100 milliards d'euros pour le climat en Allemagne

Angela Merkel entourée de son ministre du Climat, Olaf Scholz et la ministre allemande de la Défense Annegret Kramp-Karrenbauer. ©AFP

A la veille de la conférence de l’Onu qui s’ouvre ce week-end à New York, le gouvernement allemand a présenté un ambitieux plan climatique, appelé à devenir le principal projet de la législature. L’Allemagne entend investir d’ici 2030 "au moins 100 milliards d’euros", pour réduire le montant des émissions à 55% du niveau de 1990.

Les partis de la coalition auront finalement négocié toute la nuit pour trouver un compromis sur le climat, sous la pression de manifestations massives dans 575 villes d’Allemagne, un record.

Le texte, baptisé "Programme de protection du climat 2030", vise à obtenir une réduction de 55% des émissions de gaz à effet de serre d’ici 2030 alors que l’Allemagne ne tiendra pas les objectifs climatiques qu’elle s’était fixés en 2007 à l’horizon 2020. "Le gouvernement avait promis 1 million de voitures électriques en 2020, on en est loin, rappelle le quotidien Süddeutsche Zeitung. Au lieu de quoi on atteindra cette année la barre des 1 million de SUV vendus!" La fragile coalition d’Angela Merkel menacée d’implosion jouait là son va-tout. 

"54 milliards d’euros sont prévus pour les quatre premières années du plan, sans remettre en jeu le principe de l’équilibre budgétaire."
Olaf Scholz
Ministre allemand des Finances

Le texte de 130 pages prévoit d’investir "au moins 100 milliards d’euros d’ici 2030" dans des mesures favorables à l’environnement et soutenant la conjoncture vacillante. "54 milliards d’euros sont prévus pour les quatre premières années du plan, sans remettre en jeu le principe de l’équilibre budgétaire", précise le ministre des Finances Olaf Scholz.

La vente de certificats d’émissions de CO2 (la taxe sera appliquée à tous les carburants, à auteur de 10 euros la tonne de CO2 en 2021 ; 35 euros en 2025), une augmentation de la taxe sur les billets d’avion, une réforme de la taxe automobile au détriment des véhicules les plus polluants et une nouvelle augmentation du péage autoroutier pour les poids lourds, en plus des réserves dégagées par les excédents budgétaires des années passées. Tout cela "offre la marge de manœuvre nécessaire", assure le ministre.

Focus sur le transport 

Ces recettes en partie nouvelles serviront à financer une panoplie de mesures destinées à réduire les émissions de gaz à effet de serre dans l’énergie, le bâtiment, l’agriculture, l’industrie et surtout les transports. Berlin entend à cet effet développer les transports publics, grâce notamment à une diminution de la TVA sur les billets de train "entièrement reversée aux usagers" (elle doit passer de 19 à 7%), augmenter le montant de la taxe sur les billets d’avion, et accorder diverses subventions pour l’achat d’un véhicule électrique (jusqu’à 4.000 euros pour un petit modèle qui sera par ailleurs exempté de la taxe automobile jusqu’en 2025) ou l’installation d’un chauffage propre en remplacement des chaudières à fioul, dont l’installation sera interdite dès 2026.

Parallèlement, le gouvernement veut encourager le développement des énergies renouvelables. Leur part dans la production d’électricité doit passer à 65% d’ici 2030 au lieu de 40% à l’heure actuelle, grâce notamment au développement de l’éolien.

Éviter l’apparition d’un mouvement type "gilets jaunes"

Le défi est considérable, d’autant que la dernière centrale nucléaire aura fermé en 2022, conformément à la loi adoptée en 2011 après l’accident de Fukushima et que le pays a décidé d’abandonner le charbon d’ici 2038. Par ailleurs, le gouvernement veut à tout prix éviter une destruction massive d’emplois dans l’industrie automobile -800.000 salariés à l’heure actuelle, autant chez les sous-traitants- alors que les constructeurs allemands ont pris du retard dans les voitures propres.

Côté politique, l’équation est tout aussi complexe. Le gouvernement doit répondre aux attentes des jeunes de "Friday for future" et d’une partie de l’opinion urbaine descendue une nouvelle fois dans la rue pour le climat hier. "Friday for future nous a réveillés", assure le ministre des Finances Olaf Scholz. Mais la coalition veut aussi éviter l’apparition d’un mouvement type "gilets jaunes" dans les zones rurales et à l’est du pays.

Le parti d’extrême droite AfD, qui a fait de l’anti-climat l’un de ses chevaux de bataille, a remporté près de 25% des voix en ex-RDA au cours d’élections régionales partielles début septembre. L’une de ses revendications était l’abandon de la sortie du charbon et la fin du développement des éoliennes accusées de détruire le paysage.

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