45.000 "anti-mariage gay" à nouveau dans les rues de Paris

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Chants, danses, appels à la "paix", à la "fête", familles avec poussette, seniors distingués : tout avait été fait pour donner une allure bon enfant au défilé, qui se déroulait dans un contexte tendu en raison de la multiplication des incidents aux derniers rassemblements contre le mariage gay.

Plusieurs dizaines de milliers d'opposants au mariage gay ont manifesté dimanche à Paris espérant encore faire reculer le président socialiste François Hollande, deux jours avant l'adoption définitive du texte qui fera de la France le 14e pays au monde à légaliser le mariage entre personnes de même sexe.

Une nouvelle fois, les estimations du nombre de participants sont très variables, entre 45.000 personnes selon la préfecture de police de Paris, 270.000 selon les organisateurs.

Porte-parole du collectif de "La Manif pour tous", Frigide Barjot disait cette semaine attendre jusqu'à 50.000 personnes. Soit beaucoup moins que lors de la manifestation nationale du 24 mars (300.000 personnes selon la police, 1,4 million selon les organisateurs), mais aucun déplacement depuis la province n'avait cette fois été organisé, ont justifié les organisateurs.

Chants, danses, appels à la "paix", à la "fête", familles avec poussette, seniors distingués : tout avait été fait pour donner une allure bon enfant au défilé, qui se déroulait dans un contexte tendu en raison de la multiplication des incidents aux derniers rassemblements contre le mariage gay.

Dans le cortège, de nombreuses pancartes visaient expressément le droit des futurs couples homosexuels mariés à l'adoption : "L'enfant n'est pas un droit", "Hollande, l'ennemi de la filiation"...

"On se sent calomniés"

"Nous sommes là pour les droits des enfants. On ne peut pas légiférer la perte d'un père ou d'une mère", expliquait Camille, 32 ans, tout en allaitant son fils de quatre mois.

"On se sent calomniés quand on nous traite d'homophobes, de fachos", ajoutait la jeune femme alors que le mouvement semblait débordé ces dernières semaines par des éléments radicaux, venus des rangs de l'extrême droite et des catholiques intégristes.

Avant le début du défilé, Frigide Barjot avait affirmé que ces groupes n'auraient pas accès au cortège, placé sous haute surveillance des forces de l'ordre, mais aussi de "services de sécurité professionnels" recrutés par les organisateurs.

Selon le ministre de l'Intérieur Manuel Valls, six manifestants ont été interpellés par la police, "soit parce qu'ils "portaient un certain nombre de matériels dangereux, soit parce qu'il y a eu outrage et rébellion", mais aucun incident majeur n'a été signalé.

Comme lors des manifestations précédentes, l'UMP (Union pour un mouvement populaire), principal parti d'opposition de droite, et le Front national (extrême droite) avaient dépêché des délégations, composées notamment d'élus ceints de leur écharpe tricolore.

A deux kilomètres de la place Denfert-Rochereau, où avait été donné le départ de la "manif pour tous", plusieurs milliers de défenseurs du "mariage pour tous" s'étaient rassemblés place de la Bastille "pour l'égalité, contre l'homophobie", en présence de plusieurs personnalités de gauche.

Ces manifestants étaient 3.500, selon la préfecture de police, 15.000, selon les organisateurs.

"Ceux qui sont pour plus d'égalité doivent aussi se faire entendre", a déclaré à l'AFP le maire socialiste de Paris Bertrand Delanoë. "Il y a des crispations, des sentiments de haine qui remontent à la surface. Il ne faut pas que nous nous résignions", a-t-il ajouté.

Mardi après-midi, le texte autorisant le mariage homosexuel sera solennellement adopté par l'Assemblée nationale, qui a clos ses débats vendredi à l'aube, dans une ambiance électrique. Pro et anti mariage homo devraient de nouveau manifester à cette occasion, avant une nouvelle manifestation nationale le 26 mai.

Les opposants veulent croire que le gouvernement peut encore reculer et renoncer à appliquer la loi. Ils mettent également leurs espoirs dans une éventuelle censure du Conseil constitutionnel, dont l'UMP a d'ores-et-déjà annoncé la saisine.

Alors que 13 pays à travers le monde ont déjà légalisé le mariage homosexuel, en France, l'opinion et la classe politique se déchirent autour de cette première réforme sociétale de la gauche au pouvoir depuis moins d'un an.

Selon un dernier sondage BVA, les Français soutiennent pourtant en majorité le droit au mariage homosexuel (58%) mais sont opposés (53%) à la possibilité d'adoption pour les couples de même sexe.

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