À la recherche d'un poids lourd pour remplacer Phil Hogan

"Big Phil", ici lors de son audition devant le Parlement européen en 2019, a annoncé mercredi soir sa démission du poste de commissaire au Commerce. ©AFP

La démission de Phil Hogan, le commissaire irlandais au Commerce, met la Commission en difficulté. Un jeu de chaises musicales n’est pas exclu.

La démission de Phil Hogan est un coup dur pour la Commission d’Ursula von der Leyen. Elle ne perd pas seulement un de ses commissaires les plus expérimentés, elle perd aussi le capitaine du paquebot Commerce, l'un des plus puissants de la flotte de l'exécutif européen. Et ce dans une période où le portefeuille est plus que jamais au cœur de l’action: secoué de l’extérieur par les tensions protectionnistes, et de l’intérieur par une remise en cause de la doctrine du libre-échange sans condition.

Balayé par le "GolfGate", les révélations de son manque de prise en considération des règles sanitaires irlandaises, "Big Phil" ne part pourtant pas au pire moment. En période de congé, et alors qu’aucune négociation physique n’est prévue pour l’instant avec des pays tiers, il donne un peu de temps à la Commission pour retomber sur ses pattes. À court terme, le vice-président de la Commission Valdis Dombrovskis, en charge de l'Économie, assure l'intérim.

Négocier des accords commerciaux pour l’Union européenne nécessite d’imposer le respect de ses interlocuteurs.

Des compétences bien particulières

Pour la suite, la balle est dans le camp du gouvernement irlandais, qui doit proposer le nom de son nouveau candidat pour le poste de commissaire – ou de ses candidats, puisque Ursula von der Leyen demande aux États membres de lui laisser le choix entre une candidature masculine et une féminine.

Il reviendra ensuite à la présidente de la Commission de décider quel portefeuille elle attribue à l’Irlande - sous réserve de l'approbation ultérieure du Parlement européen. Son choix dépendra lourdement des noms envoyés par Dublin: leur profil, leurs affinités avec les dossiers commerciaux, mais aussi leur personnalité. Car le poste du Commerce ne demande pas seulement une bonne compétence sur le fond: négocier des accords commerciaux pour l’Union européenne nécessite d’imposer le respect de ses interlocuteurs.

Sur les réseaux sociaux, de hauts fonctionnaires ont chanté les louanges de Phil Hogan, décrivant en creux les qualités recherchées pour la personne qui lui succédera. "Vous nous manquerez grandement Phil Hogan, votre endurance, votre dévouement et votre talent de négociateur (…)", a ainsi tweeté Sabine Weyand, directrice générale de l'administration du Commerce.

L’ex-éminence grise de la Commission Martin Selmayr, a souligné, de son côté, que l’Irlandais marquait déjà des points pour le commerce quand il était commissaire à l’Agriculture: "Sans lui il n'y aurait  pas eu d'accord UE-Japon, ni d'accord Juncker-Trump sur le soja." Bref: le costume est grand.

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Et l’Irlande n’a aucune garantie de garder le portefeuille du Commerce. Mais elle sait qu’en présentant un profil compatible avec la fonction, elle faciliterait la tâche d’Ursula von der Leyen.

Alors, qui pour succéder à un tel format? Les spéculations, cela va sans dire, vont bon train. La presse irlandaise évoque le profil du fonctionnaire de haut vol. Un nom circule plus que d'autres, celui de David O'Sullivan, qui a dirigé l'administration européenne du Commerce et été ambassadeur de l'Union aux États-Unis.

Vice-Premier ministre en charge du Commerce pendant près d’une décennie, le Belge Didier Reynders fait bien sûr partie des profils possibles.

L'Irlande ne manque pas d'autres profils européens de haut niveau - même s'ils n'ont pas forcément un pedigree de négociateur commercial en chef -, comme l'ancienne patronne de l'administration européenne Catherine Day, le vice-président de la Banque européenne d'investissement Andrew McDowell, voire la médiatrice européenne Emily O'Reilly.

Équilibres au sein de la Commission menacés?

La nomination d'une personnalité politique est évidemment possible, mais les profils directement opérationnels pour mener des négociations commerciales dans la tempête ne courent pas les rues.

Si Ursula von der Leyen juge incompatibles les profils proposés pour mener les combats commerciaux de l'Union, l'affaire du "GolfGate" pourrait bouleverser les équilibres au sein de la Commission. Quel commissaire en exercice pourrait prendre le relais de "Big Phil"? Vice-Premier ministre en charge du Commerce pendant près d’une décennie, le Belge Didier Reynders fait bien sûr partie des profils possibles. Mais il est encore tôt pour spéculer sur un éventuel jeu de chaises musicales au sein de la Commission.

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