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Après six mois d'hibernation, l'Angleterre se déconfine et revit

Les Londoniens aspirent à reprendre une vie normale et ont pris les terrasses d'assaut ce lundi. ©Timothy Foster

Au sortir du plus long confinement depuis le début de la pandémie, Londres et l'ensemble du pays reprennent des couleurs. Commerces non-essentiels, restaurants, pubs et salles de sport accueillent pour la première fois des clients. Une réouverture "irréversible", assure Boris Johnson.

Six mois que les Anglais attendaient cela. La réouverture des magasins non essentiels comme les restaurants, pubs, salles de sports et bibliothèque est une nouvelle renaissance, même si le port du masque et les mesures de restrictions devront encore être respectés pour deux mois au minimum. Personne n'ose imaginer une nouvelle mauvaise surprise dans les semaines à venir, comme celle de décembre, consécutive à l'apparition du variant anglais.

Chez Harrods, les piliers et les cordes de guidage ont été installés autour de toutes les étroites boutiques. Mêmes files d'attente à Oxford Street, à l'extérieur cette fois. Être le "premier déconfiné" est similaire à une expérience de client VIP, d'autant plus que beaucoup de magasins ont renouvelé intégralement leurs stocks. Bien que quelques enseignes, comme Debenhams, aient dû fermer leurs portes, le quartier d'Oxford Street reste le paradis du shopping, avec 300 magasins sur 2.500 mètres. Les trottoirs viennent même d'être agrandis pour donner plus d'espaces aux piétons.

©Timothy Foster

Répétitions avant la générale

Comme dans toute l'Angleterre, les derniers jours avant la réouverture ont été frénétiques. Époussetage des étals, aspirateur, nettoyage des vitres et des miroirs, reconfiguration de la présentation, réétiquetage, réception des nouveaux produits, formation du nouveau personnel, application des recommandations des directions, sourires aux clients curieux et impatients dans la rue... Jusqu'à la réouverture, les vitrines étaient des publicités géantes, des fenêtres donnant sur une répétition générale.

"Je pense donc qu'on s'oriente vers un boom d'achats."
Stefania Di Vincenzo
Gérante d'un magasin de mode

Tout va très vite dans le monde du shopping, et de nombreux magasins n'ont quasiment jamais pu ouvrir depuis leur installation. C'est le cas de celui de la marque de mode REISS, à London Bridge. "Nous avons brièvement ouvert en décembre, pendant trois semaines seulement, entre deux confinements", indique la gérante Stefania Di Vincenzo. "C'est donc une réouverture très grisante pour nous, d'autant plus que les débuts avaient été excellents. À titre personnel, je pense que les gens sont très fatigués et ont vraiment besoin de reprendre certaines habitudes. Je pense donc qu'on s'oriente vers un boom d'achats", espère-t-elle, interrompue par une clientèle. "Bienvenue! C'est un plaisir de vous revoir".

Terrasse et jardin

Seuls les restaurants et pubs disposant d'une terrasse ou d'un jardin ont pu rouvrir, en attendant la prochaine phase du déconfinement, le 17 mai. Manque de chance, les températures frisent les 6 degrés à midi. Cela n'a pas dissuadé Emma, Lucy et Eoife, trois jeunes amies, de s'attabler à une terrasse pour prendre leur premier repas dans un restaurant en 2021. L'impatience était grande, les plats principaux ont été finis avant même midi. Un second restaurant est prévu le soir-même, avec entretemps un passage dans un "beer garden", à quelques centaines de mètres de là. Le soulagement se lit sur les visages radieux. Imaginent-elles une nouvelle rechute, un nouveau confinement forcé à moyen terme? "Noooo!", s'écrie Emma, avec un grand sourire, comme pour conjurer le mauvais sort.

Malgré la météo fraîche, les Londoniens étaient nombreux à se rendre dans leur pub. ©Timothy Foster

Le déconfinement et l'éveil du printemps marquent aussi le retour de la beauté. À John Lewis, une enseigne qui a dû fermer définitivement un tiers de ses magasins, Mary contemple le rayon de rouges à lèvres de Guerlain, heureuse d'être embarrassée par le choix. "J'ai continué d'acheter des produits sur internet pendant le confinement, mais j'allais vraiment à l'essentiel. Pour de vrais produits de beauté, la présence en magasin apporte quelque chose en plus."

Nouveaux concepts

Chez Daniel Galvin, le plus grand salon de coiffure de Londres, un jeune trentenaire a réservé depuis deux mois. Il ne demande pas son chemin pour se diriger vers son beau miroir et espérer retrouver son âme.

Des QR codes sont disposés sur toutes les tables extérieures pour les passants souhaitant réserver.

Les 110 employés du salon ont retrouvé leur rythme de croisière à peine deux heures après l'ouverture, comme si tout n'avait été qu'en apesanteur depuis des mois. "Tout est complet jusqu'à la mi-mai", sourit le directeur des opérations Stephen Nurse.
L'autre salon très tendance du quartier de Marylebone, Gielly Green, a dû renoncer à ouvrir un salon à Chelsea. Son co-fondateur Shai Greenberg a mis à profit cette période pour trouver un nouveau concept : "Nous avons finalement pu développer une idée qui nous est apparue au début de la crise : un salon mobile. Nous offrons la même expérience luxueuse, avec un salon intégré identique, mais en nous déplaçant là où notre clientèle le souhaite."

©Timothy Foster

Des pubs, comme le Greene King ont saisi l'opportunité de la crise pour améliorer leur service. Des QR codes sont disposés sur toutes les tables extérieures pour les passants souhaitant réserver. Pour quelques semaines encore, jusqu'à la prochaine phase du déconfinement, les réservations seront nécessaires. "Tout est complet pour la semaine", explique-t-on à Harry's, où une vingtaine de tables extérieures ont été occupées dès les premières heures. Soit à peine 40% de la capacité totale. Cette première phase du déconfinement va seulement permettre aux pubs et restaurants de lécher leurs plaies, pas encore de les cicatriser.

Réparer les vivants

Le retour progressif à la normale marque aussi surtout la reprise des soins physiques qui ont été reportés dans les hôpitaux pour accueillir les malades du Covid. Dans les salles de sport aussi, il faut réparer les vivants. Sara vient pour la première fois plonger dans la piscine de 30 mètres de Virgin Active. Moins pour le plaisir des longueurs que pour la santé. "Je me suis blessée au genou pendant le confinement et la natation m'a été conseillée pour le reconsolider."

Autour d'elle, les abonnés affluent d'un pas leste vers leurs anciennes habitudes, plus que jamais à la recherche du temps perdu.

Le risque paradoxal du passeport sanitaire

Longtemps présenté comme une solution potentielle pour accélérer la réouverture totale et sans restrictions des restaurants, pubs et commerces, le passeport sanitaire ne sera finalement pas déployé avant plusieurs semaines. Peut-être même ne le sera-t-il jamais, à l'exception des déplacements internationaux et des événements de masse.

Boris Johnson a admis la semaine dernière que cette mesure n'était pas nécessaire à ce stade, allant ainsi dans le sens des professionnels de l'industrie et de scientifiques. "Cela aurait été très compliqué à mettre en place et aurait ajouté un stress supplémentaire à une industrie qui a assez souffert", a affirmé Kate Nicholls, directrice générale de UKHospitality. Un conseiller scientifique du gouvernement, Stephen Reicher, a pointé le risque de "division sociale", voire de mise en péril du programme de vaccination des plus jeunes, qui devraient attendre plus longtemps que les aînés avant de pouvoir profiter pleinement des activités sociales. Il a également fait mention de statistiques en Israël et en Allemagne, selon lesquelles la vaccination obligatoire, qui serait inhérente aux passeports sanitaires, est plutôt de nature à démotiver certaines parties de la population à se faire vacciner.

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