analyse

Après sa démission, Giuseppe Conte espère toujours rebondir

Giuseppe Conte se bat pour sa survie politique. ©EPA

Le président du Conseil italien a remis à contrecœur sa démission au président Sergio Mattarella, accentuant la crise politique dans la péninsule. Bien décidé à ne pas baisser les bras, Conte espère encore former un nouvel exécutif.

Giuseppe Conte aura tout fait pour tenir debout et esquiver l’attaque lancée, à la mi-janvier, par le leader d'Italia Viva, Matteo Renzi. L’heure de vérité est, pourtant, arrivée avec un nouveau vote au Parlement, prévu cette semaine. Anticipant l’impossibilité d’atteindre la majorité autour d’une délicate et controversée réforme du système judiciaire national, le Premier ministre s’est résolu à présenter à contrecœur sa démission. Ce mardi, il est ainsi retourné au palais du Quirinal, pour officialiser son désistement au chef de l’État, Sergio Mattarella. Ce dernier débutera, ce mercredi, une tournée éclair de consultations avec tous les groupes parlementaires, qui s’achèvera jeudi soir. Il ébauchera alors les contours de la nouvelle saison politique de la péninsule.

La crise institutionnelle, ouverte par la volte-face de Matteo Renzi, qui a retiré le 13 janvier dernier ses deux ministres du gouvernement, a ainsi été formellement ouverte après des journées fébriles de nouvelles et d’espoirs ambivalents. Et il s’agit d’une "crise dans le noir", à l’issue encore très incertaine, et non pas d’une "crise pilotée", sur laquelle misait Conte, persuadé, encore très récemment, de pouvoir remanier et élargir sa majorité, amputée par le départ des députés et des sénateurs du petit parti Italia Viva.

Trente mois après son inattendue nomination au poste de Premier ministre, Conte revit ainsi, avec une acuité renouvelée, l’angoisse de l’été 2019, lorsque son premier exécutif, souverainiste et souvent contesté en Italie comme en Europe, formé par la droite radicale de la Ligue de Matteo Salvini et le Mouvement 5 étoiles (M5S), s’achevait suite à la trahison de Salvini. Le gouvernement Conte avait alors laissé la place au gouvernement Conte 2, un exécutif complètement différent, fermement européiste, constitué par le Parti démocrate (PD) et un M5S ayant, de facto, renoncé aux élans populistes de ses débuts. 

Un gouvernement Conte 3 ?

Le président du Conseil démissionnaire ne pense, toutefois, pas avoir tiré toutes ses cartouches. Fort de l’indéfectible soutien du PD et du M5S, Conte rêve d’une traversée du désert très éphémère et de reprendre, avec la bénédiction du chef de l’État, les rênes du pouvoir, à la tête d’un nouvel exécutif de centre-gauche, une sorte de gouvernement Conte 3.

"Nous sommes tous avec Conte, pour un nouvel exécutif qui puisse offrir crédibilité et stabilité à l’Italie", a écrit sur Twitter Nicola Zingaretti, secrétaire du PD. "Il n’y a pas d’alternative à un Conte 3", lui fait écho le M5S.

(...) le chef de l’État veut, avant toute chose, offrir un équilibre durable au pays et rassurer ses investisseurs à l’échelle internationale.

Or, l’hypothèse d’un "Conte 3" reste extrêmement aléatoire. Le président Mattarella qui, depuis la rupture entre le Premier ministre et Renzi, exhorte les représentants politiques à sortir rapidement la péninsule de son état d’instabilité permanent, est bien déterminé "à écouter la voix du Parlement" et à étudier toutes les possibilités envisageables. Avec une dette publique qui pourrait augmenter de 4 points et un taux de croissance, inférieur aux attentes, de l’ordre de 3% pour 2021 (FMI), le chef de l’État veut, avant toute chose, offrir un équilibre durable au pays et rassurer ses investisseurs à l’échelle internationale. Cet objectif pourrait aussi se réaliser grâce à la création d’un gouvernement de "salut national", comprenant à nouveau Italia Viva mais sans la présence de Conte, voire par l’organisation d’un scrutin anticipé, si aucune majorité solide ne devait se dégager au Parlement. Cette dernière hypothèse pourrait jeter l'Italie dans les bras de la droite, pouvant compter aujourd’hui, selon de récents sondages, jusqu’à 48% des intentions de vote.

Lire également

Publicité
Publicité
Publicité

Messages sponsorisés

Messages sponsorisés