Au procès Fillon, la défense évoque une instruction "à charge"

Le couple Fillon au palais de justice de Paris. ©Photo News

Au lendemain d'un réquisitoire au vitriol des magistrats du parquet financier, la défense a demandé la relaxe de l'ex-Premier ministre français, de sa femme et de son suppléant dans l'affaire des emplois fictifs de Mme Fillon. Verdict d'ici à plusieurs semaines.

Cinq ans de prison, dont deux ferme, 375.000 euros d'amende et dix ans d'inéligibilité. C'est la lourde peine réclamée mardi par le parquet national financier (PNF) à l'encontre de François Fillon, jugé devant le tribunal correctionnel de Paris depuis fin février, pour des soupçons d'emplois fictifs concernant son épouse. Au lendemain de cet implacable réquisitoire, c'était au tour de la défense, ce mercredi, de plaider, et de demander la relaxe de l'ancien Premier ministre, de sa femme Penelope, et de son ancien suppléant à l'Assemblée nationale. Les six avocats des trois prévenus - qui ont cherché à démontrer l'existence du poste d'attachée parlementaire de Mme Fillon - ont de nouveau soutenu que le dossier était "prescrit", critiquant "une instruction acide sur un dossier sorti de la naphtaline".

La grande variété des salaires versés

« J’ai déjà été condamné. Condamné sans appel, il y a trois ans, par le tribunal médiatique. »
François Fillon

De ce procès on retiendra d'innombrables joutes acerbes, notamment entre les magistrats du parquet et François Fillon, le principal coupable à leurs yeux. "Sous l'Ancien Régime, le détournement de fonds publics était puni de la peine de mort par pendaison", a asséné l'un des deux magistrats, Aurélien Létocart, pour rappeler la gravité des faits. Le ton était donné. Agacé par la stratégie de la défense qui, dès le premier jour, a voulu annuler le procès en invoquant des vices de procédure et jouer sur la "victimisation", le procureur n'aura eu de cesse de mettre l'ex-député face à ses contradictions : "La politique ne sert pas à se servir, mais à améliorer le quotidien des gens", a lancé le magistrat en reprenant une des phrases de Fillon.

Puis après un silence, de conclure: "Ce serait comique si ce n’était pas tragique voire cynique." Car, au fil du temps, les deux procureurs ont acquis la conviction que François Fillon, "appâté par le gain", a bel et bien rémunéré son épouse, et ce, en faisant fi du bien commun. Lors des audiences, les témoignages surprises d'habitants de la Sarthe, le fief des Fillon, n'ont, à leurs yeux, guère fait le poids face au manque de preuves tangibles et à la grande variété des salaires versés. Pas plus d'ailleurs que les explications de l'ex-candidat à l'élection présidentielle qui, pour justifier l'absence de traces laissées par ce labeur, a évoqué, pêle-mêle, la destruction des archives, des notes volantes, ou des recommandations informelles.

Penelope, "une victime consentante"

Déboussolée, moins rompue à la prise de parole en public que son mari, Penelope Fillon finira elle-même par laisser échapper avec son léger accent british qu'"il n'y avait pas beaucoup de preuves concrètes" de ce qu'elle faisait. Qualifiée par les procureurs de "victime consentante" elle fait d'ailleurs l'objet d'un réquisitoire plus clément, de trois ans de prison avec sursis et 375.000 euros d'amende. Son avocat, lui, n'y a cependant vu que du "mépris" de la part des magistrats qui, en la présentant ainsi, lui dénient "son libre arbitre, son identité".

Du côté de la défense de François Fillon, c'est l'idée de l'instruction "à charge" qui a retenu toute l'attention. "J’ai déjà été condamné. Condamné sans appel, il y a trois ans, par le tribunal médiatique", avait d'ailleurs rappelé l'ex-champion de la droite, mis en examen à trois mois des présidentielles de 2017. "Ma vie et celle de ma famille ont été fouillées dans les moindres recoins pour tenter de relayer une accusation dont l’objectif était clair : m’empêcher de concourir dans des conditions normales à l’élection présidentielle. Les dégâts sont irréparables." Cette fois, le tribunal devrait rendre son verdict dans plusieurs semaines.

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