Après le scandale, Oxfam menacé de perdre une partie de ses financements

©Getty Images

Le scandale touchant l'ONG Oxfam sur le recours à des prostituées et de potentiels abus sexuels par certains de ses agents en mission à Haïti et au Tchad a entraîné lundi la démission de la directrice générale adjointe, Penny Lawrence.

Le secret a été très bien gardé, trop bien gardé, pendant près de sept ans. En 2011, sept salariés d’Oxfam, envoyés en mission humanitaire à Haïti dans les mois qui suivaient un terrible tremblement de terre (220.000 morts), ont été licenciés ou poussés vers la démission après une enquête interne faisant état d’un recours courant à des prostituées locales. Révélée par le Times en fin de semaine dernière, cette affaire plonge cette ONG créée en 1942, dans la plus grande tempête de son histoire.

La plus grande erreur est d’avoir laissé les salariés incriminés rejoindre d’autres ONG sans mettre en garde ces dernières sur leur comportement de prédateur.
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Il est reproché à sa direction de l’époque d’avoir volontairement dissimulé ce scandale afin de protéger son excellente réputation, absolument essentielle pour recevoir des fonds en provenance des gouvernements, des entreprises et de généreux donateurs (environ 300 millions de livres par an, soit 339 millions d’euros) et continuer d’intervenir dans les zones de grande pauvreté ou de détresse humaine.

Oxfam n’a pas averti les autorités haïtiennes à l’époque. La plus grande erreur est surtout d’avoir laissé les salariés incriminés rejoindre d’autres ONG sans mettre en garde ces dernières sur leur comportement de prédateur – exploitation des chauffeurs pour trouver des prostituées, organisation d’orgies, jeunesse excessive des "cibles" – constaté à Haïti.

La Commission européenne menace

Une enquête au Royaume-Uni

La Charity Commission, l'organisme britannique de contrôle des associations humanitaires, va ouvrir une enquête sur la façon dont Oxfam a géré les accusations de recours à des prostituées à Haïti. La Charity Commission estime que l'ONG n'a peut-être pas fourni tous les détails "de façon honnête et complète" sur cette affaire.
  

L’un d’eux, Roland van Hauwermeiren, qui n’était autre que le directeur de l’intervention à Haïti, a pris la tête d’une autre mission au Bangladesh pour Action contre la faim, entre 2014 et 2016. L’ONG française indique n’avoir reçu aucun avertissement sur le comportement passé de ce Belge de 68 ans.

Avant même qu’il soit envoyé à Haïti, des communications internes au siège d’Oxfam, dévoilées par le Times, s’inquiétaient pourtant de son laxisme managérial. En tant que directeur d’une mission au Tchad, il avait notamment fermé les yeux sur au moins quatre affaires de harcèlement sexuel ou de prostitution d’un employé dont il était proche. Cet employé faisait d’ailleurs partie, à ses côtés, des sept prédateurs repérés à Haïti.

Alors que la Commission européenne a exigé des dirigeants d’Oxfam de "faire toute la lumière" sur ce scandale, sous peine de cesser ses financements, Oxfam va désormais devoir être particulièrement convaincant et transparent sur toutes les questions relatives à l’exemplarité de ses salariés et bénévoles.

Il est reproché à la direction d’Oxfam d’avoir dissimulé ce scandale afin de protéger sa réputation, absolument essentielle pour recevoir des fonds. ©BELGAIMAGE

Un pas symbolique a été fait avec la démission de la directrice générale adjointe Penny Lawrence, et qui a notamment été directrice des programmes internationaux à partir de 2006. La directrice générale de l’époque des faits, Barbara Stocking, avait quitté ses fonctions en 2013, sans rapport avec cette affaire.

Au-delà du caractère écœurant de ces comportements à Haïti, rien n’indique, pour l’instant, qu’ils ont été monnaie courante à Oxfam, ni que l’ONG a systématiquement adopté une culture managériale laxiste à cet égard. En 2016, elle a officiellement licencié 20 personnes coupables d’abus sexuels, dans des affaires distinctes, sur des effectifs globaux de 5.300 salariés, en plus des 22.000 bénévoles.

De nouvelles accusations portant sur des viols au Sud-Soudan

Helen Evans, directrice de la prévention interne à Oxfam entre 2012 et 2015, a par ailleurs dénoncé l'existence d'une "culture d'abus sexuels au sein de certains bureaux", faisant état de viols ou tentatives de viols au Sud-Soudan ou d'agressions sur des mineurs bénévoles dans des magasins tenus par l'ONG au Royaume-Uni.

Selon une enquête interne menée auprès de 120 personnes dans trois pays différents entre 2013 et 2014, entre 11 et 14% des personnels déployés avaient été victimes ou témoins d'agressions sexuelles. Au Sud-Soudan, quatre personnes avaient été victimes de viols ou de tentatives de viols. "Cela concerne des agissements de salariés sur d'autres salariés. Nous n'avons pas réalisé d'enquête sur les bénéficiaires de nos programmes d'aide. Mais j'étais extrêmement inquiète de ces résultats", a-t-elle révélé sur Channel 4. Dans un autre cas, une agression d'un mineur par un adulte commise dans un magasin a donné lieu à des poursuites, a-t-elle révélé. Selon Channel 4, cinq cas de "comportements inappropriés" par des adultes sur des mineurs ont été relevé par Oxfam en 2012/2013, et sept l'année suivante.

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