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Accès de nervosité sur l'Irlande

Brian Cowen

L'Irlande, en pleine préparation d'un plan de rigueur draconien, alimente depuis quelques jours un regain de nervosité sur les marchés financiers, les investisseurs doutant de la capacité du gouvernement à juguler un déficit public astronomique.

Principal théâtre de ces inquiétudes, le marché obligataire a vu les taux d'intérêts des emprunts irlandais à 10 ans franchir allègrement la barre des 7% depuis le début du mois, portant leur écart avec les emprunts allemands à plus de 5%, du jamais vu depuis la création de la zone euro. Cette flambée des taux d'intérêts obligataires n'a pas de conséquences immédiates pour le gouvernement, qui n'a pas besoin d'emprunter d'argent avant le printemps prochain.

Cependant, elle traduit un regain de nervosité des marchés financiers, qui font ainsi monter la pression sur le gouvernement irlandais pour qu'il respecte ses promesses budgétaires.

Dublin s'est engagé à ramener en-dessous de 3% du Produit intérieur brut en 2014 son déficit public, qui atteindra le niveau astronomique de 32% du PIB cette année, en raison de l'envolée de la facture du sauvetage des banques irlandaises.

Depuis plusieurs semaines, le gouvernement prépare un plan d'austérité sur quatre ans, dans lequel il précisera comment il compte remplir cet objectif. Ce plan quadriennal, présenté courant novembre, sera suivi de la présentation le 7 décembre du budget 2011, qui marquera ainsi sa mise en oeuvre. De nombreuses incertitudes planent encore sur sa sévérité.

La semaine dernière, le Premier ministre Brian Cowen a chiffré à 15 milliards d'euros sur quatre ans l'effort à fournir, sous forme d'économies et de hausses d'impôts.

Les économistes s'interrogent sur le détail des mesures à prendre, et la façon dont elles seront étalées dans le temps. Les estimations sont très larges sur le montant du tour de vis, allant de 5 à 7 milliards d'euros. De telles sommes sont colossales pour l'Irlande, pays à faible population (4,5 millions d'habitants), et qui s'était habitué avant la crise à des budgets en excédent.

Mais depuis deux ans, l'ex-"Tigre celtique" est abonné aux plans d'austérité, le gouvernement ayant déjà taillé à plusieurs reprises dans les dépenses pour tenter d'enrayer le dérapage des finances publiques.

De plus, les inquiétudes vont au-delà des chiffres. Certains investisseurs doutent en effet de la capacité politique de la coalition au pouvoir, unissant le Fianna Fail de Brian Cowen et les Verts, à faire adopter cette cure d'austérité par un Parlement au sein duquel ils ne disposent plus que d'une majorité réduite à la portion congrue.

Qui plus est, la justice a obligé le gouvernement à convoquer une élection législative partielle pour pourvoir un siège vaquant au Dail (Parlement), ce qui, en cas de victoire probable de l'opposition, pourrait effriter un peu plus sa fragile majorité.

Erik Nielsen, économiste chez Goldman Sachs, dit ainsi s'attendre à quatre semaines "délicates", qui pourraient déboucher sur trois scénarios.

  • Le plus optimiste verrait une approbation du budget début décembre, suivie d'un retour réussi de l'Irlande sur le marché obligataire au printemps. Pareille issue permettrait au gouvernement de se maintenir au pouvoir jusqu'aux prochaines législatives, prévues en 2012.
  • Le deuxième verrait le budget adopté, mais sans que cela suffise à apaiser le marché obligataire, forçant le gouvernement à réclamer l'aide de l'UE et du FMI pour se financer.
  • Enfin, la pire des hypothèses évoquées par M. Nielsen, serait un rejet du budget par le Parlement, qui pourrait précipiter la tenue de législatives anticipées, et la formation d'un nouveau gouvernement qui risquerait là encore d'être forcé de recourir à l'aide de Bruxelles.

 

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