portrait

Ariane de Rothschild, la battante à la tête d'un vaste empire

A 55 ans, l'épouse de Benjamin de Rothschild succède à son mari, décédé brutalement vendredi 15 janvier, à la tête de la holding Edmond de Rothschild, fondé par son beau-père.

Épaules carrées, blondeur hitchcockienne et franc-parler. Sa silhouette altière, son rire sonore et ses manières directes ont longtemps dénoté dans le monde feutré de la finance genevoise. Mais, les banquiers et investisseurs devront compter sur cette personnalité forte encore plus qu'avant. La célèbre baronne vient en effet de reprendre les rênes de la holding Edmond de Rothschild (du nom de son beau-père) suite au décès de son époux Benjamin – qui en était le président – d'une crise cardiaque. C'est donc elle qui présidera aux destinées de ce joyau de la banque privée et de la gestion d'actifs qui, aujourd'hui, brasse pas moins de 161 milliards d'euros. Un groupe qu'elle connaît bien puisqu'elle s'y est impliquée dès le début des années 2000 avant d'y occuper plusieurs postes jusqu'à celui de présidente du conseil d'administration en 2019.

161
milliards d'euros
Ariane de Rothschild présidera la banque privée et sa gestion d'actifs qui, aujourd'hui, brasse pas moins de 161 milliards d'euros.

Analyste à la Société Générale

Un destin hors du commun pour cette femme qui sera la première de cette illustre dynastie à diriger une compagnie de cette large galaxie. Ariane de Rothschild aurait pu en effet se cantonner à son rôle de mère de famille – elle a quatre filles avec Benjamin – tout en rédigeant des traités sur les règles de savoir-vivre à l'instar de sa belle-mère Nadine. Mais force est de constater que son esprit libre et son sens des affaires lui dictaient d'en faire autrement.

Née en 1965, Ariane Langner, c'est son nom de jeune fille, a 29 ans lorsqu'elle fait la connaissance début des années 90 de l'excentrique Benjamin de Rothschild à New York. À cette époque, cette fille d'un cadre de l'industrie pharmaceutique allemand, et d'une mère alsacienne, a déjà vécu aux quatre coins du monde – du fait des mutations de son père – et fait ses premières armes dans la finance à Wall Street. Diplômée de Sciences Po Paris, un MBA américain en poche, cette polyglotte débute sa carrière en tant qu'analyste à la Société Générale avant de faire un passage chez AIG, la compagnie d'assurances dès 1992. Le couple se marie en 1999. Et très vite, un an plus tard, Benjamin de Rothschild lui fait intégrer le groupe. Dans un premier temps, elle gèrera les activités liées à l'hôtellerie et au vin avant d'entrer au conseil de surveillance puis de devenir PDG en 2015 du groupe franco-suisse.

En quatre ans, elle parvient adapter le groupe aux évolutions de son temps alors que le secret bancaire suisse s'effrite, et que les portefeuilles se verdissent.

Elle a bousculé les codes

«Parachutée» aux yeux de nombreux présidents de filiales, elle devra alors mener une guerre sans faille pour s'imposer et mener à bien des réformes visant à dépoussiérer le groupe. En quatre ans, elle parvient néanmoins à l'adapter aux évolutions de son temps alors que le secret bancaire suisse s'effrite, et que les portefeuilles se verdissent. Ariane tisse sa toile, féminise les équipes, bouscule les codes et refond le management. Plusieurs dirigeants historiques quitteront alors le navire dont Michel Cicurel en 2012, Claude Messulam et Frédéric Otto. Au sujet de cette période marquée par des guerres intestines, elle confiera au magazine Challenges: «Je ne suis pas amère, mais au contraire très reconnaissante aux barons. C’était sans pitié. Il n’y a eu aucun passe-droit. Zéro. Un parcours très riche, qui m’a obligée à être très convaincue et déterminée». Une expérience dont elle est vraisemblablement sortie légitimisée.

Le profil

  • 14 novembre 1965: naissance à San Salvador.
  • 23 janvier 1999: elle épouse Benjamin de Rothschild.
  • 2005: devient vice-présidente du conseil de surveillance de la holding.
  • 2015: elle est nommée présidente du comité exécutif du groupe.
  • Avril 2019: devient présidente du conseil d'administration.

Franc-parler

"Je n'ai aucun sens de la diplomatie ni aucune patience. Je trépigne en permanence, et ça s'aggrave avec les années. Je n'enrobe pas. Je me dois d'être honnête et transparente. Je ne m'embarrasse pas de codes, de normes, de prudence", a-t-elle expliqué à Libération en 2019 à l'occasion d'un portrait.

Le provocateur Benjamin

Ariane de Rothschild a rencontré son futur époux, le provocateur Benjamin, en 1990, lors d'un rendez-vous client alors qu'elle travaillait pour l'assureur AIG aux Etats-Unis. Ce fut le coup de foudre immédiat!

Vote pour Macron

Lors des élections présidentielles françaises de 2017, elle a voté pour Emmanuel Macron aux premiers et seconds tours et se définit comme libérale tant au plan économique que sociétal. 

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