avec 25,7% des voix, devant la CDU (24,1%).

Ces deux options sont possibles à l’issue du scrutin de dimanche. Elles ont pour point commun de reposer sur une alliance tripartite, inédite en Allemagne et réputée plus instable. Les négociations proprement dites doivent permettre d’adopter un programme commun de gouvernement fixant l’action de la prochaine coalition dans les moindres détails pour les quatre années à venir.

À première vue, le parti social-démocrate mené par le ministre des Finances Olaf Scholz a bien remporté les élections de dimanche, avec 25,7% des voix, devant la CDU d'Armin Laschet (24,1%). Cette victoire est d’autant plus éclatante que le SPD a fortement progressé (+5,2 points par rapport à 2017) tandis que la CDU s’est effondrée (-8,9%).

La CDU s'accroche

Mais si la tradition veut qu’il incombe au parti arrivé en tête de mener les négociations en vue de former une coalition, Armin Laschet refuse de concéder sa défaite et s’entête à tenter de former un gouvernement. "Nous allons faire tout notre possible pour constituer un gouvernement dirigé par la CDU-CSU", ne cesse de répéter le candidat de la CDU depuis dimanche. Le parti chrétien-démocrate, réputé avoir l’ADN du pouvoir dans ses gènes, n’entend pas lâcher l’affaire, malgré le dur revers subi dimanche.

Ni les sociaux-démocrates ni les chrétiens-démocrates ne veulent en effet prolonger l’impopulaire "GroKo", la Grande Coalition, sorte de cohabitation à l’allemande qui les unissait depuis décembre 2013.

Plus grave encore, plusieurs poids-lourds de l’entourage d’Angela Merkel comme son ministre de l’Économie Peter Altmaier, sa ministre de la Défense Annegret Kramp-Karrenbauer ou le numéro 2 de la Chancellerie Helge Braun ont été battus dans leurs circonscriptions. Ils ne pourront sauver leur siège au Bundestag que par le biais d’un complexe mécanisme de redistribution.

À l’inverse, plusieurs opposants internes de la chancelière tels que les ambitieux Friedrich Merz et Jens Spahn ou Wolfgang Schäuble ont eux été réélus sans problème. Une page se tourne bien en Allemagne.

Feu tricolore ou Jamaïque?

Le fait qu’Armin Laschet continue de réclamer la chancellerie malgré les pertes de dimanche complique la tâche d’Olaf Scholz, en concurrence avec la CDU pour négocier avec les Verts (14,8%) et les Libéraux (11,5%) en vue de former le prochain gouvernement. Ni les sociaux-démocrates ni les chrétiens-démocrates ne veulent en effet prolonger l’impopulaire "GroKo", la Grande Coalition, sorte de cohabitation à l’allemande qui les unissait depuis décembre 2013.

En clair, les Verts s’allieront avec le plus offrant. Même constat du côté des Libéraux, décidés, eux aussi, à faire monter les enchères.

Restent donc les options "feu tricolore" ou "Jamaïque", donnant aux Verts et aux Libéraux le rôle de faiseurs de rois. Les Verts sont schématiquement plus proches du SPD (lutte contre les inégalités, politique familiale, climat) tandis que de nombreux points communs rapprochent les Libéraux de la CDU (politique économique et fiscalité).

"L’option la plus évidente est celle du feu tricolore", soulignait lundi Robert Habeck, numéro 2 des Verts pressenti pour devenir le futur vice-chancelier. "Mais cela n’exclut pas de parler aussi avec la CDU". "Le plus important, c’est de s’engager sur la voie du renouvellement du pays. Le climat doit être à cet égard le critère de négociation pour tous les ministères", ajoute Annalena Baerbock.

En clair, les Verts s’allieront avec le plus offrant. Même constat du côté des Libéraux, décidés, eux aussi, à faire monter les enchères. Les Verts comme les Libéraux ont convenu de discuter d’abord entre eux avant d’engager des négociations formelles avec le SPD ou la CDU, qui ont décidément perdu dimanche leur rôle de "Volkspartein", ces grands partis de masse qui ont dominé la vie politique allemande depuis les années 50.

Les moins de 50 ans ne représentent que 40% du corps électoral et se sentent souvent mal représentés par les grands partis.

Renouveau générationnel

Le scrutin de dimanche marque bien un déplacement du centre de gravité politique en Allemagne. Les Verts comme les Libéraux incarnent un renouveau générationnel et plaident pour une modernisation du pays.

Tous deux, malgré leurs divergences, se rejoignent dans leur volonté d’investir davantage dans l’éducation, la recherche et les nouvelles technologies. Tous deux plaident pour une rupture avec les années de Grande Coalition et ont obtenu le plus de voix parmi ceux qui votaient pour la première fois. Les moins de 50 ans ne représentent que 40% du corps électoral et se sentent souvent mal représentés par les grands partis.

Le résumé

  • Après les élections de ce dimanche, deux options de coalitions tripartites se présentent en Allemagne.
  • Malgré la débâcle de la CDU, Armin Laschet refuse de concéder sa victoire et veut tenter de former lui aussi un gouvernement avec les Verts et les Libéraux.
  • Les négociations proprement dites doivent permettre d’adopter un programme commun de gouvernement fixant l’action de la prochaine coalition dans les moindres détails pour les quatre années à venir.

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