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À Madrid, entre fiesta et polémique touristique

©Photo News

La souplesse des règles sanitaires en vigueur dans la capitale espagnole attire les touristes qui veulent profiter du soleil et retrouver un semblant de vie normale le temps d'un week-end. Un "tourisme d'ivresse" que tous les Madrilènes n’apprécient pas.

Dans la rue San Pablo, dans le centre de Madrid, on peut à peine marcher sur les trottoirs. Les bars, les restaurants et les terrasses font le plein. Dans la capitale espagnole, ils restent ouverts jusqu’à 23 heures.

"Je ne savais même plus ce que c’était que de s’asseoir à une terrasse, j’ai envie d’embrasser le serveur."
Renaud
Touriste français

Attablé devant une caña (une bière) et des patatas bravas (des pommes de terres à la sauce piquante) avec trois autres Français, Renaud, 21 ans, n’en revient pas. Étudiant, il vient d’Orléans. "Sans les masques on se croirait avant la pandémie… ou après! J’ai l’impression de sortir d’un cauchemar. Je ne savais même plus ce que c’était que de s’asseoir à une terrasse, j’ai envie d’embrasser le serveur!" Le jeune homme a tout calculé pour maximiser son séjour. Il n’est venu que pour deux jours. "Je dors chez mon ami (son voisin de table, qui étudie à Madrid), je me suis fait un PCR près de chez moi, je l’ai reçu sur mon portable juste avant de partir et je reviens en France quand il est encore valable (les tests en Espagne sont payants lorsqu’il s’agit d’un voyage, NDLR). Demain je vais au Reina Sofía (le musée d’art moderne) pour voir le Guernica, je crois que je vais en pleurer de bonheur."

Quelques bars plus loin, Sophie, 23 ans, styliste, sirote un Rioja. Elle vient de Paris, elle allait souvent à Barcelone, mais n’avait jamais visité Madrid.  "Je ne pensais pas qu’il y aurait tant de monde, un peu trop peut–être, mais bon, c’est tout de même sympa." Elle est venue après avoir vu un reportage à la télé. "Je voyais que les gens s’éclataient, j’ai beaucoup hésité et je suis partie avec une copine. J’en avais trop besoin. On n’a rien fait de particulier juste se balader et voir des gens dans la rue. C’est surréaliste d’être dehors à 22 heures."

Son amie Jessica, devant un énorme gin tonic, acquiesce. "Je n’en pouvais plus. Il fallait que je fasse quelque chose, car je commençais à déprimer sérieusement. Je ne sais pas qui a raison.  Je ne sais pas s’il faut confiner ou non, mais moi j’avais besoin de sortir."

"Ces images me préoccupent (...) L'image de notre pays, ce sont des gens responsables, qui respectent les règles."
Carolina Darias
Ministre espagnole de la Santé

À la table voisine, Javier, 28 ans, commercial, regarde les deux touristes d’un regard amusé. "Je comprends ce qu’elles ressentent. À Madrid au début de la pandémie nous avons vécu l’un des confinements les plus durs d’Europe. Je travaillais dans ma chambre alors que dans le salon ma femme s’occupait de notre petite fille, c’était intenable."

La polémique des touristes...

Ces jeunes Français qui savourent la vie d’avant sont pourtant devenus objet de polémique. Tous les Madrilènes n’apprécient pas leur présence, car si leur agglomération reste ouverte aux touristes étrangers, les Espagnols, eux, n'avaient pas le droit de se déplacer d'une région à une autre jusqu'au 9 avril pour éviter une explosion des contaminations à l'occasion de la Semaine Sainte.

264
Madrid paye le prix de son "ouverture" avec un taux d’incidence (264) beaucoup plus haut que la moyenne nationale (151 infections pour 100.000 habitants aux cours des quatorze derniers jours).

Le hashtag #turistasfranceses  (touristes français) s’est beaucoup partagé ces derniers jours sur Twitter, servant à diffuser les images de ces voyageurs venus profiter ou chanter dans les rues, sans respecter les gestes barrières et les restrictions de regroupement en extérieur imposées par le gouvernement.

"Ces images me préoccupent", a réagi la ministre de la Santé, Carolina Darias. "Ça ne peut pas être l'image de notre pays (...) L'image de notre pays, ce sont des gens responsables, qui respectent les règles", a-t-elle poursuivi.

En Espagne, le taux d’incidence qui continue de croître (151 infections pour 100.000 habitants aux cours des quatorze derniers jours) dépasse le seuil des 200 dans certaines régions, notamment à Madrid (264) et au Pays basque (292), une situation que le ministère espagnol de la Santé considère "à haut risque”.

... et son enjeu électoral

Les touristes sont aussi devenus un enjeu électoral. Les Madrilènes doivent choisir un nouveau gouvernement régional le 4 mai prochain. La présidente conservatrice, Isabel Diaz Ayuso, a fait de l’économie son cheval de bataille. Les sondages lui augurent une victoire qui pourrait frôler la majorité absolue.

L'une des candidates, Monica Garcia (gauche radicale), a pour sa part dénoncé un "tourisme d'ivresse" et attaqué les mesures d'Isabel Ayuso, les plus permissives d'Espagne. "On demande aux Madrilènes d'être responsables, on ne peut pas aller voir notre famille, mais dans les appartements d'à côté se tiennent des fêtes illégales" qu’auraient organisé les jeunes étrangers, a-t-elle ajouté.

Les touristes, tout occupés à se distraire, ne semblent pas se rendre compte, ni s’intéresser à la polémique. "Je ne vois que des gens plutôt contents", dit Jessica. "Ils devraient venir en France, ils perdraient vite le sourire." Quant au retour, "j’y penserai demain!", s’esclaffe Sophie. "Je serai prudent", assure Renaud, "je ne verrai personne pendant une semaine, je ferai un PCR pour être sûr de ne pas avoir choppé le virus. Je sais que les gens pensent que ce n’est pas prudent d’être venu à Madrid mais je ne le regrette pas."

Le résumé

Dans la capitale espagnole, les bars, les restaurants et les terrasses font le plein et restent ouverts jusque 23h.

Les touristes, français notamment, y affluent le temps d’un week-end et sont pointés du doigt par certains Madrilènes pour le non-respect des règles sanitaires.

À l’approche des régionales du 4 mai prochain, ce tourisme «d’ivresse» est désormais un enjeu électoral.

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