André Sapir: "Pas de risque d'éclatement de la zone euro"

La crise actuelle illustre surtout le besoin de supervision au niveau européen des politiques économiques et budgétaires des États.

Professeur d’économie à l’ULB, André Sapir est également senior fellow de l’Institut Bruegel, un groupe de réflexion qui vise à améliorer la prise de décision économique au niveau européen. Il analyse les turbulences qui agitent la zone euro.

Partagez-vous l’analyse du président de l’Eurogroupe, Jean-Claude Juncker, lorsqu’il affirme que l’on a probablement sous-estimé les divergences au sein de la zone euro?

André Sapir: Entièrement d’accord. La BCE a mis en garde contre ce risque depuis longtemps. Et on peut la comprendre, puisqu’elle est chargée d’appliquer une seule politique monétaire pour l’ensemble de la zone. À travers certains mécanismes comme le Pacte de stabilité, on a espéré pouvoir réduire ces écarts. On voit aujourd’hui que cela n’a pas suffi.

Faut-il craindre un éclatement de la zone euro?

Sapir: Je ne le pense pas. La création de la zone euro est le résultat d’une volonté politique. Or celle-ci est toujours présente. Le jour où elle disparaîtra, il faudra parler d’un risque d’éclatement.

Que veut l’Allemagne?

Sapir: Je comprends parfaitement la situation difficile dans laquelle se trouvent les dirigeants politiques allemands. Souvenons-nous que le projet de l’euro n’a jamais été apprécié par l’opinion allemande, car cela revenait à remplacer un Mark fort par un euro moins fort. C’est pour rassurer les citoyens allemands que l’on a mis en place le Pacte de stabilité. La crise grecque est apparue comme la confirmation de ces craintes. C’est toujours pour rassurer son opinion que le gouvernement allemand exige qu’en échange de la création du Fonds européen de stabilité financière (FESF) on resserre les boulons au niveau de la prévention.

A-t-on pris les bonnes mesures de prévention?

Sapir: On va dans la bonne direction. Mais il ne faut pas se voiler la face. Le problème de l’Irlande n’a rien à voir avec le Pacte de stabilité. Tant l’Irlande que l’Espagne faisaient partie des bons élèves de la classe. Et le nouveau Pacte de stabilité n’y aurait rien changé. Le problème de l’Irlande est d’abord celui d’un secteur immobilier et d’un secteur bancaire malsains.

La restructuration de la dette d’un État de la zone euro était un scénario inimaginable jusqu’il y a peu. Or aujourd’hui, les détenteurs de dette privés doivent être conscients de ce risque, en espérant qu’ils seront à l’avenir plus regardants dans leurs décisions d’achats. C’est un changement radical de la pensée. Le risque de restructuration de la dette doit à terme mener à un renforcement des mécanismes de surveillance des finances publiques des États.

D’autre part, il faudra plancher sur un renforcement des mécanismes de supervision des banques, afin d’éviter qu’un problème bancaire ne dégénère en problème au niveau des finances publiques. Les stress test de juillet ont montré qu’il faudra sans doute en faire davantage.

La Belgique est-elle une cible potentielle?

Sapir: Jusqu’ici, tout est resté très calme et on ne peut que s’en réjouir. D’autant que plusieurs facteurs objectifs, tels que le volume de notre endettement et la situation politique intérieure, plaident contre la Belgique.

Pourquoi les marchés sont-ils restés à l’écart?

Sapir: C’est grâce au consensus qui existe actuellement au sein de la classe politique belge sur la nécessité de procéder à un assainissement budgétaire. L’effort de 22 à 25 milliards d’euros chiffré par la Banque nationale n’a jamais été contesté. Le jour où des notes discordantes apparaîtront, les difficultés risqueront de pointer.

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