analyse

Alexeï Navalny, l'opposant qui fait monter la tension avec le Kremlin

Les partisans de l'opposant russe Alexeï Navalny ont affirmé que son arrestation était "illégale" et que la police le privait d'accès à ses avocats. ©EPA

En convalescence depuis 5 mois en Allemagne à la suite d'une tentative d'empoisonnement, l'opposant au régime est rentré en Russie. Arrêté dès son arrivée, il a été placé en détention jusqu'au 15 février.

Un tribunal moscovite a ordonné ce lundi le placement en détention pour 30 jours d'Alexeï Navalny, au lendemain de son arrivée en Russie en avion. L'opposant au régime russe a été conduit dans une prison au nord-est de Moscou.

Depuis la salle d'audience installée à la va-vite dans le commissariat où il était détenu, le militant anti-corruption a appelé ses sympathisants à manifester. "N'ayez peur de rien, descendez dans la rue. Pas pour moi, mais pour vous-mêmes et pour votre avenir", a-t-il déclaré dans une vidéo diffusée sur les réseaux sociaux. À l'extérieur, alors que la température avoisinait les -20 degrés, plusieurs dizaines de soutiens et de journalistes n'ont pas été autorisés à entrer dans le bâtiment.

Victime d'une tentative d'empoisonnement le 20 août en Sibérie, l'opposant russe était en convalescence depuis 5 mois en Allemagne. Les services pénitentiaires russes (FSIN) avaient prévenu la semaine dernière qu'ils seraient obligés d'arrêter Alexeï Navalny s'il revenait en Russie pour ne pas avoir respecté les conditions d'une peine de prison avec sursis reçue en 2014. 

Toutefois, les moyens déployés autour de son retour – aéroport fermé à toute personne n'ayant pas de billet d'avion, déploiement en nombre de policiers et de forces anti-émeutes, arrestation de plusieurs membres clés de son mouvement, avion finalement détourné vers un autre aéroport juste avant l'atterrissage – ont fortement contrasté avec l'attitude d'indifférence à l'égard de l'opposant jouée au plus haut au sommet de l'État. "Cela montre la nervosité du pouvoir et marque, je crois, un tournant assez important dans les relations entre le Kremlin et Navalny", analyse Clémentine Fauconnier, maître de conférence en science politique à l'Université de Haute-Alsace.

Nouvelle stratégie

La spécialiste de la Russie y voit un potentiel changement de stratégie envers Alexeï Navalny, soumis depuis des années à un harcèlement administratif et juridique, mais dont les autorités tentent toujours de minimiser l'importance. "Je pense qu'elles cherchent un moyen de le maintenir en prison, pour faire en sorte de l'éloigner le plus possible des micros et des caméras". Un scénario qui ne serait pas sans rappeler le sort réservé à l'opposant Mikhaïl Khodorkhovski, emprisonné pendant dix ans dans une colonie de détention éloignée de la capitale.

"Je pense que les autorités cherchent un moyen de le maintenir en prison, pour faire en sorte de l'éloigner le plus possible des micros et des caméras."
Clémentine Fauconnier
Maître de conférence en science politique à l'Université de Haute-Alsace

Alexei Navalny peut-il réellement déstabiliser le pouvoir russe? Dans les urnes, son potentiel est limité, reconnaît Clémentine Fauconnier. Mais il a "un pouvoir de nuisance redoutable" avec sa stratégie efficace du "vote utile", qui consiste à appeler à voter pour le candidat le mieux placé pour battre le parti au pouvoir.

Réactions

Dès dimanche soir, de nombreuses réactions se sont élevées contre l'arrestation de l'opposant russe, désormais connu dans le monde entier, et ont appelé à sa libération immédiate. "Notre message est fort au sujet de l'arrestation d'Alexei Navalny. Ses droits doivent être respectés. Il doit être libéré", a tweeté la ministre belge des Affaires étrangères, Sophie Wilmès. Clémentine Fauconnier doute que de nouvelles sanctions puissent avoir un quelconque effet sur les décisions du Kremlin. "Il est peu probable que Poutine se laisse dicter sa conduite sur une affaire interne comme celle-ci et sur une question aussi fondamentale pour la survie de son régime".

Lors de sa conférence annuelle à tous les médias de ce lundi, le ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov a balayé les commentaires des pays occidentaux en expliquant qu'ils n'avaient pour objectif que de «détourner l'attention de la crise traversée par leur modèle libéral de développement».

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