Weber lance la course à la succession de Juncker

Inconnu du grand public, Manfred Weber veut convaincre le plus grand parti de l’Union de l’élire "tête de liste" en novembre. ©BELGAIMAGE

Le chef de groupe du Parti populaire européen est le premier à se porter candidat à la succession de Jean-Claude Juncker. En lançant la bataille électorale, il réactive le bras de fer avec le Conseil, qui refuse de jouer le jeu des candidats tête de liste.

Un premier bras s’est levé mercredi pour répondre à la question: "Qui veut succéder à Juncker?" L’Allemand Manfred Weber a déclaré sa candidature pour la présidence de la Commission européenne, près de deux semaines après que l’entourage d’Angela Merkel a fait savoir que Berlin verrait bien un compatriote occuper le poste. Le chef du groupe parlementaire protéiforme de la droite proeuropéenne – PPE (Parti populaire européen, dont fait partie le cdH) – a profité de la rentrée pour faire acte de candidature devant les eurodéputés de sa formation. Lors de son congrès de novembre à Helsinki, le PPE doit désigner son ou sa candidat(e) "tête de liste" en vue des élections européennes de mai prochain.

Manfred Weber, 46 ans, n’a jamais occupé de fonction au sein d’un gouvernement, c’est son principal point faible. Mais il occupe comme président du plus grand groupe au Parlement une fonction clé, ce qui en fait un candidat sérieux. Membre de la CSU bavaroise, parti frère de la CDU d’Angela Merkel, il est de ceux qui plaident pour renforcer l’ancrage chrétien de l’identité européenne, et il a notamment pris position contre l’adhésion de la Turquie à l’Union. Comme la plupart des mandataires européens, il est inconnu du grand public, mais a tenté de se démarquer en imposant cette année une mesure très médiatisée: un billet interrail offert pour 15.000 jeunes de 18 ans.

"L’enjeu, c’est la survie du modèle de société européen."
Manfred Weber
Chef du groupe PPE au Parlement européen

Par son acte de candidature, Weber entre dans le vif du sujet de cette campagne existentielle pour l’Union: "Menacée de l’extérieur comme de l’intérieur, l’Europe doit s’affirmer et défendre ses valeurs. L’enjeu, c’est la survie du modèle de société européen", a-t-il lancé mercredi sur Twitter.

Dès février 2017, Jean-Claude Juncker a annoncé qu’il ne briguerait pas de second mandat, ouvrant la porte aux candidatures au sein de sa famille politique, qui pourrait rester première d’Europe au lendemain des législatives de mai, selon les sondeurs.

Weber est le premier candidat PPE, mais il ne devrait pas rester seul sur la piste très longtemps. Parmi les noms souvent cités comme candidats potentiels le négociateur en chef de l’Union pour le Brexit, Michel Barnier, candidat malheureux à la "primaire" PPE de 2014, tient le haut du pavé, aux côtés de l’ex-Premier ministre finlandais Alexander Stubb. À Berlin, on mentionne aussi Peter Altmaier, actuel ministre de l’Économie, ou encore Ursula von der Leyen, ministre de la Défense.

Bras de fer institutionnel

La désignation de têtes de listes européennes – de "Spitzenkandidaten", pour reprendre le terme allemand qui s’est imposé –, est un coup de force institutionnel opéré pour la première fois lors des élections de 2014. Le Conseil européen voit en effet d’un mauvais œil cette manière de présenter les législatives comme une "présidentielle" pour la Commission. "L’idée que le processus des Spitzenkandidaten est plus démocratique est fausse", affirmait en février le président du Conseil européen, Donald Tusk. Et si la candidature de Manfred Weber est soutenue par Angela Merkel, le président français Emmanuel Macron s’est positionné contre le système. "Cela rapproche-t-il les électeurs des institutions européennes? On n’en a pas encore fait clairement la démonstration", a encore souligné mercredi sa ministre des Affaires européennes, Nathalie Loiseau. C’est aux chefs d’État et de gouvernement que revient la prérogative de nommer le Président de la Commission européenne. La décision se prend à la majorité qualifiée derrière les portes closes du Conseil européen, avec la seule contrainte que les dirigeants doivent "tenir compte des élections au Parlement européen". Le Parlement doit ensuite approuver cette nomination.

En présentant aux Européens des candidats "tête de liste" pour la présidence de la Commission, les partis au niveau européen mettent le pied dans la porte du Conseil tout en donnant une plus grande visibilité aux législatives européennes. La formule a fonctionné en 2014, puisqu’après avoir vaincu Michel Barnier lors d’une élection "primaire" au sein du PPE, Jean-Claude Juncker, candidat du premier parti européen, a obtenu la présidence de la Commission. Le bras de fer pour 2019 est engagé.

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