analyse

Après le coup de force de Salvini, l'Italie plongée dans une crise inédite

Matteo Salvini ©REUTERS

L’Italie était plongée dans l’incertitude vendredi après l’éclatement de la coalition au pouvoir depuis 14 mois, décidé par l’homme fort du gouvernement, le populiste d’extrême droite Matteo Salvini. Des élections sont très probables cet automne. Salvini en sera le grand favori.

Le ministre de l’Intérieur Matteo Salvini a irrémédiablement bouleversé les vacances des Italiens. "J’ai résisté jusqu’au bout mais maintenant, il faut impérativement redonner la parole aux électeurs", a-t-il déclaré devant une foule de supporters en extase, en déclenchant une crise gouvernementale qui marque la fin de la coalition jaune-verte née il y a un peu plus d’un an, grâce à l’entente entre son parti, la Ligue, et les populistes anti-système du Mouvement 5 étoiles (M5S) de Luigi di Maio.

Cette étrange alliance de contraires était à l’agonie depuis bien longtemps. Après un court printemps politique, le "gouvernement du changement" s’est effondré sous le poids des incompréhensions réciproques, de visions antagonistes, du manque d’une grammaire institutionnelle commune mais aussi d’un climat d’animosité permanent.

Des élections en automne

Le rôle pacificateur exercé depuis le début par le Premier ministre Giuseppe Conte n’a pas pu endiguer la croissante violence des échanges entre les deux vice-présidents du Conseil, Salvini et Di Maio.

"Ce gouvernement a peu parlé mais beaucoup accompli. Ce gouvernement n’était pas à la plage."
Giuseppe Conte
Chef du gouvernement

Un bref communiqué officiel de la Ligue, diffusé vendredi matin, anticipe la motion de défiance à l’égard de Conte et ouvre la voie à des élections anticipées qui auront très probablement lieu à l’automne, au courant du mois d’octobre, voire au début du mois de novembre.

Avec son habituel aplomb, Conte, qui refuse de présenter sa démission, a, au cours d’une conférence de presse nocturne, expliqué aux Italiens les raisons de cette soudaine tempête estivale. "Je veux que cette crise soit la plus transparente de l’histoire républicaine du pays. Par respect des institutions, elle sera débattue au sein du Parlement," a-t-il précisé avant d’ajouter, en adossant la pleine responsabilité des faits à Salvini, "ce gouvernement a peu parlé mais beaucoup accompli. Ce gouvernement n’était pas à la plage".

Tournée des plages

Salvini, poussé par l’aile la plus radicale de la Ligue, était en effet en campagne électorale depuis longtemps. Avec une "tournée des plages" aux contours populistes, il a lancé tous azimuts sa rhétorique offensive et anticipé sa candidature au poste de Premier ministre. Le moment ne pouvait être plus propice: la Ligue vient de gagner deux importantes batailles avec l’adoption du décret "sécurité bis", qui renforce la lutte contre les migrants, et le vote en faveur de la ligne à grande vitesse Lyon-Turin. Et le parti, selon les derniers sondages, peut compter sur 36% d’opinion favorable.

"J’aurais préféré partir en vacances avec mes enfants et ma copine… mais ce pays a besoin de règles, d’ordre et de discipline. Rendez-vous au Parlement la semaine prochaine."
Matteo Salvini

"J’aurais préféré partir en vacances avec mes enfants et ma copine… mais ce pays a besoin de règles, d’ordre et de discipline. Rendez-vous au Parlement la semaine prochaine," a lancé jeudi soir Salvini, les larmes aux yeux, au cours d’un rassemblement. Accusé d’avoir feint son émotion, Salvini semblait exténué par le bras de fer qu’il a lui-même déclenché et par le poids de la responsabilité de cette grave crise institutionnelle.

Di Maio livide

Di Maio, moins volubile que son ancien allié, est livide. L’aventure du M5S, ce non-parti aux diverses âmes, pourrait être mise en péril par le prochain scrutin. Essoufflé et altéré par l’expérience gouvernementale, le mouvement a perdu sa fraîcheur initiale et ne peut désormais compter que sur 17% d’intentions de vote. De même, en raison de ses statuts qui limitent à deux mandats l’expérience institutionnelle de ses candidats, la majorité des élus du M5S serait de facto éliminée.

La mort de la coalition jaune-verte sera décrétée avec le prochain vote au Parlement. Le Président de la république, Sergio Mattarella, sera ensuite appelé à promouvoir la formation d’un gouvernement de transition qui amènera la péninsule au prochain inattendu rendez-vous électoral.

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